De 7 à 77 ans
- Marie-Christine Vaxelaire

- il y a 1 jour
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De 7 à 77 ans
FESTIVAL AVIGNON OFF 2026
Le Petit Louvre 23 rue Saint Agricol Avignon
À 19H30, (relâche le 9, 16, 23 juillet)

Quand le théâtre réapprend le temps
À rebours d'un théâtre spectaculaire ou démonstratif, De 7 à 77 ans fait le pari de la simplicité. Deux personnages, un grand-père et son petit-fils, quelques lettres, une maison, une partie de pêche : il n'en faut pas davantage pour faire surgir une réflexion sensible sur la transmission, le temps qui passe et les liens que les générations peinent parfois à tisser. Une matière dramatique, modeste en apparence, mais dont la force tient précisément à l'intimité qu'elle construit avec le spectateur.
La pièce s'ouvre sur une relation épistolaire qui traverse les années. Les lettres du petit garçon, pleines de spontanéité, deviennent celles d'un adolescent, puis d'un jeune homme qui sollicite son grand-père avec régularité pour lui demander de l'argent. Derrière cette correspondance se dessine une absence: celle des rencontres. Le vieil homme répond toujours, mais laisse affleurer un regret discret, celui de voir le lien familial se réduire à quelques mots couchés sur le papier.
Le véritable point de départ dramatique survient lorsque le petit-fils accepte enfin de venir passer une semaine chez son grand-père. S’opposent d'un côté, un jeune citadin dont le téléphone portable est devenu l'interface permanente avec le monde et de l'autre, un homme qui appartient à une génération pour laquelle le temps ne se mesure ni en notifications ni en flux continus d'informations.
Le téléphone, omniprésent au début de la pièce, apparaît comme un véritable partenaire de jeu. Lorsque le grand-père demande à son petit-fils de s'en séparer durant son séjour : c'est un geste dramaturgique fort. La parole peut enfin advenir. La mise en scène joue intelligemment de cette opposition, le texte est fluide, drôle, émouvant. Les dialogues constituent sans doute la plus belle réussite de l'écriture. Ils alternent légèreté et gravité.
Les échanges autour des applications de rencontre donnent lieu à des scènes d'une drôlerie délicieuse. Le jeune homme explique avec naturel qu'il suffit aujourd'hui de faire glisser une photo à droite ou à gauche pour choisir ou éliminer une partenaire potentielle. Face à cette logique instantanée, le grand-père convoque le souvenir des regards échangés, la beauté de la rencontre, le désir.
De 7 à 77 ans interroge notre rapport au temps. Qui vit réellement ? Celui qui multiplie les expériences sans jamais s'y arrêter ou celui qui sait encore contempler, attendre, écouter ?
La séquence de la pêche résume admirablement cette philosophie. Dans une mise en scène épurée où quelques éléments suffisent à suggérer les berges d'une rivière. Rarement une partie de pêche aura paru aussi profondément théâtrale : elle est initiation à la patience, au silence partagé.
Quelque chose arrive et fait basculer la pièce. Le petit-fils intègre un autre rapport au temps, aux autres et à lui-même. Le flambeau n'est pas seulement affectif : il est philosophique. Les valeurs de patience, d'écoute et de disponibilité se transmettent ici comme un héritage invisible.
Par son écriture délicate et son dispositif scénique volontairement dépouillé, De 7 à 77 ans rappelle ce que le théâtre sait faire de mieux : réunir des êtres qui se parlent vraiment.
Marie-Christine Vaxelaire
Interprètes ; Eliott Guenoden, Denis Obitz
Texte de Franck Buirod









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