Olivia Elkaim
- Fanny Inesta

- il y a 59 minutes
- 3 min de lecture
Maison Bronzini Villeneuve
Nathalia Brignoli, un soir, un auteur
Le 16 juin 2026 à 20h
Pour cette ultime soirée de la saison, la Maison Bronzini à Villeneuve ce lieu chaleureux où les livres trouvent naturellement leur public, Nathalia Brignoli recevait l'écrivaine Olivia Elkaim à l'invitation de son association Un soir, un auteur.
Il faut d'ailleurs saluer comme le précise Nathalia Brignoli la fidélité des éditions Stock qui, une fois encore, ont répondu présentes lorsqu'elle sollicite leur concours pour faire venir des écrivains à la rencontre des lecteurs. Une confiance renouvelée au fil des années et qui contribue largement à la qualité de cette programmation littéraire.
Dès les premiers instants, Olivia Elkaim a donné le ton. Avec simplicité , elle a proposé à Nathalia de se tutoyer. Une spontanéité qui a semblé surprendre l'animatrice l'espace d'un instant, avant que la conversation ne trouve son rythme naturel. Ce léger décalage initial a finalement contribué à installer une atmosphère de proximité qui ne quittera plus la soirée.
Au cœur des échanges, il y avait bien sûr La disparition des choses, le dernier roman d'Olivia Elkaim. En novembre 1941, une jeune mère juive , Cécile,Perec, d'origine polonaise confie son fils Georges âgé de cinq ans à un convoi organisé par la Croix-Rouge à destination de la zone libre. Dans le Belleville populaire où elle vit, parmi les familles immigrées d'Europe centrale déjà menacées par les persécutions, Cécile comprend que le danger se rapproche. Pour sauver son enfant, elle choisit de s'en séparer.
Mais peut-on encore parler de choix lorsqu'une mère est contrainte d'abandonner ce qu'elle a de plus précieux pour lui donner une chance de vivre ? Deux ans plus tard, Cécile est arrêtée puis déportée à Auschwitz. Elle ne reverra jamais son fils.
Olivia Elkaim a expliqué combien elle avait voulu redonner une voix à cette femme presque effacée de l'histoire. Cécile demeure une figure absente mais fondatrice dans l œuvre de Georges Perec. C'est ce silence qu'Olivia Elkaim a voulu interroger, combler parfois, avec la délicatesse que l'on connaît à son écriture.À la différence de Romain Gary qui, dans La Promesse de l'aube, a immortalisé sa mère en héroïne flamboyante, Georges Perec a très peu parlé de la sienne. De cette absence est née l'envie d'enquêter, de comprendre et, d'une certaine façon, de réparer .
Olivia Elkaim a également confié avoir rédigé ce livre en seulement deux mois. Une rapidité qui ne doit rien à l'improvisation : le sujet l'habitait depuis longtemps. « Tout était déjà en moi », a-t-elle résumé, comme si l'écriture n'avait été que l'aboutissement d'une réflexion, de recherches, de rencontres mûries au fil des années.
Un moment fort est venu des réactions suscitées par le livre. Olivia Elkaim a raconté que certaines lectrices lui avaient confié qu'elles n'auraient jamais pu se résoudre à envoyer leur enfant loin d'elles, préférant rester ensemble, quitte à partager le même destin tragique. Une réflexion qui dit toute la complexité du geste de Cécile : était-elle une mère qui abandonne ou, au contraire, une mère visionnaire qui a compris avant les autres ce qui allait advenir ? Il faut laisser au lecteur le soin de mesurer l'immensité de ce sacrifice.
Et comme toujours au Salon Bronzini, la soirée ne s'est pas achevée avec les applaudissements. Les discussions se sont prolongées autour du joli buffet préparé pour l'occasion. On y parlait encore de Georges Perec, de mémoire familiale, d'écriture et de transmission. Lecteurs fidèles, nouveaux venus et amis du salon échangeaient librement avec l'autrice dans cette convivialité qui fait depuis longtemps la signature de ces rendez-vous. Une belle manière de refermer la saison, avant de se retrouver à la rentrée pour de nouvelles rencontres littéraires.
Fanny Inesta














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