Emballage d'André Benedetto
- Marguerite Romeuf

- il y a 14 minutes
- 3 min de lecture
Par la Cie LA PAROLE ROUGE
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre de La Rotonde
rue Catelas
du 4 au 18 juillet à 18h (relâche le7 et le 14)

Du carton, du carton, et du carton ! Le choix en terme de scénographie s'avère hautement symbolique. Qu'est-ce qui est livré de nos jours dans des cartons ?...les colis...commandés sur internet. Le carton, ici, c'est le symbole de la marchandise, du e.commerce, de la délocalisation, donc du capitalisme. Bien vu de la part de la Compagnie La Parole Rouge !
Dès l'entrée du public, une bande son répète en boucle : « Je suis une marchandise qui parle. »
Le décor, en fond plateau, s'impose comme un chapiteau de cartons superposés. Un gros carton à
Cour s'avère être une table. Toujours à Cour, contre le mur, 4 cartons et une chaise en bois.
Complètement à Jardin, un balai est adossé au mur, une autre chaise en bois à côté de lui.
Et au centre, suspendu, un énorme poisson...en carton !
Le poisson symbolise l'abondance.
L'abondance, n'est-ce pas l'apanage du capitalisme ? Toujours produire, toujours plus, pour toujours plus de profit.
Et qui produit ?...l'homme et la femme qui travaillent avec les outils de production détenus par le patronat.
Ne le cachons pas, le discours dans ce texte écrit en 1969 et créé à la Maison de la Culture du Havre du 9 au 11 mars 1970, par André Benedetto, évoque clairement la vision de notre société par le prisme du marxisme. La critique de la société de consommation y est à la fois éducative, portant à la réflexion, et satirique.
La compagnie avignonnaise La Parole Rouge a su traduire cette vision avec un profond talent !
Les mécanismes du pouvoir, de « l'exploitation de l'homme par l'homme », jusqu'à devenir une marchandise, sont mis à jour par les deux acteurs et l'actrice avec humour. Leur énergie joyeuse nous entraîne dans les entrailles du capitalisme. On rit et on compatit selon les situations. Tantôt les voilà qui chantent, tantôt ils usent du mime. On se croirait tombés en plein milieu d'une bande dessinée !
Il faut dire que cette talentueuse troupe a été formée à l'Académie Internationale Des Arts du Spectacle (AIDAS) basée à Versailles. Ils savent tout faire ! Jouer, bien sûr, et avec quel talent!Danser, mimer, chanter...Leur formation comprend la danse classique, le flamenco, le mime, l'escrime, l'art dramatique, et bien plus encore.
Leur mise en scène est collective. Le collectif, dans cette bande de saltimbanques, c'est leur ADN, et cela leur réussit.
Déjà dans Les Justes d'Albert Camus, qu'ils vont présenter à nouveau au Théâtre du Balcon en novembre, leur adaptation époustoufla le public venu nombreux.
Dans cette farce tragi-comique qu'est EMBALLAGE, chacun brille par la justesse de son interprétation.
La pointe de féminisme apportée dans cette création par La Parole Rouge est de bon aloi. Dans un moment interactif avec le public, les acteurs proposent un échange de rôles pour mettre l'homme au foyer à la place de son épouse. La figure féminine devient une travailleuse.
Quelques répliques sonnent à nos oreilles comme un écho à nos réalités...
« Si tu commences à respecter la loi, tu es perdu dans cette société. »
« Si on n'a ni les outils (de production) ni l'argent, on n'a qu'à crever. »
« Ce n'est plus l'époque du troc, donne-moi de l'argent. »
« Tu veux vivre au lieu de travailler ! Tu es une agitatrice, toi ! »
Manipulateur et cynique, dépourvu de toute empathie, avide et pervers, c'est le portrait du patronat par André Benedetto.
Bravo au collectif La Parole Rouge pour follement amuser le public avec un thème aussi sérieux !
Menée tambour battant, EMBALLAGE est une pièce à voir au Théâtre de La Rotonde à 18h
Du 4 au 25 juillet
Texte : André Benedetto
Par La compagnie La Parole Rouge
Marguerite Romeuf









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