X-ELLES

Théâtre des Mathurins
36 rue des Mathurins 75008 Paris
Les lundis à 21h jusqu'au 28 décembre 2026

Entre danse, chant et théâtre, Géraldine Lonfat et Florence Alayrac signent une création sensuelle et troublante sur les paradoxes du désir, la solitude affective et notre irrépressible besoin d’aimer. Une plongée dans l’intimité humaine où la technologie devient le miroir de nos manques autant que de nos aspirations.
Et si une machine pouvait réveiller ce que la vie avait peu à peu endormi en nous ? C’est le pari t de X-ELLES, qui nous entraîne dans l’intimité d’une écrivaine en mal d’inspiration. Solitaire par choix, elle acquiert un androïde doté d’intelligence artificielle pour l’aider à écrire un roman érotique. Ce qui devait être un simple outil de création devient bientôt plus intime , face à cette présence, disponible, docile et affranchie des conventions, la femme découvre un espace où ses désirs peuvent enfin s’exprimer sans crainte du jugement.
Mais derrière cette apparente liberté se cache un vertige. Car la machine, si performante soit-elle, ne possède pas spontanément cette richesse émotionnelle qui fait la complexité des relations humaines. Et pourtant, au contact de cet être qui semble vide de sentiments, l’écrivaine se met à ressentir intensément. Le désir renaît, les émotions affleurent, les défenses tombent. Ce qu’elle croyait avoir enfoui sous les déceptions et les blessures se remet à vibrer.
X-ELLES touche juste , la machine ne ressent rien, mais ce qu’elle provoque chez l’humain est bien réel. Comment ne pas s’attacher à une présence qui nous écoute, répond à nos attentes et semble ne jamais nous rejeter ? Mais peut-on aimer un être qui paraît entièrement tourné vers nous sans jamais véritablement nous rencontrer ? Peu à peu, l’écrivaine ne se contente plus de la disponibilité de son androïde, elle attend de lui une réciprocité, une profondeur, une preuve d’existence qui dépasse la programmation. Elle veut du trouble, pas une simple performance, une présence, pas seulement une réponse.
Le renversement est alors saisissant. Celle qui pensait maîtriser la machine se retrouve prisonnière de son attachement. L’objet devient presque sujet, tandis que l’humaine perd ses repères. Cette relation révèle une contradiction essentielle, nous pouvons désirer une liberté sans limites, mais nous avons aussi besoin de cette altérité qui nous résiste, nous surprend et nous oblige à sortir de nous-mêmes. Car l’amour n’est pas seulement la satisfaction de nos attentes, il est aussi l’acceptation de ce qui nous échappe.
À travers cette histoire, le spectacle dépasse la seule question de l’intelligence artificielle. Dans un monde où les écrans occupent une place croissante et où la solitude peut s’installer au cœur même de nos vies connectées, X-ELLES interroge ce que nous sommes prêts à confier à la technologie: notre attention, nos fantasmes, nos besoins affectifs, jusqu’à notre désir d’être aimés. Sans condamner la machine ni céder aux scénarios catastrophistes, la création nous tend un miroir, et si notre vulnérabilité face à l’artificiel disait surtout quelque chose de notre besoin d’amour ?
Cette réflexion prend toute sa force grâce à l’engagement physique et vocal des deux artistes. À la mise en scène et à la chorégraphie, Géraldine Lonfat déploie une énergie qui nous saisit, son corps devient le théâtre des élans, des résistances et des bouleversements intérieurs. Florence Alayrac, qui signe les dialogues et les chansons, fait vibrer le texte avec sa voix de mezzo-soprano, tour à tour profonde, sensuelle et incandescente. La musique, omniprésente, enveloppe les corps, amplifie les tensions et accompagne les métamorphoses émotionnelles, donnant au spectacle une dimension presque hypnotique. Danse, chant et musique s’entrelacent ainsi dans une même pulsation, faisant naître de l’émotion aussi physique que sensible. Ils leur donnent une chair, un souffle, une intensité palpable.
De cette complicité naît un spectacle qui devient le langage d’une reconquête de soi, le lieu où se révèlent nos fragilités, nos contradictions et notre aspiration à nous sentir vivants. Sous la sensualité affleure une émotion plus profonde : celle d’un être qui, en cherchant à combler ses manques auprès d’une machine, redécouvre combien il demeure traversé par le besoin de l’autre.
Géraldine Lonfat et Florence Alayrac laissent au public la liberté de reconnaître ses propres expériences, son rapport au corps, au désir, à la solitude, à l’amour et au lâcher-prise. Chacun peut y trouver son trouble, ses interrogations, peut-être même une part de sa propre histoire.
Audacieux, charnel et profondément humain, X-ELLES est un spectacle qui se ressent autant qu’il se regarde. C’est la puissance du mouvement, la beauté du chant et de la musique et l’énergie de ses interprètes. Mais on se pose la question, si une machine peut réveiller en nous des émotions si intenses, qu’est-ce qui fait encore la singularité de notre humanité ?
Peut-être cette capacité à transformer le désir en attachement, l’émotion en rêve et la rencontre en une aventure dont nous ne maîtrisons jamais tout à fait l’issue.
Un spectacle à découvrir les sens en éveil et le cœur ouvert, pour se laisser emporter par ce vertige où la technologie rencontre ce qu’elle ne pourra jamais éprouver à notre place, l’émotion d’être vivant.
Public parisien ou d’ailleurs, n’hésitez pas à découvrir leur univers en visitant leur site ! https://xelles.fr
Fanny Inesta
X-Elles
D'après une idée originale de Louis-Michel Colla
Chorégraphie et mise en scène: Géraldine Lonfat
Texte, paroles et musique: Florence Alayrac
Lumière: Jérôme Hugon
Production : l'Artemuse







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