Point de chausson
- Fanny Inesta

- 5 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre l'Atelier 44
44 Rue Thiers
du 4 au 25 Juillet à 22h10 (relâche les 8,15,22)
Point de chausson
Les premières notes d’ "Aimez-nous vivants" de François Valéry ouvrent le spectacle. Une chanson familière, presque trop légère pour ce qui va suivre. Pourtant, très vite, son refrain change de résonance. Il ne s’agit plus seulement d’aimer les vivants, mais de les entendre
Le point de chausson est un point de couture qui sur scène ne sert pas à ourler un vêtement. Il devient un geste qui dérange, qui déplace . Coudre, ici, n'a rien d'anodin.Une manière de reprendre la main sur ce qui a été imposé, sur ce qui a réduit au silence.
Le récit avance par fragments. Une écriture vive, précise, parfois drôle, parfois abrupte. Des cours de couture improbables, une scène dans une voiture, puis d’autres encore. Des images qui reviennent, s’entrecroisent, sans jamais être totalement expliquées. Peu à peu, quelque chose se dessine, une histoire qui se recompose par éclats plutôt que par démonstration. Comment une relation fondée sur le soin peut-elle devenir un lieu de violence ?
La mise en scène de Ludivine Vincent refuse l’insistance. Elle laisse les situations exister et le public est placé face à ce qu’il reçoit, libre de relier les fils, de mesurer lui-même ce qui affleure.
Tout repose sur Ludivine.
Seule en scène, dans une robe rouge qui capte la lumière sans la réclamer, elle tient le plateau avec précision . Ce qui impressionne, c’est cette manière de ne jamais forcer l’effet, tout en maintenant une intensité constante. Son jeu impressionne par sa maîtrise : un regard,une posture, une suspension, une inflexion de voix suffisent à faire basculer le rire vers le malaise, puis vers l'émotion. Elle ne joue jamais la victime, elle donne à voir une femme qui lutte, vacille, résiste.. On oublie très vite la comédienne, il ne reste qu'une femme qui cherche les mots justes pour raconter ce qui semble, parfois, impossible à dire.
Puis le spectacle bascule.
La fiction s’interrompt. Ludivine Vincent s’adresse directement au public et raconte ce qui s’est réellement passé. Ce qui apparaissait par fragments trouve alors une autre lecture. L’histoire s’ancre dans le réel, mais dépasse immédiatement le cas singulier. Elle renvoie à d’autres récits, d’autres silences, d’autres emprises.
C’est là que le titre prend une autre dimension.
Le point de chausson n’est plus seulement un geste de réparation. Il devient une image de renversement. Un moment où la parole change de camp, où ce qui était tu peut enfin être dit autrement.
On en sort avec le sentiment d’avoir assisté à un déplacement profond. Et avec l’image d’une comédienne qui, sans jamais forcer le regard, impose sa présence .
Lorsque les lumières se rallument, il reste un silence court, dense, avant les applaudissements.
Rarement un spectacle aura su transformer une blessure intime en un moment de théâtre d'une telle intensité. Une raison de plus de pousser la porte de la salle de l'atelier 44.
Fanny Inesta
De Rachel Jullian
Mise en scène Ludivine Vincent
Interprétation Ludivine Vincent
Création lumière: Loïc Virlogeux
Le regard de Dominique Mesle:
Ludivine Vincent s'offre à nous sur cette scène où seule une chaise rompt la noirceur du tableau. Vêtue de rouge, sa tenue ample accompagne et souligne l'indicible...
Peut-être parle-t-elle d'un vécu, ou ne serait-ce que des suggestions distillées et injectées par un thérapeute détraqué ? L'ignominie est toute-puissante, mais des soubresauts de l'esprit la ramènent vers la réalité. Il faudrait alors utiliser ce point de chausson, non comme un simple détail de broderie, mais comme un ourlet destiné à sceller les lèvres.
Au-delà de ce texte très direct, remarquablement construit, intense et efficace, des réflexions surgissent, et une atroce culpabilité s'installe.
Ludivine utilise avec force l'expression corporelle pour appeler un chat un chat. L'humour est également présent, tel un piment auquel on n'ose réagir.
Un spectacle habile qui évoque une violence paisible et de doux traumatismes. Une invitation à réfléchir sur la psychiatrie, la justice et la manipulation.
Texte : Rachel Jullian
Avec : Ludivine Vincent
Atelier 44 – 22 h 10
Relâche les 8, 15 et 22 juillet.
Le regard de Nadine Eid :

