La danse du caméléon

Théâtre du chien qui fume
75 Rue des Teinturiers Avignon
Le 6 novembre 2026 à 19h30

Il y a des artistes qui ont plusieurs cordes à leur arc. Éric Bouvron, lui, a carrément plusieurs peaux ! Il change de personnage, de voix, de registre avec une facilité déconcertante, toujours avec cette intelligence malicieuse, cette bienveillance et cette attention aux autres qui font sa signature . Et ce soir encore, il ne nous a pas déçus !
Avec La Danse du caméléon, Éric Bouvron nous propose une jolie incursion dans son univers, ses souvenirs et cette Afrique du Sud qui semble ne l'avoir jamais vraiment quitté.
Pas de grand décor, pas de machinerie, pas de mise en scène spectaculaire. Un homme, un cabas, quelques objets glanés ici et là… et tout un continent qui tient dans ses bagages ! Il faut le faire. Et lui le fait avec une désinvolture assez bluffante. Il possède ce talent, le pouvoir de faire beaucoup avec presque rien, toujours avec cette intelligence, sa malice, son humour et cette attention aux autres qui font sa signature.
Éric Bouvron ne raconte pas l'Afrique, il la fait surgir. Celle de ses souvenirs, des peuples qu'il a côtoyés, des animaux qu'il connaît si bien, de cette nature dont il semble avoir gardé les sons, les mouvements et jusqu'aux respirations. Une voix, une posture, une grimace, parfois quelques accessoires, et nous voilà transportés au milieu de la savane, dans une véritable ménagerie où chacun semble avoir son mot à dire.
Du lion au phacochère, du caméléon à l’éléphant, sans oublier les oiseaux et leurs concerts parfois peu académiques, c'est un véritable défilé animalier auquel nous assistons. Et quel défilé ! Les imitations sont savoureuses, les transformations étonnantes, les situations franchement cocasses. On rit beaucoup, les enfants sont conquis, les adultes ne sont pas en reste. Il a ce don de nous faire retrouver quelque chose que l'on perd parfois en grandissant, le plaisir simple de s'émerveiller et de rire sans se poser de questions.Il y a chez cet homme un animal qui sommeille, plusieurs même, et visiblement aucun n'a envie de se tenir tranquille.
Mais attention, derrière cette joyeuse agitation, il y a une vraie sensibilité. Sa savane n'est pas une terre de prédateurs et de dangers, mais un monde vivant, un espace de rencontres et de cohabitation. Les animaux y ont autant leur place que les hommes. Et l'on sent que ce regard n'est pas celui d'un voyageur de passage, mais celui de quelqu'un qui a partagé des moments de vie avec ces territoires et leurs habitants.
Éric Bouvron ne cherche jamais à nous en mettre plein la vue. Il préfère nous prendre par surprise. Il change de peau comme d'autres changent de veste, passe d'une évocation émouvante à une imitation irrésistible, et nous entraîne dans ses souvenirs sans jamais nous imposer un récit. Il se livre, s'expose et se dévoile avec humour,
Et comme si cela ne suffisait pas, il décide aussi de faire participer la salle ! Gare à ceux qui pensent pouvoir rester tranquillement assis. Quelques spectateurs se retrouvent sur scène, embarqués dans des situations aussi inattendues que désopilantes. Les réactions sont parfois aussi drôles que le spectacle lui-même. Il faut voir les visages, les hésitations, les tentatives d'improvisation !Eric Bouvron joue avec son public . Il ne se contente pas de nous faire rire, il nous rend complices.
On est loin des spectacles millimétrés où chaque déplacement semble avoir été réglé au centimètre. Ici, la vie déborde, les surprises ont leur place, l'imprévu s'invite et c'est tant mieux. Il y a quelque chose de libre, presque de sauvage, dans cette façon de faire du théâtre. Comme si l'artiste avait décidé de laisser entrer un peu de savane dans la salle.
Et finalement, le caméléon n'est peut-être pas seulement cet animal étonnant qui change de couleur. Il est aussi une jolie façon de parler de nous, de nos adaptations, de nos rencontres, de nos identités multiples. Changer sans se renier, appartenir à plusieurs mondes, garder en soi les traces des endroits que l'on a aimés… Éric Bouvron nous rappelle tout cela
On ressort avec le sourire, quelques images animales bien accrochées à la mémoire.
Finalement, Éric Bouvron nous aura fait voyager avec presque rien quelques objets, une sacrée dose de talent et beaucoup d'humanité.
Le caméléon a trouvé son maître. Et nous, nous lui tirons notre chapeau… toutes couleurs confondues !
Et celui-là a bien mérité une belle standing ovation !
Et puis, il y a une raison supplémentaire de ne pas s'arrêter aux applaudissements.
Cette représentation s'inscrit dans le cadre d'" Artistes en Afrique", une initiative qui tisse des liens entre l'Europe et des communautés africaines à travers la création et les échanges artistiques. Le projet a besoin de soutien pour permettre notamment la venue d'artistes du Zimbabwe et l'organisation d'ateliers dans des zones isolées.
À la fin du spectacle, Éric Bouvron nous présente une courte vidéo pour nous faire découvrir cette démarche. Et là, changement de ton. L'émotion affleure. On devine combien ce projet lui tient à cœur. Sa voix, son regard, ses yeux qui s'embuent… Derrière le comédien facétieux, le conteur et l'homme aux mille métamorphoses, apparaît un homme profondément touché par ce qu'il défend. Un moment sincère, qui donne une autre résonance à tout ce que nous venons de voir.
Parce que la culture ne devrait pas s'arrêter aux portes des grandes villes, parce que les rencontres font grandir les artistes autant que ceux qui les accueillent, cette démarche mérite vraiment qu'on s'y intéresse et qu'on la soutienne.
Fanny Inesta
De et avec Eric Bouvron









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