La bise aux inconnu.es
- Dominique Mesle

- 20 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juin
0FF 2026 FESTIVAL AVIGNON
Théâtre L'optimist
Rue Guillaume Puy
à 18h05
Relâche les 9,16 et 23
Nous sommes au crématorium en présence du cercueil de Raoul.Soudain, une femme en furie, munie d'une hache et d'une plante verte, interrompt le cérémonial. C'est Lou, qui vient demander des comptes à Diane. Devant la famille et les proches du défunt, elle cherche à s'expliquer en prenant, bien malgré eux, les personnes présentes à témoin. Les raisons de cette violence, de cette rupture et de ces reproches prennent peu à peu forme.
Nous découvrons progressivement la puissance des liens profonds qui les unissent mais ceux-ci ont, hélas, été brisés.
Le texte de ce spectacle est vraiment original, assaisonné d'humour, de pointes de violence et d'amertume. Leur histoire s'est construite sur la pureté des sentiments, en laissant de côté le vécu, et même tout le passé, pour ne se concentrer que sur le présent.
Sur le plateau, plusieurs accessoires d'une autre époque sont utilisés, notamment des masques et des marionnettes. Ces prosôpa, ou masques antiques, mettent en scène les « ex », compagnons et compagnes. On s'y retrouve facilement : c'est original et de bon aloi. Les autres accessoires, tout aussi originaux, sont à la fois humoristiques et parfaitement réalisés.
C'est une histoire fondée sur des non-dits volontaires. Celle d'un amour brisé unilatéralement par une personne qui ne s'assume pas. La mise en scène, excellente, nécessiterait toutefois quelques ajustements afin de ne pas perdre en intensité. Certaines scènes gagneraient à être condensées, voire supprimées : c'est dommage de casser ainsi le rythme. On peut également regretter un léger manque d'intensité, tant dans l'expression de la haine que dans celle de l'amour.
Au final, c'est un spectacle original, porté par la complexité de la relation entre ces deux amantes. Un beau texte, une recherche visuelle aboutie et un humour tantôt subtil, tantôt éclatant. De petites pointes d'épices malicieuses nous emportent avec bonheur dans cette pièce délicieusement délirante.
Dominique MESLE
Un texte de Sandra Fabbri
Avec
Sandra Fabbri et Lydia Cherton
Mise en scène de Bruno Banon
Lumière de Madeleine Tisserand
Marionnettes et masques Annick Walachniewicz
Jean Christophe Lefèvre ,Alice Antigone
Le regard de Marie-Christine Vaxelaire

Une comédie mordante sur les ruines et la reconciliation
Il fallait oser faire surgir une ex-compagne armée d’une immense hache au beau milieu d’une cérémonie funéraire. C’est pourtant sur cette image aussi absurde qu’inquiétante que s’ouvre La pièce, « La bise aux inconnu.es » que j’aurais peut-être sous-titrée par « L’Enterrement de la hache de guerre » Un moment de théâtre inventif, drôle et profondément touchant qui explore les méandres d’une rupture amoureuse à travers un dispositif d’une remarquable originalité.
La situation de départ est simple et explosive. Alors qu’elle anime une cérémonie funéraire, l’une des protagonistes voit débarquer son ancienne compagne. Celle-ci, hache à la main, interrompt brutalement le rituel. Sa présence est menaçante, son regard accusateur. Elle est venue réclamer des explications. Pourquoi leur histoire s’est-elle terminée ? Qui a réellement blessé l’autre ? Quels non-dits ont transformé l’amour en champ de bataille ?
Ce qui pourrait n’être qu’une scène de règlement de comptes devient rapidement un duel verbal vif. Les deux femmes s’affrontent avec une énergie débordante, échangeant piques, reproches et souvenirs contradictoires. Le texte trouve un équilibre subtil entre férocité et humour. Les répliques fusent,.
L’une des grandes réussites du spectacle réside dans l’utilisation des masques. Chaque fois qu’un personnage du passé est évoqué, il apparaît symboliquement sur scène sous la forme d’un masque extraordinairement travaillé. Ces créations constituent bien davantage que de simples accessoires : elles deviennent de véritables personnages.
Ainsi, l’ancien compagnon de l’une des protagonistes est représenté par un masque particulièrement expressif, à la fois disgracieux et émouvant. Son apparence provoque immédiatement le rire, mais également décrit une forme de vulnérabilité touchante. Grâce à lui, le public découvre un être complexe, parfois ridicule, et attendrissant. Cette double lecture nourrit constamment le spectacle, qui excelle à faire cohabiter humour et émotion.
Les autres figures du passé bénéficient du même traitement et prennent vie à travers des masques dont les traits, les couleurs et les formes suggèrent avec finesse leur personnalité. Le procédé est d’une redoutable efficacité. En quelques secondes, les spectateurs comprennent qui sont ces absents qui continuent pourtant de peser sur la relation entre les deux femmes.
Cette galerie de visages donne une profondeur particulière à la narration. Le passé cesse d’être un simple récit rapporté : il s’incarne sous nos yeux. Les souvenirs deviennent des présences. Les blessures anciennes reprennent forme. Les malentendus gagnent une épaisseur dramatique que le dialogue seul n’aurait peut-être pas permis d’atteindre.
Au fil de la représentation, la violence initiale s’atténue peu à peu. Derrière les accusations apparaissent les failles. Derrière la colère surgissent les regrets. Les deux protagonistes découvrent progressivement que leurs souvenirs ne coïncident pas toujours, que certaines blessures sont nées d’incompréhensions plus que de véritables trahisons.
La hache, omniprésente au début du spectacle comme symbole de la guerre qu’elles se livrent, perd alors progressivement son pouvoir. D’abord brandie comme une menace, elle finit par être déposée, presque oubliée, dans un coin de la scène. Ce simple déplacement devient l’un des plus beaux gestes symboliques de la pièce. Sans discours démonstratif, il raconte l’apaisement qui s’installe entre les deux femmes. La parole circule enfin. Les masques du passé ont permis de mettre des visages sur les peurs, les erreurs et les attentes déçues. Une fois ces fantômes reconnus, il devient possible d’avancer.
Pièce qui séduit par son inventivité visuelle autant que par la qualité de son écriture. Le spectacle réussit le pari délicat de faire rire des douleurs sentimentales tout en respectant leur profondeur. Le ton demeure vif, parfois mordant, mais ne renonce jamais à l’émotion.
. Une œuvre originale, généreuse et profondément humaine.
Un texte de Sandra Fabbri
Avec
Sandra Fabbri et Lydia Cherton
Mise en scène de Bruno Banon
Lumière de Madeleine Tisserand
Marionnettes et masques Annick Walachniewicz
Jean Christophe Lefèvre ,Alice Antigone



















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