La Vérité
- Fanny Inesta

- il y a 22 heures
- 2 min de lecture
PALAIS DES PRINCES
84100 ORANGE
Le 15 Février 2026 à 17h

En ce dimanche 15 février,Orchestre et balcon au Palais des Princes à Orange affichaient complet
Ce spectacle s’adresse à un public avide de pièces de boulevard, de celles qui glissent toutes seules, confortables, élégantes, sans aspérités. Un public qui aime que tout soit bien huilé, bien réglé. D’autres, dont je fais plutôt partie, préfèrent quand le théâtre garde une part d’artisanat : quand ce sont les acteurs eux-mêmes qui portent les changements de décor, quand la convention se voit et devient jeu, plutôt que d’être masquée par une mécanique trop parfaite.
"La Vérité" entre Maîtresse et Infidélité ,cette comédie faussement anodine de Florian Zeller, où le mensonge se déguise en bon sens et en politesse, où la reprise de la mise en scène par Ladislas Chollat rappelle à quel point ce boulevard chic regarde la mauvaise foi droit dans les yeux non pour la questionner vraiment, mais pour s’en amuser, avec un cynisme feutré et assumé.
Tout ici repose sur l’autojustification morale. Michel ment « pour le bien des autres », affirme-t-il. Traduction : pour préserver son confort personnel. Ce n’est pas tant l’adultère qui intéresse l’auteur Florian Zeller que la gymnastique intellectuelle qu’il impose. Le texte avance comme sur un tapis roulant : plus les personnages s’agitent, plus ils restent au même endroit. Et quand la mécanique se dérègle, il n’y a ni drame ni révélation. Celui d’un monde où la vérité n’est plus une valeur, mais une option parmi d’autres.
La mise en scène est élégante, la distribution prestigieuse , Les décors glissent, pivotent, se recomposent avec précision . Tout est fluide, brillant,sophistiqué, presque trop. Les changements de décor, opérés par le staff en pleine action, rappellent la machinerie . C’est un choix qui séduira les amateurs de belles mécaniques, mais qui pourra frustrer ceux qui aiment quand le théâtre se fabrique à vue.
Au centre, Stéphane De Groodt investit le rôle principal avec une énergie nerveuse.Il est un corps en débordement permanent, une parole qui trébuche, un esprit qui refuse obstinément la réalité. Le comédien excelle dans cette agitation vaine, transformant chaque hésitation en gag. Sylvie Testud apporte une intelligence calme, presque cruelle, tandis que Clotilde Courau joue une ironie plus distante, créant un léger décalage intéressant, mais parfois inégal. Nicolas Briançon, enfin, incarne avec finesse cette discrétion rusée propre aux personnages qui savent tout, mais préfèrent laisser faire.
En sortant du théâtre du Palais des Princes à Orange je me suis fait la réflexion suivante : La Vérité ressemble à un grand restaurant gastronomique. On reconnaît le savoir-faire, la maîtrise, la qualité des produits. On y passe un bon moment. Mais c’est un plaisir que l’on s’accorde exceptionnellement. Car, semaine après semaine, on retourne plus volontiers dans un petit restaurant simple et convivial, moins sophistiqué peut-être, mais vivant, chaleureux, et dont on ne se lasse jamais.
Le public a ri beaucoup, oui. Mais derrière l’élégance du boulevard," La Vérité "laisse aussi une impression de divertissement qui se regarde fonctionner plus qu’il ne dérange. Un spectacle efficace, plaisant, indéniablement bien fait à condition d’aimer le boulevard, et d’en accepter les limites.
Fanny Inesta
De Florian Zeller
Mise en scène: Ladislas Chollat
Avec:
Stéphane de Groodt
Sylvie Testud
Clotilde Courau
Nicolas Briançon









Une analyse très fine et honnête.
Malgré les têtes d affiche, un spectacle décevant!