Le Témoin
- Fanny Inesta

- il y a 2 jours
- 2 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre La Luna
1 rue Séverine
du 4 au 25 Juillet à 19h10 (relâche les 8 et 15)

Sous les dehors convenus d’un discours de témoin de mariage, Le Témoin installe d’abord un terrain familier. Thomas prend la parole pour célébrer son ami Vincent . Les souvenirs d’adolescence affleurent, les anecdotes amusent, la salle se laisse porter par cette parole en apparence légère. On croit savoir où l’on met les pieds. On se trompe.
Car très vite, quelque chose déraille. Le récit se fissure, les silences prennent plus de poids que les plaisanteries et l’on comprend que cette prise de parole n’a rien d’un simple exercice de convivialité. Derrière les formules attendues se cache une urgence plus profonde. La pièce fait glisser la comédie vers un drame avec une remarquable maîtrise.
La réussite tient beaucoup à l’écriture de Stéphane Guérin qui avance par petites touches, refusant les révélations prématurées. Chaque souvenir semble anodin avant de trouver, quelques minutes plus tard, une autre résonance . Le texte resserre progressivement son étreinte grâce à ce sens du dosage qui maintient une tension constante et donne au spectacle une véritable puissance.
Au centre d'un dispositif ingénieux, Benjamin Jungers , pensionnaire de la Comédie-Française de 2007 à 2015,impressionne. Il fait exister un homme traversé par des contradictions, où la douceur voisine avec une colère rentrée, où l’humour devient un masque avant de céder à une douleur longtemps contenue. Son regard, sa façon de suspendre une phrase ou d’en précipiter une autre, donnent au monologue une profonde densité . C’est une nécessité qui s’exprime , une tentative désespérée de remettre un peu d’ordre dans le chaos. On croit à cet homme qui, derrière les convenances d’un discours de mariage, semble avoir besoin de dire enfin ce qu’il a gardé en lui pendant des années.
Un spectacle qui avance presque à pas feutrés, avant de porter ses coups avec une précision implacable. Le public est pris dans un mouvement dont il ne mesure la portée qu’une fois le dernier mot prononcé.
Une parole qui commence comme un toast et s’achève comme une déflagration.
Fanny Inesta
Auteur Stéphane Guérin
Mise en scène Christophe Gand
Comédien Benjamin Jungers
Lumière Denis Koransky
Scénographie Emmanuel Charles












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