Jouer l'Amant

Maison Bronzini
72 Rue de la République
Villeneuve les Avignon
Le 2 novembre 2026 à 20h
Jouer l’amant
Crédit photos: Guillaume Samama
"J'ai tellement aimé cette pièce", nous dit-elle, que ça valait bien un livre. » C'est ainsi que Sarah Biasini nous entraîne dans l'aventure de Jouer l'amant, paru aux éditions Stock.
Une pièce qui l'a profondément marquée et dont elle a eu envie de prolonger l'histoire autrement, cette fois avec des mots. Mais ce livre ne se limite pas à un simple prolongement du théâtre. Sarah Biasini y parle aussi de son métier de comédienne, de son rapport aux autres, à elle-même et surtout de cette liberté que lui offre l'écriture. Après La beauté du ciel, son premier ouvrage, cette nouvelle publication nous permet de retrouver une plume sensible et personnelle. . On lui souhaite, sans grand risque de se tromper, le même beau succès !
Pour évoquer la pièce d'Harold Pinter, Sarah Biasini revient sur ceux qui lui ont donné sa première couleur, Jean Rochefort et Delphine Seyrig, qui l'ont jouée pour la première fois. Ils lui ont, dit-elle, donné le ton juste. Une empreinte précieuse, dont elle s'est nourrie pour s'approprier à son tour ce texte et lui donner vie sur scène.
Elle nous parle ensuite de ces instants si particuliers qui précèdent l'entrée en scène. Le trac est bien là, parfois intense, juste avant de monter sur les planches. Puis, une fois le spectacle commencé, il s'efface peu à peu. Le personnage prend sa place, le jeu l'emporte. Sarah Biasini reste néanmoins très attentive à la salle. Elle entend les réactions, perçoit les mouvements du public et ne perd jamais complètement le contact avec ceux qui sont venus la voir.
Car le public, justement, a tous les droits ! Il a payé sa place, rappelle-t-elle avec une franchise et un éclat de rire qui font mouche. Libre à lui d'aimer, de détester, de râler ou de ne pas être convaincu. Une façon assez réjouissante de voir les choses, elle accepte le jugement des spectateurs sans chercher à leur imposer le sien.
Mais c'est lorsqu'elle se livre plus personnellement que la conversation prend une autre dimension. Sarah raconte le chemin parcouru pour apprendre à s'aimer davantage, ne plus avoir sans cesse besoin de se justifier, de plaire ou de rechercher l'approbation des autres. Ce travail sur elle-même n'a pas toujours été facile. Elle explique notamment avoir consulté un psy pour apprendre à mieux s'accepter.
Elle le dit simplement, pour bien jouer, elle pense qu'il faut aller bien. Apaiser ses angoisses, régler autant que possible ses tourments intérieurs, apprendre à vivre avec soi-même. Une réflexion intéressante sur ce métier qui demande tant de soi et dans lequel il faut, à chaque représentation, accepter de se livrer.
L'échange, animé par Nathalia dans le cadre de ses rencontres littéraires "Un soir, un auteur", est particulièrement agréable. Les questions sont pertinentes, toujours bien amenées, jamais indiscrètes. Nathalia sait ouvrir les portes sans forcer les confidences. Et Sarah Biasini répond avec naturel, sans détour ni faux-semblant.
Elle évoque notamment son père, avec lequel elle a toujours entretenu d'excellents rapports. Un père qui l'a beaucoup aimée, qui lui a aussi appris à s'aimer et qui l'a encouragée à écrire. On comprend combien cette relation a compté dans sa construction personnelle.
Enfant, elle a également été entourée et choyée par de belles figures féminines, à commencer par sa grand-mère. Quant à sa mère, sa disparition n'a jamais été un sujet tabou à la maison. Les films, les photographies, les souvenirs étaient là, à disposition. Sarah pouvait poser ses questions et obtenir des réponses. Rien n'était caché, rien n'était interdit. Elle a ainsi grandi avec cette histoire familiale, sans mystère ni silence imposé.
