Le Ballon blanc

Théâtre de l'Optimist
Samedi 17
Mardi 20 et mercredi 21 Octobre 2026 à 15h
Photos: Pier Patrick
Dans Le Ballon blanc, un homme trentenaire, revient dans la maison de son enfance, cette maison qu’il a quittée sans jamais tout à fait l’abandonner. Il retrouve sa chambre, son coffre à jouets, ses souvenirs en désordre et ses blessures qui, elles, n’ont pas pris une ride.
Derrière le titre, presque innocent, se dessine une histoire plus douloureuse, racontée sans lourdeur ni complaisance, une enfance confrontée à l’égoïsme des adultes. Une mère préoccupée avant tout par elle-même, un père absent, prisonnier de l’alcool..
Quand les grands ne sont plus là pour tenir leur rôle, l’enfant se débrouille comme il peut. . Alors, il s’invente un monde, se réfugie dans ses rêves et fait travailler son imagination. Elle, au moins, ne lui fait pas défaut.
Au début du spectacle, les enfants nombreux dans le public, sont invités à parler de leurs droits. Et là, inutile de leur tirer les vers du nez ! Les mains se lèvent, les idées fusent, les revendications suivent. Ils savent ce qu’ils veulent, ce qu’ils ne veulent pas, et n’ont visiblement pas l’intention de garder tout cela pour eux. On rit de leur spontanéité, parfois de leur aplomb, mais certaines réponses touchent en plein cœur. L’amour, l’écoute, le respect, ils savent parfaitement ce qu’ils sont en droit d’attendre. . On se demande alors si les adultes prennent toujours la mesure de ce que les enfants voient et ressentent.
Sur scène, les deux comédiens naviguent avec bonheur entre rires et émotion. Sylvia Delagrange pétillante et malicieuse, embarque les enfants dans son jeu avec une énergie communicative. Elle amuse, surprend, fait rire sans jamais perdre de vue ce qui se joue derrière la légèreté. Derrière quelques masques, elle se glisse tour à tour dans la peau d’une mère irritable, puis d’un père qui se dérobe à ses responsabilités.
Benoit Saladino , tout en retenue, lui répond par un jeu délicat et subtil. Pas besoin d’en faire trop, un geste, une nuance suffisent parfois à laisser passer l’émotion. Tous deux donnent à la pièce son rythme, entre les moments qui font rire et ceux qui serrent un peu le cœur.
La mise en scène de Jean-David Stepler est résolument actuelle et moderne. Elle fait entrer cette histoire dans notre présent, sans jamais alourdir le propos. Entre deux scènes, le rappel du 119, le numéro d’urgence destiné aux enfants en danger nous ramène brutalement à la réalité ou le théâtre aussi informe et alerte..Le chagrin affleure, puis vient un éclat de rire, un instant de douceur ou une scène plus légère. On passe de l’un à l’autre avec naturel, comme dans l’enfance elle-même, où le jeu et les rêves permettent parfois de tenir à distance ce qui fait mal.
L’écriture de Grégoire Aubert est profonde, jamais simpliste. Elle aborde des sujets graves sans chercher à épargner toute difficulté aux enfants.C’est assez rare pour être souligné . Tout est affaire de dosage, de regard, de confiance accordée à leur intelligence. Les mots trouvent leur place avec naturel, portés par une finesse qui évite les facilités. Peut-être est-ce ce qui explique que certains adultes aient quitté la salle particulièrement émus, touchés au-delà de l’histoire racontée, comme si le spectacle avait réveillé des souvenirs enfouis, des fragments de leur propre enfance. Car il arrive que le théâtre fasse surgir, sous les mots des autres, quelque chose de très intime, que l’on croyait depuis longtemps oublié.
Un spectacle délicat et nécessaire, qui fait rire les enfants tout en invitant les adultes à regarder d’un peu plus près la place qu’ils leur accordent.
Elle souligne qu’un enfant n’est pas la propriété des adultes, encore moins le réceptacle de leurs manques. Il a droit à l’amour, à l’attention, à la sécurité. Et surtout, à cette évidence trop souvent oubliée, être entendu.
Pour une fois, la leçon est peut-être à prendre du côté des enfants.
Fanny Inesta
De Grégoire Aubert
Mise en scène Jean-David Stepler
Avec Sylvia Delagrange et Benoit Saladino







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