Point de chausson
- Fanny Inesta

- il y a 44 minutes
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2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre l'Atelier 44
44 Rue Thiers
du 4 au 25 Juillet à 22h10 (relâche les 8,15,22)
Point de chausson
Les premières notes d’ "Aimez-nous vivants" de François Valéry ouvrent le spectacle. Une chanson familière, presque trop légère pour ce qui va suivre. Pourtant, très vite, son refrain change de résonance. Il ne s’agit plus seulement d’aimer les vivants, mais de les entendre
Le point de chausson est un point de couture qui sur scène ne sert pas à ourler un vêtement. Il devient un geste qui dérange, qui déplace . Coudre, ici, n'a rien d'anodin.Une manière de reprendre la main sur ce qui a été imposé, sur ce qui a réduit au silence.
Le récit avance par fragments. Une écriture vive, précise, parfois drôle, parfois abrupte. Des cours de couture improbables, une scène dans une voiture, puis d’autres encore. Des images qui reviennent, s’entrecroisent, sans jamais être totalement expliquées. Peu à peu, quelque chose se dessine, une histoire qui se recompose par éclats plutôt que par démonstration. Comment une relation fondée sur le soin peut-elle devenir un lieu de violence ?
La mise en scène de Ludivine Vincent refuse l’insistance. Elle laisse les situations exister et le public est placé face à ce qu’il reçoit, libre de relier les fils, de mesurer lui-même ce qui affleure.
Tout repose sur Ludivine.
Seule en scène, dans une robe rouge qui capte la lumière sans la réclamer, elle tient le plateau avec précision . Ce qui impressionne, c’est cette manière de ne jamais forcer l’effet, tout en maintenant une intensité constante. Son jeu impressionne par sa maîtrise : un regard,une posture, une suspension, une inflexion de voix suffisent à faire basculer le rire vers le malaise, puis vers l'émotion. Elle ne joue jamais la victime, elle donne à voir une femme qui lutte, vacille, résiste.. On oublie très vite la comédienne, il ne reste qu'une femme qui cherche les mots justes pour raconter ce qui semble, parfois, impossible à dire.
Puis le spectacle bascule.
La fiction s’interrompt. Ludivine Vincent s’adresse directement au public et raconte ce qui s’est réellement passé. Ce qui apparaissait par fragments trouve alors une autre lecture. L’histoire s’ancre dans le réel, mais dépasse immédiatement le cas singulier. Elle renvoie à d’autres récits, d’autres silences, d’autres emprises.
C’est là que le titre prend une autre dimension.
Le point de chausson n’est plus seulement un geste de réparation. Il devient une image de renversement. Un moment où la parole change de camp, où ce qui était tu peut enfin être dit autrement.
On en sort avec le sentiment d’avoir assisté à un déplacement profond. Et avec l’image d’une comédienne qui, sans jamais forcer le regard, impose sa présence .
Lorsque les lumières se rallument, il reste un silence court, dense, avant les applaudissements.
Rarement un spectacle aura su transformer une blessure intime en un moment de théâtre d'une telle intensité. Une raison de plus de pousser la porte de la salle de l'atelier 44.
Fanny Inesta
De Rachel Jullian
Mise en scène Ludivine Vincent
Interprétation Ludivine Vincent
Création lumière: Loïc Virlogeux















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