Un contrat
- Nadine Eid

- il y a 8 heures
- 4 min de lecture
OFF Festival 2026
Théâtre de l’Atelier Florentin
28 rue Guillaume Puy Avignon
Avant-première et sortie de résidence jeudi 18 juin 2026 à 19h30
Théâtre du Collège De La Salle
Festival Off 2026 du 4 au 25 juillet 2026 à 18h10
relâche les mercredis 8 15 et 22 juillet
durée 1h20

Et de longs corbillards, sans tambour,ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir
vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Les Fleurs du mal, Spleen IV. Charles Baudelaire
La peur n’est pas l’angoisse mais elle peut être son corollaire. Elle reconnait son objet et ce repérage la distingue de l’angoisse. Elle est réactive à une menace réelle ou imaginée comme telle.
De quoi avons-nous peur ? De notre corps selon Lacan. C’est précisément de cette peur de soi que procède l’angoisse. Elle désigne un état qui s’inscrit dans l’attente du danger pressenti en préparation et non connu. En quelque sorte c’est une peur de la peur dénuée d’objet.
Pour guérir de ses crises d’angoisse, un chef mafieux, un capo, voire le parrain, le Capo dei capi consulte une psychanalyste de renom. D’emblée le contrat psychanalytique est violé, le cadre garant des enjeux de l’analyse est soumis à la contrainte et à la sujétion à la peur. Ce patient peu ordinaire
fait pression et menace la psychanalyste peu encline, aux premiers abords, à accepter un patient qui passe outre le cadre instauré. Sa personnalité et son fonctionnement font de lui quelqu’un qui ne peut consentir à un refus, fut-il justifié par l’argument de poids, celui de l’accord tacite entre le psychanalyste et son patient.
Pénétrer dans une parole autre requiert la mise en jeu d’un désir par l’analysant, un consentement. Il ne veut pas l’entendre car il s’approprie, « il veut » dit-il toujours le meilleur et elle est la meilleure selon ce qu’il a pu subodorer lors de l’écoute de l’émission télévisée dans laquelle elle s’est exprimée. Riche et excellente idée de Tonino Benacquista que d’établir avant même le premier rendez-vous du patient, un lien d’oralité et d’écoute. Elle parlait à l’émission et lui l’écoutait devant son poste. Dans les séances d’analyse, il va, par sa parole, se mettre à nu pour aller, au plus près de lui-même. Se rencontrer, même et surtout pour un Capo demande une belle dose de courage. En effet, la violence, les transgressions narcissiques et les arrangements avec une conscience qui obéit à ses propres règles, à ses codes et à ses lois de complaisance n’excluent pas l’intelligence et ce patient là est en tous points hors normes. Patrick Seminor interprète un rôle tout en nuances et les facettes de la personnalité du patient sont remarquablement exprimées.
S’il n’a pas respecté le contrat initial du double consentement patient/soignant, il parvient à en établir un autre, celui de la loyauté envers son engagement en analyse. Le sourire étrusque de Dorothée leveau, d’abord perçu comme ostentatoire par le patient devient très vite un élément de communication non verbale. Le silence de la thérapeute, les quelques mots qu’elle prononce font un chemin sûr à la parole du patient. Le sourire associé à la bienveillance module l’émergence des mots clefs prononcés. Il n’est pas aussi sans signifier, plus qu’une interrogation, une énigme. Dorothée Leveau intègre pleinement un rôle d’accompagnement par une présence au service de l’écoute. Les inclinaisons de tête qui soulignent la surprise comme l’approbation, les pas qui indiquent qu’il faut aller plus loin dans la quête sont comme les rares paroles adressées au patient des marqueurs qui peuvent guider le patient comme le public. Sa gestuelle fait office de didascalies.
La mise en scène de Salvatore Caltabiano sert pleinement le sujet de la pièce. Le seul décor c’est le silence, la musique et les voix. Les deux comédiens débutent dos à dos puis se font face tout l’espace est laissé à la parole. La mise en scène est d’une efficacité déconcertante. Belle trouvaille que d’avoir réussi à mettre en scène un désir refoulé ! A saluer pour ce faire la création lumière de Stéphane Baquet et la musique d’Eric Craviatto qui ont sublimé la chorégraphie du refoulement. Sons, lumières et mouvements se sont inscrits dans un temps bref pour marquer de manière subliminale les instincts enfouis, le meurtre. Là où les mots tuer, tués, tu es achoppent, le fantasme affleure, l’inconscient défie l’emprise de la réalité, la parole crée, usine un sens, va vers le Soi.
L’analysé en brisant l’omerta a tué le déni responsable des crises d’angoisse. La responsabilité, l’impunité sont questionnées par l’écriture de Tonino Benacquista qui signe son unique oeuvre théâtrale.
La grande tirade finale de la thérapeute, rétablit les termes du contrat rompu. Elle se préserve et pour cela se permet d’utiliser l’arme qu’il a lui même utilisé initialement. Elle le menace par le verbe et lui reste coi face au constat d’impuissance et à l’éventualité d’avoir, à l’avenir, besoin de son écoute.
Jusqu’où irions-nous pour nous sauver ?
Nadine Eid
Délicieusement subtile !
Une écriture magistrale
Une mise en scène efficace
Une interprétation sans faute
Un contrat
de Tonino Benacquista
Théâtre du Collège De La Salle
Interprétation Dorothée Leveau et Seminor
Mise en scène Salvatore Caltabiano
Lumière Eric Craviatto
Musique Stéphane Baquet
Compagnie Cie de l’Atelier Florentin









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