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Les Meutes

  • Photo du rédacteur: Fanny Inesta
    Fanny Inesta
  • il y a 8 minutes
  • 3 min de lecture

Théâtre des Halles

FEST'HIVER

Rue du Roi René Avignon

Le 30 Janvier 2026 à 20h





Toujours une belle programmation au Théâtre des Halles, et le public nombreux ne s’y trompe pas. Avec Les Meutes, la compagnie Microscopique confirme son goût pour les récits qui avancent à pas feutrés avant de refermer leurs mâchoires. Éloïse Mercier signe ici un conte philosophique d’une grande délicatesse, où l’obscurité ne surgit jamais frontalement, mais s’infiltre lentement dans la poésie, dans ce qui palpite sous la peau. Une histoire qui inquiète sans effrayer tout à fait, comme la vie, justement, et qui interroge ces liens censés protéger, mais capables aussi d’étrangler.

Ce spectacle déploie une forêt mentale, dense et nocturne, peuplée de bruissements et de peurs anciennes. La nature, ici, n’apaise pas, elle révèle. Elle rappelle surtout que les bêtes ne sont jamais très loin, parfois logées au cœur même de l’humain.

Au centre du récit, Lou. Une jeune femme façonnée par les groupes qu’elle traverse , familles, clans, cercles sociaux ,autant de meutes aux règles tacites et aux attentes pesantes. Elle porte en elle une ombre héritée, transmise de génération en génération, une faille qu’il faudrait surveiller sans relâche. Lorsque l’amour surgit, sous les traits d’un homme promettant l’aventure et l’échappée belle, les grondements semblent d’abord s’apaiser. Lou adopte ses certitudes, épouse son regard sur le monde, jusqu’à s’y dissoudre peu à peu. Très vite pourtant, quelque chose se referme. Les mots claquent, les perspectives se durcissent.

Lou étouffe alors dans un paysage urbain gris, sous le regard d’une belle-famille catholique prompte à juger, cadrer, “domestiquer”. Trop belle, trop indépendante, jamais tout à fait à sa place. L’homme aimé devient méconnaissable ou peut-être n’a-t-il jamais été celui qu’elle croyait. Une cruauté sourde traverse la pièce, l’idéal conjugal, si rassurant en façade, relève parfois de la pure fiction. Même l’idylle nichée dans un chalet isolé ne constitue qu’un fragile sursis. Les contes, ici, ne promettent aucune morale consolante. La chasse est ouverte. La proie désignée.

La mise en scène d’Éloïse Mercier, sans être démonstrative, enveloppe le public dès les premières minutes. Les projections vidéo, la lumière, la voix off ne se contentent pas d’illustrer , elles déplacent les perceptions, ouvrent des espaces. Le décor, d’une précision remarquable, compose une forêt presque tangible que Lou traverse et habite. On la suit comme au cœur d’un paysage intérieur, où chaque ombre semble guetter. La scénographie également d'Eloïse Mercier est d’une grande élégance et participe pleinement à l’hypnose du récit.

Cette atmosphère est portée par le duo formé par Éloïse Mercier et Gautier Boxebeld, remarquable de justesse et de complémentarité. Leurs corps, leurs voix, disent autant que les mots. Et quels mots! La langue, nourrie du vocabulaire de la vie sauvage, brouille sans cesse les frontières entre le fauve et l’humain, entre l’amour qui apaise et celui qui contraint. Une question affleure, insistante : pourquoi accepte-t-on de se plier à une forme qui n’est pas la sienne ?

Cette pièce explore avec finesse la mécanique des renoncements ordinaires , ces petits sacrifices consentis au nom de la famille, du devoir, de la tradition , jusqu’à ce que l’étreinte rassurante devienne piège. Sans jamais asséner de réponses, ce spectacle cultive le trouble et l’ambiguïté, et c’est précisément là qu’il trouve sa force. Une création à la fois sombre et lumineuse, qui ensorcelle doucement et laisse, en sortant de la salle, une question persistante : où se cache notre propre loup ?


Fanny Inesta


Écriture et mise en scène Eloïse Mercier

Avec Eloïse Mercier et Gautier Boxebeld

Collaboration artistique Sophie Engel et Gautier Boxebeld, création vidéo Vincent Berenger et Eloïse Mercier, création lumières Jean-Louis Barletta, scénographie Eloïse Mercier, construction décor Jean Louis Barletta, costumes Augustin Rolland avec la participation de Corinne Ruiz, regard extérieur Noé Mercier

La Compagnie Microscopique



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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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