Juste un petit bout
- Marguerite Romeuf

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Théâtre des 3 raisins Avignon
Le 9 mai 2026 à 17h
Le 10 mai à 15 h

Un spectacle de clowns, un samedi à 17H, d'aucuns pourraient penser : « C'est pour les enfants ».
Que nenni !
Cette proposition clownesque de Pauline Phélix et Romain Canonne a manifestement deux lectures possibles, celle des enfants certes, mais aussi celle des adultes, à l'image des dessins animés contemporains.
« Juste un petit bout » a pour objet de révéler les affres de la tentation, les dégâts de la trahison, et le chemin du pardon et de la résilience. Sous couvert de comique, l'intention est ambitieuse et le sujet profond. Bien sûr il est question d'un tout petit bout d'une religieuse (le gâteau), perchée au sommet d'une pièce montée. Mais ce petit bout en dit long sur la nature humaine !
La tentation, c'est lui, le clown Henri, qui la vit. La trahison, c'est elle, Pipoune, qui la découvre et en souffre. Le jeu des deux clowns est sincère, authentique dans l'expression des sentiments qu'ils nous livrent, autant dans les moments de joie et d'excitation pour préparer ce goûter, que dans la déception de la trahison. Lui éprouve une profonde culpabilité. Elle est profondément déçue et désappointée qu'il ait trahi leur projet.
Pour les adultes, comment ne pas établir un lien avec la promesse de fidélité en amour, et la trahison de l'adultère ? Le désir de punition et de vengeance n'échappe pas au scénario, donnant l'occasion de rire aux plus jeunes comme aux plus vieux.
Mais l'amour triomphe ! Les deux clowns finissent par goûter au pardon rédempteur en croquant ensemble dans le même petit bout restant de la religieuse...le choix de ce gâteau en particulier aurait-il valeur christique... ?
L'envolée amoureuse des deux clowns, dans leur résilience, sur fond sonore des 4 saisons de Vivaldi, évoque de façon subtile et pudique, pour les adultes, la puissance de l'orgasme dans la réconciliation.
Pauline Phélix, Pipoune, est toute mignonne et soignée, portant un tutu vert par-dessus un jupon court et blanc. Une perruque faite de plumes blanches recouvre sa chevelure. La plume blanche, symbole de légèreté et de pureté, présente aussi dans la mise en espace. Un nez de clown marron s'accroche discrètement à son joli minois.
Romain Canonne, Henri, lui, est coiffé d'un casque, celui que portent les enfants qui promènent à vélo. Le nez de clown rouge trône au milieu de son visage. De nos jours le nez rouge symbolise la vulnérabilité, l'autorisation à être sincère, naïf, profond. Ce nez rouge ne sert pas à cacher mais plutôt à révéler. Il ouvre à voir un personnage plus vrai que nature. Henri paraît maladroit, mais les prouesses acrobatiques effectuées par Romain Canonne révèlent une solide formation circassienne.
La mise en scène est élaborée au millimètre. La précision dans le jeu comme dans l'espace est bien l'apanage de l'art clownesque.
Au début du spectacle, Henri ne s'exprime que par onomatopées. Ce peut être un lien à la petite enfance. Mais on peut aussi y déceler une allusion au handicap, au retard de langage, de même qu'à l'injonction sociétale pour les hommes à éviter d'exprimer leurs sentiments. Dans la suite du spectacle il acquiert un langage parlé. Toutefois, la communication avec Pipoune a été possible dès le début. Faut-il y voir un appel à la tolérance pour ceux qui sont différents ?
Cet aspect soulevé de façon subliminale est très intéressant au regard du handicap. Henri serait donc en retard de langage en même temps que dyspraxique puisqu'il est si maladroit...
Et malgré tout, l'acceptation et l'amour sont possibles ! Ce spectacle de clowns est une réussite !
Après un succès au Festival d'Avignon 2025, le voilà cet été en tournée dans toute la France.
C'est vraiment JUSTE UN PETIT BOUT à voir si l'occasion se présente, car il est irrésistiblement drôle !
Compagnie Les Bienlunés
Avec : Pauline Phélix et Romain Canonne
Chargée de diffusion : Marine Julien
Marguerite Romeuf









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