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Il m'avait dit...

  • Photo du rédacteur: Fanny Inesta
    Fanny Inesta
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Théâtre de l'Optimist

Rue Guillaume Puy Avignon

Samedi 7 mars 2026 à 19h30

Dimanche 8 mars 2026 à 15h30

I


Sur l’affiche, un visage de femme semble fendu comme une terre sèche. Les craquelures racontent déjà ce que les mots taisent encore. Tout est là : la fragilité, la violence subie, mais aussi cette obstination à rester debout. L’histoire du spectacle se lit presque dans cette image : une existence brisée, puis lentement recollée. Il m’avait dit… s’ouvre ainsi, comme on entrouvre une mémoire longtemps restée sous clé.

Au début du spectacle,Carole Prélati apparaît vêtue d’une robe noire, simplement traversée par une écharpe rouge nouée autour du cou. Une touche vive dans l’obscurité, comme la trace d’une passion brûlante ou d’une blessure encore à vif. Au fil du récit, l’écharpe disparaît presque sans que l’on s’en aperçoive. : celui d’un lien qui se défait, d’une emprise qui se relâche peu à peu...

Seule en scène,Carole Prélati remonte le fil d’un amour qui commence ctel un vertige. Elle a vingt ans, une jeune fille ordinaire, l’âge des promesses et des enthousiasmes absolus. Lui est un comédien reconnu, charismatique, de ceux dont la présence suffit à aimanter une salle. « Beau comme un dieu », dit-elle avec un sourire, avant d’ajouter qu’il lui rappelait Gérard Philippe. Comment ne pas tomber amoureuse ? Le coup de foudre est immédiat.

Au début, tout ressemble à un conte.

Puis, imperceptiblement, quelque chose se fissure.

Les remarques deviennent plus dures. Les critiques plus fréquentes. L’homme admiré se transforme peu à peu en juge permanent. Carole Prélati raconte la lente emprise, les mots qui enferment, les gestes qui isolent. Il dénigre, rabaisse, corrige, humilie. La peur s’installe. Une lente entreprise de démolition qui avance masquée derrière les mots et parfois les coups.

Amoureuse, la jeune femme accepte tout. Elle renonce à ses propres cours de théâtre, s’efface, dit oui, toujours oui. Par amour, croit-elle. Parce qu’à vingt ans, on confond parfois l’abandon de soi avec la preuve la plus pure du sentiment.

Le spectacle suit ce glissement avec précision et avance par fragments, comme si les souvenirs remontaient par vagues. La parole se mêle à la musique et au mouvement.

Certaines chansons surgissent comme des déflagrations. Interprétée par Camille Lellouche, Carole Prélati y danse avec des gestes heurtés, nerveux, comme si le corps exprimait enfin ce que les mots ont longtemps retenu. Les bras se crispent, les épaules se referment, puis se rouvrent dans un mouvement fragile de résistance.

La voix grave d’Arthur H, avec La Boxeuse amoureuse, enveloppe l’espace . La comédienne ralentit le mouvement, laisse flotter ses gestes dans l’air. On y devine la fatigue, mais aussi une dignité retrouvée.

Car un jour, quelque chose bascule.Comme un réveil.

Une prise de conscience qui remet le monde à l’endroit. La femme qui racontait son effacement commence alors à se redresser, à reprendre sa voix, à réhabiter son propre corps.

Le jeu de Carole Prélati est intensément habité, elle traverse les émotions avec sincérité . Sa voix peut se faire murmure, confidence fragile, puis soudain éclater en cris brefs, fulgurants, comme des décharges électriques qui traversent la scène. Ces surgissements brisent le silence et rappellent brutalement la violence enfouie derrière le récit. On sent un corps engagé tout entier, un jeu physique où la parole et le mouvement ne font plus qu’un.

La mise en scène de Françoise Olivier accompagne cette traversée avec sobriété dans une proximité avec le public. On écoute, on comprend.

Il m’avait dit… éclaire les mécanismes insidieux de l’emprise et rappelle que la violence conjugale n’est pas une fiction mais une réalité hélas bien présente.Combien d’histoires comme celle-ci continuent encore de se jouer derrière des portes closes ?

Et pourtant, malgré la gravité du sujet, quelque chose de lumineux demeure : la preuve que la reconstruction est possible, et que la parole, une fois libérée, peut devenir un formidable geste de vie.


Fanny Inesta


Texte Françoise Olivier

Mise en scène Françoise Olivier

Comédienne:Carole Prélati


2 commentaires

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Françoise Olivier
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci infiniment pour votre critique de notre spectacle théâtral "il m'avait dit". Très touchée par vos mots qui reflètent parfaitement tout ce que j'ai voulu dire dans cette nouvelle création. Bien à vous. Françoise https://lescompagniesdefrancoiseolivier.fr

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Fanny inesta
il y a un jour
En réponse à

Merci pour votre retour qui me touche

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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