Déflagration Rimbaud
- Fanny Inesta

- 26 avr.
- 3 min de lecture
Théâtre du Verbe Fou
Rue des infirmières Avignon
En avant-première le 25 avril 2026 à 19h
Et durant le festival off

On aurait tort de chercher, dans Déflagration Rimbaud, une simple variation autour d’un mythe littéraire. Le spectacle porte bien son nom : il ne célèbre pas, il percute. Et dans cette onde de choc, Alain Klingler ne se contente pas d’évoquer Arthur Rimbaud , il en éprouve, au présent, la brûlure, comme s’il s’agissait moins de raconter que de traverser.
Depuis Constellation Bobin /Leprest, cette trajectoire s’esquisse avec cohérence , une même fidélité à une parole en équilibre instable entre grâce et chute, lumière et gouffre. En convoquant Christian Bobin et Allain Leprest, Alain Klingler avait déjà approché cette incandescence rimbaldienne. Ici, il franchit un seuil. La brèche ouverte par Une Saison en Enfer devient un espace à habiter, au risque de s’y perdre et, peut-être, de s’y transformer.
Le dispositif piano-voix, dans sa nudité exigeante, révèle immédiatement la tenue de l’ensemble. Une élégance sans ostentation, presque morale, qui refuse tout effet inutile. Accompagné par Leslie Bourdin aux réarrangements,Alain Klingler ne cherche jamais à illustrer les textes , il les laisse affleurer, dans une respiration où les mots, les silences et la musique se répondent. Il y a là une sensibilité à vif, mais tenue , une manière de faire naître l’émotion sans jamais la contraindre.
Ce qui touche, c’est précisément cette délicatesse. Loin d’un Rimbaud figé dans la posture du poète maudit, le spectacle en restitue les contradictions vivantes : mystique et voyou, voyant et négociant, enfant terrible et homme en fuite. À travers lui affleure aussi la figure de Paul Verlaine, et avec elle une histoire d’amour âpre, lumineuse, déchirée , un amour qui ne relève pas de l’anecdote, mais d’une manière d’être au monde, entière, risquée, sans compromis.
L’intelligence du spectacle se déploie alors dans un jeu de résonances d’une grande justesse. Léo Ferré dialogue avec Barbara, Hubert-Félix Thiéfaine croise Patti Smith, tandis que l’ombre d’Oscar Wilde, de Henry Miller ou encore de Yannick Haenel affleure sans jamais alourdir le propos. Rien de gratuit dans cette constellation car chaque voix prolonge une même quête, celle d’un élargissement d’une vie vécue à hauteur de poésie.
Et l’on mesure, au fil du spectacle, combienl’écriture d’Alain Klingler est subtilement nourrie, patiemment façonnée. Elle ne s’impose jamais comme un savoir, mais circule avec une discrétion élégante, presque souterraine. Chaque mot semble porté par une connaissance intime des œuvres, sans jamais verser dans l’érudition ostentatoire. On y devine une pensée exigeante, structurée, mais toujours en mouvement
Mais au-delà de la richesse des références, c’est la qualité de sa présence qui emporte l’adhésion. On sent chez lui une générosité profonde, un désir de transmission qui dépasse la simple interprétation. Dans ce flux de textes, de chansons, de silences aussi, quelque chose advient . C’est davantage qu’un récit. Alain Klingler ne cherche pas à faire comprendre , il invite à perdre pied. À accepter, comme chez Paul Claudel, qu’« il ne faut pas comprendre ». À consentir à ce léger vertige où la poésie cesse d’être un objet pour redevenir une force.
Déflagration Rimbaud trouve sa justesse la plus intime : dans cette capacité à maintenir ouverte la blessure sans jamais la refermer. À rappeler que Rimbaud n’est pas seulement celui qui descend en enfer, mais celui qui en sort , porteur d’un savoir brûlant sur « l’envers malfaisant de la vie des humains ».
Le moment du salut, enfin, agit comme un épilogue discret . L’émotion est là, sans masque, dans une forme de pudeur qui prolonge la beauté du geste artistique. Simplement la trace d’une traversée réelle, partagée avec le public. Une gratitude silencieuse, presque fragile.
On sort de là légèrement déplacé. Comme si, le temps du spectacle, la poésie avait cessé d’être un territoire lointain pour redevenir un instant sensible, intelligent, traversée d’amour et, surtout, profondément humain
Il y a, enfin, une forme de courage dans cette proposition. Celui de ne pas simplifier, de ne pas rassurer, de maintenir ouverte la blessure rimbaldienne. Et de nous rappeler, sans emphase, que la poésie la vraie ne console pas ,elle transforme.
Fanny Inesta
Proposition musicale et littéraire
Alain Klingler - Chant, jeu, piano
Durée 1h15
Regard extérieur et visuels : Christophe Roussel
Coaching piano : Leslie Bourdin









Un spectacle bouleversant qui m a même fait pleurer. À voir et revoir
Le silence des morts est violent
Quand il m'arrache à mes pensées
Je rêve de ses ténèbres froides
Électriques et majestueuses
Où les dandys se tiennent roides
Loin de leurs pulsions périlleuses
4.10 Petit matin heure d'été
Thiefaine ou Rimbaud ? Même veine.
Alain Klinger ? Idemque.
Ses notes posées sur le clavier épousent un texte précis parsemé d’improvisations qui le lient à son public. La connivence est d’emblée perceptible.
Alain Klinger propose un Rimbaud mythique.
Comme une voix de liturgie, la sienne renvoie au sacré. Elle s’impose avec respect ; les vers aux paroles se mêlent pour psalmodier des mots avec ses notes, avec sa voix, avec précaution.
Déflagration Rimbaud rencontre un talent sobre qui percute et fait de…
Merci pour tout ce que vous écrivez sur Déflagration Rimbaud. Je suis très touché à la lecture de ce que vous avez su si bien traduire avec vos mots.
Alain