Maurice Vinçon
- Marguerite Romeuf

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Conférence Le 7 mai 2026
Théâtre La Quincaillerie à Gignac-la-Nerthe (13)

Conférence sur le Théâtre à Marseille depuis 1946 à nos jours
par l'acteur et ancien directeur du Théâtre de Lenche
Maurice Vinçon
Le 7 mai Maurice Vinçon, acteur, metteur en scène, ancien directeur administratif du Théâtre de Lenche situé en plein cœur historique de Marseille, donnait une conférence sur le théâtre dans cette ville depuis 1946 à nos jours.
Maurice Vinçon, né en 1938, est l'un des acteurs majeurs qui ont contribué au développement du théâtre dans cette antique cité grecque indépendante, Massalia, fondée vers 600 avant J-C.
Au vu de ses origines, quoi de plus naturel et logique que d'y cultiver l'Art Théâtral !
Durant sa conférence Maurice Vinçon nous a entraînés dans un cheminement captivant et plein d'humour, mêlant son propre parcours à celui du développement du théâtre dans cette ville magique, melting-pot éternel, haut lieu de fraternité, de partage, et de bonne humeur.
Et puisqu'il est question de lieu, comment ne pas évoquer celui-là même qui nous accueillit en ce 7 mai 2026 : le Théâtre La Quincaillerie à Gignac-la-Nerthe, en la personne de son fondateur et directeur Christophe Favier, homme chaleureux, passionné de théâtre ?!
Etaient présents de nombreux artistes, professionnels et amateurs, ainsi que l'ancienne équipe du Théâtre de Lenche, ayant travaillé aux côtés de Maurice Vinçon, dont Alain Sisco chargé du Théâtre Amateur et Ivan Romeuf ancien directeur artistique.
L'assemblée, très à l'écoute, était d'humeur bon enfant, et joyeuse de ces retrouvailles.
Maurice Vinçon évoqua ses deux grands-pères, l'un clown musical qui passait en entracte dans les cinémas, l'autre qui lui apprit à lire à voix haute dès ses 4/5 ans. Sans doute ces deux hommes ont-ils contribué à l'émergence de la vocation théâtrale de notre conférencier...du moins le suppose-t-il avec beaucoup d'humour.
Avant et pendant la 2ème guerre mondiale, de nombreuses tournées de Music-Hall passaient à Marseille, mais peu de Théâtre. Toutefois il existait la Compagnie Le Rideau Gris.
Et c'est dans les années 70 que les choses commencèrent à bouger. Les tournées Herbert-Karsenty vinrent jouer du Boulevard. Ces tournées sont nées de la fusion des Galas Karsenty et des productions théâtrales Georges Herbert en 1965. D'abord parisiennes, elles tournèrent ensuite en province et à l'étranger.
En ce qui concerne son parcours personnel, c'est avec amusement que Maurice Vinçon nous raconta qu'il avait été renvoyé du prestigieux lycée Thiers, pour avoir muni la porte de la classe de petits pétards. Comme un autre élève fut accusé, il se désigna coupable (preuve de son intégrité et de son sens du devoir dès son plus jeune âge). Ce renvoi ne fut pas si grave car il avait réussi le concours d'entrée à l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Aix-en-Provence, où il était désormais admis à poursuivre ses études jusqu'au BAC, pour continuer ensuite par une formation très sérieuse au métier d'instituteur. Il faut savoir qu'à cette époque l'élève normalien s'engageait à travailler pour l'Etat durant 10 ans. En classe préparatoire à l'Ecole Normale, Maurice Vinçon eut l'occasion de jouer dans Britannicus, Cyrano, et L'Aiglon. Et il existait au sein de l'Ecole Normale un atelier de théâtre créé par le peintre marseillais Louis Frégier (1929-2014), réputé entre autres pour ses tableaux à sujet militaire. Chaque fin d'année scolaire, les élèves normaliens de cet atelier de théâtre présentaient leur travail au Casino d'Aix-en-Provence, alors centre dramatique.
Le ministère de la Culture n'existait pas encore, le théâtre dépendait de l'Education Nationale, ce qui fut une opportunité pour Maurice Vinçon, une passerelle évidente entre l'enseignement et le théâtre.
D'ailleurs c'est en sortant de l'Ecole Normale qu'il créa sa toute première compagnie amateur Art Nouveau, qui finit par se faire remarquer et apprécier du public marseillais. S 'ensuivit la création du Centre d'Essai Culturel par la même compagnie. Cette troupe d'amateurs répétait alors tous les soirs ! Et jouait deux à trois fois par semaine.
Le rapport entre amateurs et professionnels du théâtre était à cette époque très étroit. D'ailleurs Antoine Vitez en personne a travaillé au sein du TQM (Théâtre Quotidien de Marseille), théâtre contemporain militant dans les années 60, fort apprécié des marseillais.
Antoine Vitez, né le 20 décembre 1930 à Paris, et mort le 30 avril 1990 dans la même ville, a été un acteur, metteur en scène et poète, influent et central au sein du théâtre français du XXème siècle. L'importance de son enseignement fut reconnue. Il a aussi traduit Tchekhov, Vladimir Maïakovski, Mikhaïl Cholokhov. Formé à l'école du théâtre russe, Vitez considère le texte comme un matériau à modeler, et met en scène une pensée sur la pièce davantage qu'une réalité de la pièce. Il monte les grands auteurs classiques ainsi que des auteurs contemporains.
