Les oubliées de Londres
- Fanny Inesta

- il y a 19 minutes
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2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
AU ROI RENE
Rue Grivolas
du 4 au 25 juillet à 15h45 (relâche les 8,15,22)

Il aurait été facile de raconter une nouvelle fois Jack l'Éventreur.Les oubliées de Londres prend le chemin inverse. Ici, le tueur n'est qu'une ombre. Ce qui compte, ce sont celles dont les noms ont disparu derrière le sien : Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes, Mary Jane Kelly. Des femmes pauvres, prostituées pour la plupart, dont les assassinats ne suscitent d'abord qu'une indifférence glaçante.
Alexandra Bailey construit une fresque où le souffle romanesque se mêle à une réflexion contemporaine sur la manière dont certaines vies comptent moins que d'autres. Sans céder au didactisme, la pièce rappelle que le scandale ne réside pas seulement dans les crimes, mais aussi dans le silence qui les a entourés.
La scénographie impressionne par son ampleur et son ingéniosité. Quelques structures mobiles suffisent à métamorphoser l'espace et à faire surgir les rues de Whitechapel, un bureau de Scotland Yard ou l'intérieur d'une maison close. Tout glisse avec une précision chorégraphique. Puis vient cette apparition saisissante de la reine Victoria : immense, dominant le plateau depuis une armature monumentale, enveloppée d'une robe spectaculaire qui semble absorber toute la lumière. L'image frappe autant par sa beauté que par ce qu'elle raconte d'un pouvoir lointain, majestueux, presque inaccessible face à la misère des faubourgs.
Cette sensation de mouvement permanent est portée par une partition musicale de Dominique Mattéi omniprésente qui impulse le rythme. Les comédiens (nes) avancent, se croisent, composent des tableaux d'une précision remarquable, où chaque déplacement semble réglé au millimètre. Ces chorégraphies collectives donnent au spectacle une respiration presque organique, comme si la ville elle-même battait au tempo de la musique.
Les lumières de Tristan Mouget jouent un rôle tout aussi essentiel. Elles sculptent les espaces, découpent les silhouettes, enferment les personnages dans des halos inquiétants avant d'ouvrir soudain le plateau. L'ensemble crée une atmosphère dense, où l'on passe sans heurt d'une rue noyée dans l'obscurité à un éclat plus théâtral. Rarement l'éclairage paraît aussi narratif.
La troupe impressionne par sa capacité à endosser plusieurs rôles sans jamais perdre le fil du récit. Les changements de personnages s'opèrent avec fluidité tandis que les costumes accompagnent ces métamorphoses
L'humour affleure souvent là où on l'attend le moins. Il naît des échanges entre ces femmes qui continuent à plaisanter, à se soutenir, à vivre malgré la peur. Ce contrepoint donne d'autant plus de force aux moments de bascule. On connaît leur destin, mais le spectacle réussit à faire oublier l'issue pour nous attacher à leurs existences.
On quitte la salle avec cinq visages en tête. Le théâtre, parfois, remet simplement les choses à leur place.
Une standing ovation amplement méritée.
Et si vous n’avez pas eu la chance de voir ce spectacle durant ce festival 2026, sachez qu’il sera joué au Palais des Glaces à Paris du 8 septembre au 30 décembre 2026. Vous pouvez déjà réserver…
Fanny Inesta
Mise en scène Alexandra Bialy
Interprétation Benjamin Alazraki, Alexandra Bialy, Antoine Bordes, Léo Grêlé, Dorothée Moreau, Fabienne Tendille
Musique Dominique Mattéi
Création lumière Tristan Mouget
Costumes Christine Vilers












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