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MOULIN

Photo du rédacteur: Marguerite Romeuf
Marguerite Romeuf
il y a 5 minutes
3 min de lecture


de Làszio NEMES



Ce scénario d'Olivier Demangel retrace la partie ultime de la vie de Jean Moulin, figure emblématique de la Résistance sous l'occupation nazie durant la deuxième guerre mondiale.

Làszio Nemes, le réalisateur, nourrit son film de scènes souvent en gros plans, dans une atmosphère de clair-obscur aux tons sépia, d'une esthétique irréprochable.


Pour autant le film pêche par une absence de dynamique ; certaines scènes, parfois superflues, traînent en longueur. Le film s'étire, s'étend de façon répétée sur des déplacements inutiles à montrer au spectateur, puis balaie d'une seule scène courte l'oeuvre -même de Jean Moulin, à savoir l'unification des forces diverses résistantes à l'occupant nazi et au régime de Vichy, collaborateur du fascisme.


Certes le film met en exergue les pratiques sadiques de tortures psychologiques et physiques infligées par les nazis à leurs prisonnières et prisonniers, car le genre féminin n'en est nullement exempt, mais on pourrait objecter que c'est là « enfoncer des portes ouvertes ». En effet nombre d'archives de cette triste période en témoignent. De ce fait on pourrait qualifier certaines scènes de « convenues ».


Il est regrettable que la performance de Jean Moulin n'y soit pas davantage soulignée, car il aura réussi à unir des forces de résistance au nazisme, qui n'auraient peut-être pas eu la même efficacité sans cette union coordonnée par lui, sous le pseudonyme de « Max ».

Il y avait en effet l'Armée secrète, les Francs-tireurs et Partisans français liés au Parti communiste Français, et l'Organisation de Résistance de l'Armée. Sur la demande du Général De Gaulle , exilé à Londres, Jean Moulin fut chargé de la coordination entre ces trois grandes forces, pour davantage d'efficacité dans la lutte contre l'occupant nazi.


Après quelques images d'archives de cette période, le film débute sur le parachutage de Jean Moulin dans les Alpilles (en Provence) tout près de Saint-Andiol, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 vers 3h30 du matin.


Jean Moulin, né le 20 juin 1899 à Béziers, fut le plus jeune préfet de France nommé en 1937. En juin 1940, alors préfet d'Eure-et-Loir à Chartres, il refusa d'obéir aux exigences de l'occupant nazi par la signature d'un document mensonger, et tenta de se suicider pour y échapper. Sa tentative échoua, et c'est en 1941 qu'il partit rejoindre à Londres le Général De Gaulle, lequel lui confia cette mission pour laquelle il revint en France, l'unification des forces de résistance, d'abord sous le pseudonyme de « Rex » puis de « Max ».


Si l'on recherche des photographies de Jean Moulin, on y découvre un visage aux traits harmonieux, suggérant un homme au caractère ouvert. Et il est difficile d'y voir des caractéristiques identiques dans les expressions de l'acteur Gilles Lellouche qui, incarnant ce rôle, promène tout au long du film, un visage fermé et tendu, et ce dès le début. Cet acteur, pourtant renommé, manque dans son jeu de ruptures ; sa proposition s'avère linéaire, exempte de subtilité, et cela affaiblit son interprétation. Par ailleurs, sa diction laisse à désirer. Susurrées dans le souffle, ses répliques demeurent souvent incomprises. Il resserre trop son texte et néglige l'articulation pourtant nécessaire et incontournable dans le métier d'acteur.


Le jeu proposé par Lars Eidinger dans son rôle de Klaus Barbie est autrement plus intéressant. Cet acteur nourrit son personnage de subtilités qui révèlent en finesse toute l'ampleur du sadisme de ce nazi Klauss Barbie, d'ailleurs retrouvé en Bolivie en février 1983, où il vivait sous la fausse identité de Klauss Altmann. Expulsé vers la France, il fut traduit en justice puis condamné à perpétuité à la suite d'un procès qui eut lieu du 11 mai au 4 juillet 1987. Klauss Barbie fut reconnu coupable de crimes contre l'humanité, perpétrés dans la région lyonnaise sous l'occupation nazie.

L'acteur Lars Eidinger campe à la perfection ce personnage dans le film.


Que dire des personnages féminins...sinon qu'ils sont ébauchés et souffrent de négligence et d'une quasi invisibilité. Pourtant Louise Bourgoin joue de son mieux cette Comtesse de Forez en relation avec Jean Moulin. On comprend mal son rôle qui s'avère creux. Louise Bourgoin n'en est nullement responsable, c'est dans l'écriture que le rôle a été mal nourri et manque de profondeur.


De la même manière l'implication des femmes dans la Résistance n'est suggérée que par un seul personnage, celui de Colette, fort justement interprété par la comédienne Hortense de Gromard.

Mais le scénario ne lui accorde que de brèves apparitions.

Invisibiliser le rôle des femmes en 2026, alors qu'on sait désormais combien leur participation à la Résistance dans cette période d'occupation nazie fut tout aussi importante que celle des hommes, voilà qui est regrettable. Faire un film d'hommes à notre époque c'est pour le moins décalé !




Réalisation : Làszio Nemes

Scénario : Olivier Demangel

Avec : Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefebvre, Czarni Marcink, Christian Harting, Pierre Nisse, Hortense de Gromard, Cser Kinga, Max Warbuton.



Marguerite Romeuf


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