Le point d chausson
Atelier 44
41 rue Thiers Avignon
Off 2026 du 4 au 25juillet à 22h10
Durée 1h05
Ecritouilles d’Avignon
à l’usage des pressés
et des fatigués
Ludivine Vincent est une femme qui parle de nous toutes. Par fragments ou plus, beaucoup plus, elle révèle, ose. Dans son seul(e) en scène, elle prête voix à des relations sexuelles tristes et pitoyables ; l’amour confondu avec la baise, ce ghetto du sentiment, impossible à lier aux pulsions non-ressenties entre un masculin et un féminin quand ça se passe mal, ou si peu, comme souvent.
Elle pointe, cible et formule ce que nos sociétés patriarcales ont fait de nous : des images, des trucs-bidules déficients, au mieux, des barbies frustrées souvent à demi ou carrément anorexiques, « des peines à jouir », des handicapées du sexe et plus encore des inadaptées à un amour impossible de princesses séductrices mal-baisées et totalement lasses des hommes avant même que de les connaître. Souvent le père, l’oncle, le grand-père, le frère ou l’ami de la famille s’est invité, qu’il aille lui aussi se faire foutre !
Son écriture a la véracité du dit, du formulé, du « si je l’ouvre, c’est pour dire ». Parler vrai, nommer sans édulcorer, raconter des scènes de vie amoureuse ou plus justement, de relations sexuelles. Un point commun, souvent éphémères, elles sont tristes à mourir d’une banalité, parfois d’une stupidité affligeante. Du lamentablement classique. Ces relations là sont responsables, elles font le lit à d’autres plus graves, à la soumission et à la passivité sexuelle, ces viols consentis dans des relations pérennes ou conjugales. Le consentement n’est pas muet, le silence de l’éducation phallocratique a imprimé dans les synapses féminins de singuliers mécanismes de tolérance et d’acceptation d’office. Le transgénérationnel a oeuvré en ce sens. Code de comportements et lois au masculin. Assujettissement à la testostérone. Ite misa est.
Pas vraiment, les abus engendrent des réponses, de la violence en retour. À l’agression sexuelle, une réponse fantasmée et sexuelle.. Aux abus de bite, des fantasmes d’émasculation de salubrité publique, de coucougnettes à la sauce grand veneur traversent nos esprits secoués, fragiles, prompts à l’hystérisation du genre, encore une violence, la disqualification.
Ludivine Vincent a du soleil partout en elle, elle irradie et peut tous vous les cramer, les champions du genre avec leurs attributs qu’elle sait parfaitement décrire. On les connait tous. On comprend, il faut seulement l’écouter. L’écouter, quand elle dit les expériences de son personnage. Lutinée ou butinée diraient les anciens. Coincée par un volant, soumise à des assauts qui se voudraient érotiques. Une bande d’ignorants, de sots, de steppes arides de toutes vibrations corporelles, des peaux de carton munis de dards, des hommes dans toute la réduction du terme.
L’abuseur est partout derrière toutes les expériences qui s’apparentent à des obédiences, des allégeances et des comportements soumis aux injonctions qui sidèrent et paralysent toutes velléités d’objection. Sa voix brille de douceur quand elle narre les abus et lorsqu’elle se fait, serial killer, c’est pour mieux formuler, dire, autrement dans l’excès, elle aussi, sa réponse au viol.
Sans jamais s’attarder - elle peut y revenir car ils innovent peu - elle évoque un florilège d’expériences qui toutes ont à voir avec la culture du viol et celle de la frigidité. Dans les deux cas un détachement dû à l’ennui ou à la sidération, bref à une absence de son corps, une offense supplémentaire.
Les ruptures fragmentent la mise en scène, précisent le chemin parcouru. II y a du vécu, de l’analysé et du commenté. L’ interprétation prend en compte les facettes des évoqués et la diversité des tableaux est sidérante. Ludivine Vincent nous donne à voir, à vivre les abus et les pitoyables relations sexuelles vécues. Elle est poignante, drôle et immensément solaire.
Pervers et variés du genre, barrez-vous, elle va tous vous cramer !
Nadine Eid
Un personnage hypnotique
Une comédienne raccord avec lui (le personnage)
Un duo émouvant qui dépote.
Âmes sensibles, accourez !
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Le Point de Chausson
Mise en scène Ludivine Vincent
Interprétation Ludivine Vincent
Texte Rachel Jullian
Création lumière Loïc Virlogeux
Cie Actilude















Quel bel article! Merci pour vos mots ! Je vais courir pour découvrir ce spectacle!