Albert Moukheiber
- Fanny Inesta

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Théâtre du Chêne Noir
8 Bis rue Ste Catherine Avignon
Le 11 avril 2026 à 20h
La salle Léo Ferré du théâtre du Chêne noir affichait complet pour cette conférence qui clôturait le programme de cette saison.
Albert Moukheiber arrive sans fracas, presque en voisin qu’on aurait invité à parler autour d’un verre. Tenue décontractée, souriant, Albert Moukheiber installe d’emblée une atmosphère qui déjoue les codes de la conférence savante. Cet ancien anxieux débute par quelques traits d’humour, le public rit. Il ne se prend pas au sérieux mais élève notre niveau de pensée, et c’est sans doute ce qui le rend si convaincant…
À ses côtés, pour mener l’échange, Patrick Baud. Animateur aussi précis qu’enthousiaste, il accompagne la conférence avec une vraie connaissance du sujet, relance, nuance, questionne et donne au dialogue un rythme fluide. Il est un véritable partenaire de réflexion.
Derrière cette entrée en matière légère se déploie une plongée dans les méandres de notre cerveau. Chercheur en neurosciences et psychologue clinicien, Albert Moukheiber déroule avec clarté les rouages de nos cognitions, de notre mémoire, de nos comportements. Les biais cognitifs, souvent évoqués mais rarement compris, prennent ici corps, presque chair. Et l’on réalise vite qu’il n’est nul besoin d’être spécialiste pour suivre : tout est affaire de pédagogie, et il en maîtrise l’art avec précision.
Albert Moukheiber prend le temps d’illustrer, de revenir à des situations du quotidien, celles que chacun peut reconnaître sans effort. Dans cette fameuse expérience où un groupe entier donne une réponse manifestement fausse, la personne isolée qui finit par se rallier au collectif n’est ni ridicule ni faible : elle est simplement humaine. Entre confiance en soi et confiance dans les autres, l’équilibre est fragile. C’est précisément dans cette hésitation que se glissent nos biais, ces raccourcis mentaux qui nous aident à décider… mais parfois nous égarent.
Au fil de la conférence, quelque chose se fissure doucement : cette impression d’être aux commandes. On se surprend, presque malgré soi, à douter de ses propres évidences, à repenser des situations vécues, des choix que l’on croyait pleinement assumés. Albert Moukheiber ne donne pas de leçon, il ouvre des pistes. Il montre à quel point nos certitudes tiennent parfois à peu de chose, et combien notre cerveau, loin d’être un outil parfaitement fiable, bricole en permanence avec ce qu’il perçoit.
Un moment révélateur survient lors des questions du public, lorsqu’un spectateur interroge les intervenants sur le libre arbitre. Le dialogue qui s’engage laisse entrevoir des nuances, voire des divergences, entre Albert Moukheiber et Patrick Baud. Cet échange apporte une profondeur supplémentaire, rappelant que ces questions restent ouvertes, débattues, vivantes.
La fin de la conférence prolonge cette proximité : les questions affluent, nombreuses, et Albert Moukheiber y répond avec la même générosité, mêlant précision et légèreté jusqu’à cette dernière interrogation : « Deviens qui tu es », ce mantra du développement personnel… Il sourit, marque une pause, réfléchit, et démonte la formule avec simplicité. Cela ne veut rien dire, dit-il, puisque nous sommes déjà ce que nous sommes. Peut-être vaudrait-il mieux dire : « Deviens qui tu aimerais être. »
Une pirouette ? Plutôt une invitation. À douter, à réfléchir, à se réinventer. Et à regarder, avec un peu plus de lucidité et beaucoup d’indulgence ce drôle d’outil que nous appelons notre cerveau.
Fanny Inesta
On peut voir et revoir le documentaire d’Albert Moukheiber en deux parties sur la chaîne Arte
Notre cerveau nous joue des tours















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