Vagabond
- Fanny Inesta

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Théâtre du Chien qui fume
Avignon
Les 31 mars, 1er et 2 avril 2026 à 19h30

On les découvre tapissant leur existence de bric et de broc : un coin de trottoir pour royaume, quelques mégots en trésor, une bouteille de vin comme unique luxe, et des couches de tissus rafistolés pour lit. Rien de plaintif pourtant dans cette frugalité assumée. Leur marginalité n’est pas un naufrage mais une forme de paix, une façon d’habiter le monde en dehors du vacarme social. Jusqu’à ce que l’extérieur silhouettes hostiles, menaces sourdes vienne troubler leur îlot fragile .
Alors affleurent les ombres du passé. Lui, on devine l’ancien comédien, l’homme de scène redevenu fantôme, récitant encore des lambeaux de répertoire comme on saisit des amarres. Elle, mystérieuse et rebaptisée « Philo », brouille les pistes : qui était-elle avant l’errance ? Pourquoi ce nom étrange, ? Le voile jusqu’au final ne se lève jamais complètement, le mystère fait partie de la pièce.
Le duo résiste pourtant à l’étau qui se referme. Malgré la précarité, malgré les intrusions malveillantes, l’horizon reste ouvert. Ils s’accrochent à une liberté rêvée, à cette existence sans attaches, sans racines, où l’on se chauffe davantage à la flamme d’un réchaud qu’à celle des certitudes. C’est une tragédie sociale , la chronique de deux “perdants magnifiques” qui refusent de rendre les armes.
Il faut saluer le talent des trois comédiens, qui portent le spectacle. Stéphanie Lanier se livre entièrement, corps et voix tendus vers une belle sincérité . Son jeu, donne à Philo une densité immédiate. Gu, lui, incarné par Jean-Marc Catella joue avec une drôlerie désarmante et une mélancolie juste ce qu’il faut. Il, passe du souvenir d’un classique à un tricot maladroit sans jamais perdre l’âme de son personnage . Et lorsqu’il prête vie à l’une des créatures dont on ne peut rien révéler, il déploie un talent indéniable, modulant voix et intonations entre drôlerie et émotion parfaitement dosées.Et puis il y a Salvatore Catalbiano formidable caméléon, qui assume plusieurs rôles avec une précision remarquable. L’un d’eux, en particulier, s’élève vers une une scène suspendue, où sa posture seule raconte un monde , un très beau moment.
La scénographie contribue largement à la réussite de l’ensemble. Ce voile qui figure la rue, derrière lequel les silhouettes se devinent, a des allures de cinéma : on croirait voir un plan en noir et blanc, un décor mouvant. On pense à Marcel Carné pour cette manière de magnifier la nuit et la misère, mais la mise en scène contemporaine, la lumière, la musique, la solitude, n’appartiennent à aucune époque.
Impossible d’en dire davantage sans trahir la part de surprise qui jalonne la représentation. Disons seulement ceci : le théâtre humaniste, celui qui prend soin des êtres autant qu’il les expose, n’a pas dit son dernier mot.
Et pour certains, glissez un mouchoir dans votre poche , on ne sait jamais.
Fanny Inesta
Texte et Mise en scène: Gérard Vantaggioli
Avec: Jean-Marc Catella
Stéphanie Lanier
Salvatore Catalbiano
Musique: Eric Breton
Lumières et décors: Franck Michallet
Création marionnette:Elise Cornille









Un spectacle tout en délicatesse, une critique qui retransmet exactement l'ambiance! Agréable à lire !