Cela ne signifie pas pour autant que tout a été simple. Comprendre son histoire est une chose, trouver sa propre place en est une autre. Et c'est finalement à l'âge adulte qu'elle a entrepris ce travail intérieur qui lui a permis de mieux s'accepter.
La conversation est aussi ponctuée de quelques traits d'humour qui nous rappellent que Sarah Biasini ne se prend pas trop au sérieux. « Le couple, c'est épuisant… », lance-t-elle, provoquant quelques rires dans le bel écrin de la maison Bronzini.
Puis vient l'écriture, dont elle parle avec un enthousiasme particulier. Pour elle, écrire, c'est avant tout être libre. Au théâtre, même si le comédien peut être écouté, il reste le metteur en scène, son regard, ses choix, ses décisions. Dans un livre, c'est différent. Personne ne vient décider à votre place. On choisit ses mots, son rythme, sa façon de raconter. On est seul maître à bord. Et cette liberté semble lui convenir parfaitement.
C'est aussi ce qui rend Jouer l'amant intéressant, au-delà du livre, on découvre peu à peu une femme qui s'interroge sur son métier, ses émotions, ses choix et son parcours. Sarah Biasini ne se contente pas de raconter, elle nous ouvre une fenêtre sur son univers et nous fait partager ses réflexions.
Elle confie d'ailleurs ne pas aimer le cinéma, contrairement à sa mère. La caméra, explique-t-elle, elle n'arrive pas à l'oublier. Elle ne parvient pas à s'y abandonner totalement. Le théâtre, en revanche, est son territoire. C'est là qu'elle a trouvé sa place, sa respiration, son espace de liberté. Sa mère avait le cinéma, Sarah a les planches et l'écriture. Comme si, finalement, tout s'équilibrait dans cette histoire familiale, chacune sa lumière, sans rivalité ni comparaison nécessaire.
Il n'est pas nécessaire de ressembler à ceux qui nous ont précédés pour leur être fidèle. On peut les aimer, leur devoir beaucoup et pourtant choisir une voie différente.
Vient ensuite le moment des questions du public venu très nombreux. Pour une fois,il y en a peu. Est-ce parce que Nathalia a su poser les bonnes questions, parce que Sarah Biasini a déjà tant confié, ou tout simplement parce que nous avons le sentiment d'avoir eu les réponses essentielles ? Comme si, finalement, il n'y avait pas grand-chose à ajouter. Un joli silence, presque révélateur de la qualité de cet échange.
On quitte cette soirée avec le sentiment d'avoir découvert une femme accessible, simple et lumineuse. Sarah Biasini ne cherche ni à séduire ni à impressionner. Elle parle librement, avec sincérité, et c'est précisément ce qui la rend attachante.
Une fois encore, Nathalia nous a conquis avec ces rencontres littéraires dont elle a le secret. Elle sait créer des moments privilégiés où les auteurs se livrent autrement, où les mots dépassent les pages et où l'on découvre, derrière les livres, des personnalités que l'on n'aurait peut-être pas connues de cette façon.
Il faut également saluer la précieuse complicité des Editions Stock, toujours prêtes à jouer le jeu et à permettre à leurs auteurs de venir à la rencontre du public lors de ces soirées littéraires chez la Maison Bronzini, soit à Villeneuve, soit à Avignon. Cette disponibilité est une vraie chance pour les amoureux des livres et des belles rencontres.
Une belle soirée, à l'image de Sarah Biasini, généreuse, intelligente et profondément humaine. Et une belle envie, en refermant Jouer l'amant, de poursuivre encore un peu le chemin avec elle, au fil de ses mots.
Fanny Inesta









A la lecture de ce texte, j'ai vécu une nouvelle fois cette belle rencontre. Bravo Fanny pour ta si belle plume.
Magnifique!