Petites et Moyennes Entourloupes
- Fanny Inesta

- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Les 20 ans du Fest'Hiver
Théâtre du chien qui fume Avignon
Le 25 Janvier 2026 à 17 H
Théâtre des vents Avignon
Le 7 Mars 2026 à 19h
LE 8 Mars2026 à 17h

Dès le titre, tout est dit , ou plutôt asséné. Aucune délicatesse dans cette entrée en matière : le patron est ventru, sûr de lui, révélateur d’un compte en banque confortable et la pièce revendique cette frontalité sans fard.
Le rideau se lève sur son bureau de directeur d’entreprise, royaume des biscuits Burafour (« quand on aime, on s’en bourre! »), tandis qu’il supplie au téléphone l’une de ses nombreuses conquêtes de prendre tous ses enfants pour le réveillon...
L’homme n’est pas seulement PDG : il est aussi Maire de la ville. Le cumul des mandats, ici, n’est pas un concept politique, mais un ressort comique bien efficace !
L’irruption de la comptable fait l’effet d’un grain de sable dans cette mécanique bien huilée. Elle arrive avec ce réel que l’on préfère d’ordinaire licencier avant Noël, discrètement, sans vagues ni prud’hommes. Une comptable qui, comble de l’audace, ose se plaindre. Où va le monde de l’entreprise, vraiment ? Mauvaise pioche : elle parle, elle observe, elle résiste. La confrontation entre ce patron magouilleur, cynique, convaincu d’être la véritable victime, et cette employée modeste mais pas docile fait jaillir les étincelles. La comédie s’installe, vive, cruelle, terriblement drôle. Gouverner une entreprise et une progéniture éclatée devient alors le nouveau calvaire de la classe dirigeante et l’on se surprend, l’espace d’un instant, à presque compatir. Presque.
Le texte avance en funambule entre satire sociale et humour féroce. Les rapports employés-patrons sont disséqués avec un sens aigu du rythme et du second degré. On rit de cette mauvaise foi érigée en doctrine, de ces coups fourrés rebaptisés " bonne gestion", tout ça tapis sous le pouvoir local. Et lorsque Sarkozy, Le Pen ou Macron passent à la moulinette, la charge n’est jamais gratuite : elle amuse autant qu’elle éclaire.
Le duo de comédiens est au service de cette mécanique grinçante. Manuelle Molinas, piquante et précise, manie la réplique comme une arme blanche : son ironie fait mouche sans jamais forcer le trait. En femme dépresssive puis conquérante elle donne chair et brutalité à cette farce miroir si drôle dans la forme et si tragique dans le fond. Stéphane Roux, remarquable, excelle dans ce rôle de notable débordé par sa propre arrogance. Ses mimiques révélatrices, sa gestuelle envahissante, cette assurance qui se fissure peu à peu composent un personnage aussi risible qu’inquiétant. À plusieurs reprises, on rit avant de se demander ,un peu gêné, si l’on n’a pas déjà croisé cet homme-là ailleurs qu’au théâtre.
Sous ses airs de farce grinçante, la pièce dit quelque chose de très juste sur notre époque : l’inversion des rôles, la victimisation des puissants, la brutalité sociale travestie en bon sens. Et quand on croit avoir tout compris, la fin surprend, déjoue les attentes.
Une farce, assurément. Brillante, cruelle, réjouissante qui oscille entre humour bon enfant et humour noir.On frôle la caricature sans jamais l’atteindre, car ces personnages existent vraiment À ceci près qu’en sortant du théâtre, il devient difficile de ne pas croire que ses personnages poursuivent la représentation ailleurs dans un bureau, une mairie, ou un conseil d’administration.
A vos agendas: Cette pièce va se jouer de nouveau au Théâtre des Vents Avignon les 7 et 8 mars 2026
Fanny Inesta
Texte de Jean-Jacques Devaux
Mise en scène: Patrick Zard
avec Manuelle Molinas, Stéphane Roux









Un vrai bijou théâtral! quelle performance!!!
Comme j ai ri! Lire cet article me donne franchement envie de revoir cette pièce!!!