Minotaure


Le Festival de Cannes 2026 ne s'y est pas trompé, Andreï Zviaguintsev signe là un véritable chef d'oeuvre ! Son film méritait bien le Grand prix.
Le choix du sujet eut pu paraître banal si Andreï Zviaguintsev n'y avait intrinsèquement lié une vision acerbe de la société russe contemporaine. Par le biais d'une anecdote plutôt classique d'un adultère, le voilà qui scrute avec brio les rouages complexes d'une société qui, basculée du communisme totalitaire, a très vite adopté les mécanismes d'un capitalisme avéré, s'en appropriant par la même les pratiques de la corruption à tous les niveaux.
Andreï Zviaguintsev n'aurait certainement pas pu réaliser ce film s'il était resté dans son pays, la Russie. En effet, grièvement touché par la pandémie de COVID en 2021, et soigné en urgence à Hanovre, il se trouva hors de la Russie lorsque Poutine déclencha la guerre d'agression contre l'Ukraine, pudiquement baptisée par lui d' « opération spéciale ».
Le scénario, écrit conjointement par Simon Liachenko et Andreï Zviaguintsev s'inspire à la base de celui de Claude Chabrol dans « La femme infidèle » sorti le 22 janvier 1969, interprété notamment par Stéphane Audran et Michel Bouquet.
Minautore nous présente en effet une famille bourgeoise confortablement établie, qui vit dans une belle demeure moderne toute en vitres, d'où le réalisateur transforme le public en voyeur. La propriété se trouve au bord d'un plan d'eau, ancrée dans une forêt. Au demeurant, la famille composée du père, dirigeant une société, de la mère au foyer, du fils, jeune adolescent, et de la belle-mère peu présente mais à la personnalité affirmée et prégnante, coule dans cette maison des jours tranquilles...un peu ennuyeux, surtout pour l'épouse, réduite à son rôle de mère et d'intendante.
Dès le début du film, le langage corporel de cette femme épouse et mère, nous révèle que quelque chose cloche dans ce couple, tout du moins de son côté à elle. Et très vite l'adultère est démasqué. Car ce n'est pas ce qui intéresse le plus le réalisateur. L'objet principal de son film c'est la société russe sous Poutine, ses travers, ses petits arrangements entre ceux qui détiennent un pouvoir, si minime soit-il, en somme toute la corruption qui sévit et passe pour monnaie courante et admise.
Chacun, à son niveau, y participe, quitte à léser ses semblables.
Rappelant ce film sorti en 1970 interprété par Gian Maria Volonte « Un citoyen au-dessus de tout soupçon » réalisé par Elio Petri, Minotaure nous surprend dans son déroulé.
Mais au fait, pourquoi avoir choisi comme titre du film Minotaure ?...
Le minotaure, appelé aussi Astérion ou Astérios, est un monstre possédant le corps d'un homme et le buste d'un taureau, qui fait partie de la mythologie grecque. Il serait le fruit de l'union entre un magnifique taureau blanc envoyé par le dieu Poséidon et l'épouse du roi Minos de Crète, Pasiphaé.
Ce monstre, cloîtré dans un labyrinthe, recevait tous les neuf ans en sacrifice sept jeunes gens et sept jeunes filles. Et ce serait Thésée qui aurait éliminé le monstre grâce au fil d'Ariane qui lui aurait permis de s'orienter dans le labyrinthe.
Dans ce film le fil d'Ariane ne pourra éliminer le monstre à cause de la corruption.
Dans cet article, il n'est aucunement question de dévoiler ce qui constitue, entre autres, le piment du film. Que le public aille découvrir ce bijou du 7ème Art, et il en ressortira bouleversé et repu.
Scénario : Simon Liachenko et Andreï Zvaguintsev
Réalisation : Andreï Zvaguintsev
Avec : Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin, Yuriy Zavalnyouk, Vladimir Friedman
Marguerite Romeuf







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