Les Misérables


LES MISERABLES
adapté du roman de Victor Hugo
« Si la liberté est le sommet, l'égalité est la base » Victor Hugo.
Brillamment réalisé par Fred Cavayé, ce film nous livre du pur Victor Hugo, factuel et poignant, sans fioritures ni trémolos. Le constat d'une société d'où l'humanisme est exempt. Où l'inégalité entre les couches de la société est exacerbée. Où le peuple se révolte, aspirant à une vie meilleure. Où la répression sévit en guise de réponse aux revendications. Où posséder de l'argent résout tout...ou presque.
(Toute similitude avec le contexte actuel est pure coïncidence)
Publié en 1862, le roman LES MISERABLES brosse le portrait d'une société malade qui porte la souffrance engendrée par la faim et la misère, produits directs des inégalités sociales.
Pour comprendre cette œuvre il faut se référer aux convictions de Victor Hugo et à ses engagements politiques.
Né en 1802, il fut d'abord royaliste et conservateur dans sa jeunesse (1820 à 1840). Après la révolution de 1830, il se rapprocha du roi Louis-Philippe, et continua de défendre des positions conservatrices à la Chambre où il avait été nommé Pair de France. Pour autant son intérêt pour la misère sociale s'éveille. Et c'est la révolution de 1848 qui marque son tournant républicain. Alors élu député à l'Assemblée constituante de la Deuxième République, et siégeant toujours parmi les conservateurs, il finit par être révolté par la politique de plus en plus réactionnaire de la majorité.
Advient alors la rupture définitive. En 1849, Hugo prononce son célèbre discours sur la misère, dans lequel il affirme que la pauvreté doit être détruite et non assistée.
Suite au coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte pour instaurer le Second Empire, Hugo, ayant fomenté une résistance armée qui a échouée, fuit. Son exil durera 19 ans. Et c'est durant cette période qu'il écrit LES MISERABLES, une dénonciation des injustices de son époque. Hugo est devenu républicain, mu par son sentiment humaniste.
Il revient en France en 1870 après la chute du Second Empire.
Il meurt le 22 mai 1885 à Paris à l'âge de 83 ans.
Nombreux sont les réalisateurs qui ont donné vie par le biais du cinéma à ce chef d'oeuvre.
Le film de Fred Cavayé met la barre haut, très haut.
De par les prises de vue d'une esthétique poignante, de par le rythme du film qui est parfaitement orchestré, de par le jeu des interprètes qui est époustouflant. Toutes les comédiennes et tous les comédiens sont d'une justesse d'interprétation rare. Il faut reconnaître que le casting s'avère prestigieux, et la direction d'acteur pertinente.
Faisant pendant au chef d'oeuvre littéraire, LES MISERABLES de Fred Cavayé est un chef d'oeuvre cinématographique !
Les messages véhiculés sont limpides...la misère sociale engendre la délinquance, petite comme voler un pain à l'instar de Jean Valjean, plus élaborée comme celle des Thénardier, qui abusent de tout un chacun par des manipulations sordides dans le but d'un profit pécuniaire.
La punition infligée aux pauvres est double, comme le montre le personnage de Fantine, contrainte par son état de « fille mère » à abandonner sa petite fille aux « soins » des Thénardier, puis dénoncée par les préjugés sociétaux et une misogynie intégrée à se livrer à la prostitution, n'ayant d'autres sources de revenus possibles.
La société bien pensante punit lourdement les pauvres. Dans le film le bagne de Toulon y pourvoit.
Et qu'en est-il de la rédemption, une fois la peine purgée ?
L'exemple est impulsé par le prêtre qui accueille Jean Valjean au sortir du bagne. Cet homme d'église lui transmet un message puissant qui va faire basculer le repris de justice sur le chemin de la rédemption. Deux chandeliers en argent offerts par ce prêtre à Jean Valjean lui serviront désormais de repères, de guides, et constitueront tout au long du film ce qu'on appelle « l'objet pauvre » en théâtre, notion prônée par le metteur en scène et dramaturge polonais Tadeusz Kantor.
Le personnage de Jean Valjean élève son âme, atteint cet état de rédemption, donne l'exemple, et par cela tente d'entraîner autrui vers cette élévation. De nombreuses scènes du film illustrent ce chemin qui l'a conduit à cet être qu'il est devenu, posé, humble, empathique, généreux, exemplaire, bon et détaché à la fois, actif et pourtant en distanciation.
Ce personnage de Jean Valjean a quelque chose de christique.
Pour autant, c'est en utilisant les outils de cette société fondée sur l'argent, qu'il a pu atteindre cet état de rédemption. Il possède en effet une petite entreprise, ce qui l'a propulsé au rang de notable et lui attribue une forme de pouvoir.
Il y a décidément une similitude de cheminement entre ce personnage de Jean Valjean et le Comte de Monte-Cristo, tout du moins dans leur ascension sociale. Jean Valjean, lui, élève son âme. Monte-Cristo se contente de se venger.
Vincent Lindon campe à la perfection son personnage. Tel l'homme qui a trouvé la sagesse, son jeu est direct, épuré, pertinent, d'une infinie justesse. Une fois encore ce merveilleux comédien offre son immense talent au 7ème Art.
Camille Cottin en mère Thénardier est magistrale. Puissante, manipulatrice, dominatrice, et méchante à souhait. Nul artifice dans son jeu, nulle caricature. Elle EST. Quelle actrice prodigieuse !
En monsieur Thénardier, Benjamin Lavernhe, sociétaire à la Comédie Française, est tout simplement parfait. Il éclaire tous les travers du personnage avec le talent qu'on lui connaît.
Quant à Tahar Rahim qui déjà s'était révélé magnifique dans le rôle d'Aznavour en 2024, le voilà qui nourrit son rôle de flic obsessionnel et tenace, psychologiquement rigide, avec une finesse et une palette d'émotions remarquables.
Mais il faut saluer tous les artistes qui apportent à ce film leurs compétences et leurs talents respectifs, y compris les jeunes comédiennes et comédiens.
LES MISERABLES de Fred Cavayé sortent à une période où plus que jamais le propos de Victor Hugo s'avère d'actualité. C'est un film incontournable, à voir, pour bien des raisons, et surtout pour sa beauté !
Réalisation, adaptation, scénario : Fred Cavayé
Bande son originale du film : Christophe Julien
Avec : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Noémie Merlan, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe, Megan Northam,Vassili Schneider, Louis Peres, Frédéric Pierrot, Léonard Signoret.
Marguerite Romeuf









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