Thelma, Louise et Nous
- Fanny Inesta

- 10 janv.
- 2 min de lecture
Théâtre des Halles
22 Rue du Roi René Avignon
Les 8 et 9 janvier 2026 à 20h

Photographie © Kévin Buy
Au Théâtre des Halles, salle comble chaque soir jusqu’au dernier strapontin, et soulignons-le : un public jeune et nombreux. Signe que le mythe Thelma et Louise n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction, ni de sa capacité à être joyeusement réinventé. Nolwenn Le Doth et Anna Pabst embarquent le public dans leur road-trip à elles, qui se joue moins sur l’asphalte américain que dans un voyage très libre entre la Bretagne et le Colorado provençal, entre cinéma et plateau, souvenirs intimes et mémoire collective.
Leur cavale est aussi bien réelle qu’imaginaire car nourrie d’un long voyage, de récits collectés en route, de sons et d’images glanés au fil des kilomètres. À partir de tout ça , elles tissent un dialogue entre leur propre histoire d’amitié et celle des deux héroïnes de Ridley Scott, rejouant le road-movie culte tout en l’ouvrant à d’autres voix, d’autres récits, d’autres désirs de fuite et d’émancipation.
Avec un sens du jeu très dynamique,Nolwenn et Anna endossent tous les rôles et surtout ceux des hommes. Bertrand Cantat n’y échappera pas... Du barman au mari, du petit ami aux silhouettes masculines plus inquiétantes encore, celles qui harcèlent, dominent, violent. Par moments, les gestes et les paroles qu’elles empruntent à ces figures masculines sont crus, frontalement dérangeants, mais justes : ils reflètent trop souvent une réalité que le théâtre se doit de nommer. Le tout sans lourdeur ni complaisance, porté par une ironie mordante qui fait mouche.
Elles convoquent aussi les grands récits fondateurs : Ulysse et Pénélope. Et Pénélope, au fond, que faisait-elle ? Elle attendait! La question, posée avec malice, résonne comme un petit coup de klaxon féministe bien senti. Sororité, domination masculine, voyage initiatique, tout est là, y compris la fameuse « misandrie » brandie à la sortie du film, procès un peu facile qui, rétrospectivement, prête surtout à sourire.
En arrière-plan, un large bandeau lumineux trace la route, dévoile l’auto-stoppeur, l’horizon, la fuite en avant , un dispositif ingénieux. Les trouvailles s’enchaînent, dont une scène désopilante où Louise ressuscite la mythique apparition de Brad Pitt : imitation savoureuse, mimétisme précis, fou rire assuré. Mais le rire n’efface jamais la gravité du propos. La pièce sait être drôle et terrible à la fois, légère en surface et, hélas, profondément actuelle.
Les passages chantés et dansés, parfaitement intégrés, apportent une énergie contagieuse, quelque part entre western et country, comme un héritage lointain du road-movie. On sort de là galvanisé, ému, amusé.
Longuement applaudi par un public conquis, ce spectacle joué avec grand talent, rappelle que revisiter les icônes, quand c’est fait avec intelligence, courage et espièglerie, reste une formidable manière de parler d’aujourd’hui.
Fanny Inesta
Sur une idée originale de Nicolas Bonneau, Nolwenn Le Doth et Anna Pabst
Texte et mise en scène Nicolas Bonneau, Nolwenn Le Doth et Anna Pabst
Avec Nolwenn Le Doth et Anna Pabst
Création musicale Fanny Chériaux, création sonore et vidéo Nicolas Maisse, création lumières Juliette Besançon, scénographie Claire Gringore, régie lumières Clément Lavenne, costumes Anne Dumont
Collectif Le Bleu d’Armand
En coréalisation avec La Garance, Scène nationale de Cavaillon









Sororité et misandrie, deux mots rarement utilisés mais qui illustrent parfaitement le fil conducteur de ce spectacle. Le principe du road trip qui permet de voyager physiquement mais aussi intellectuellement en utilisant la musique et l'humour. Un regard sévère, sérieux et inhabituel sur les hommes.
Bel article de Fanny qui met en exergue le foisonnement et la créativité de ce scénario.
Vraiment très envie de me faire peut être un peu secouer par ce spectacle !!!!
J ai adoré ! Merci pour cette critique qui décrit bien ce spectacle!