Nous sommes dans les années 60 où éclate la guerre d'Algérie. Maurice Vinçon se trouve donc enrôlé pendant deux ans, absent de Marseille. Et malgré son absence, la compagnie Art Nouveau continue à fonctionner. C'est à ce moment de sa conférence que Maurice Vinçon insiste et dit : « Les choses peuvent exister s'il y a un travail collectif. »
Dès son retour d'Algérie, le voilà affecté à la Fédération des Oeuvres Laïques, à vocation culturelle, par l'Inspecteur d'Académie. Et c'est ensuite le ministère Jeunesse et Sport qui lui a définitivement ouvert les portes du théâtre. Maurice Vinçon fut habilité à faire passer les examens aux animateurs de centres aérés.
C'est en 1971 qu'il crée le Mini Théâtre installé dans les préfabriqués Place Carli à Marseille. Cette compagnie, soutenue par les Oeuvres Laïques, a été la première à vocation permanente, parallèlement au Centre Dramatique avec Antoine Bourseiller. Né le 8 juillet 1930 à Paris, et mort le 21 mai 2013 à Arles, il fut comédien, metteur en scène et directeur de Théâtre et d'Opéra.
Il y avait par conséquent à Marseille un foyer culturel théâtral, animé par des amateurs de talent et des acteurs prestigieux du théâtre professionnel, comme Vitez et Bourseiller.
Maurice Vinçon insiste à nouveau : « Je n'ai jamais rien fait tout seul », et il cite Philippe Caubère qui a participé à l'aventure.
De son côté, Antoine Bourseiller a beaucoup aidé pour que le théâtre s'installe vraiment à Marseille.
Et c'est grâce à Edmonde Charles-Roux (1920-2016), femme de Lettres, journaliste, épouse du Maire et député Gaston Defferre, ancien résistant, que la toute première subvention est accordée à la compagnie pour sa création de la pièce en un acte Salomé d'Oscar Wilde en 1971-72. Dès lors le moteur est enclenché ! Le théâtre se développe à Marseille.
Richard Martin et Tania Sourceva récupèrent un espace à la Belle-de-Mai, quartier populaire, qui deviendra le Théâtre Toursky, en hommage au poète prématurément disparu Axel Toursky.
Naissent le Théâtre Massalia et le Théâtre du Merlan, ancien ZEF. Andonis Vouyoucas et Françoise Chatôtdirigeront le Théâtre du Gyptis pendant 25 ans, de 1987 à 2013, lui aussi implanté dans le quartier populaire de la Belle-de-Mai (3ème arrondissement de Marseille). Frédéric Ortiz crée le Théâtre Off en 1983. Et c'est à Marcel Maréchal que l'on doit une fréquentation assidue du public marseillais dans les différentes salles, car il a su créer une véritable dynamique. Marcel Maréchal, né le 25 décembre 1937 à Lyon, et mort le 11 juin 2020 à Paris, est un acteur, metteur en scène, auteur dramatique et directeur de théâtre, notamment à Marseille entre 1977 et 1990.
Mais revenons à Maurice Vinçon. Si le Théâtre de Lenche, en plein cœur du site historique de Marseille, le quartier du Panier, a pu exister, c'est bien grâce à lui ! En effet, rappelons-nous que le Mini Théâtre est à l'origine installé Place Carli. Sauf que les murs du préfabriqué s'effritent et s'effondrent. Il faut donc trouver un autre lieu de répétitions. Ce sera l'Espace Julien au Cours Julien. Toutefois Maurice Vinçon repère une salle de cinéma désaffectée Place de Lenche, qui appartient à l'Archevêché. Il finit par en obtenir la location, et des travaux permettent de la transformer en salle de théâtre. Le Théâtre de Lenche est né ! On est en 1977.
Ce lieu bien connu et fréquenté des marseillais pendant plus de trente ans, a compté jusqu'à 3 salles : Le Lenche sur la Place du même nom, le Mini Théâtre et La Friche du Panier , tous deux rue de l'Evêché. C'est le 2ème arrondissement de Marseille, le cœur de la ville. Des festivals de quartier naissent grâce à Maître Paoli, adjoint à la Mairie...théâtre de rue, opéra, musique africaine...il y a même un Festival des îles ! Maurice Vinçon précise qu'il aura fallu 40 ans après la 2ème guerre mondiale pour développer la Culture à Marseille. Il rend hommage à ses collaborateurs successifs dans l'aventure du Lenche : Mireille Pascal, qui a été secrétaire générale, Pierre Barnier, puis Ivan Romeuf, acteur parisien venu pour jouer Falstaff dans Les Joyeuses Commères de Windsor (Shakespeare), resté à Marseille où il a créé en 1986 sa compagnie L'Egrégore, et qui a assuré la direction artistique du Lenche pendant treize années. Maurice Vinçon évoque avec plaisir son travail d'acteur dans les créations d'Ivan Romeuf, notamment le rôle de Madame dans Les Bonnes de Jean Genet, et son travail dans Ella d'Herbert Achternbusch.
« Metteur en scène, je l'ai beaucoup été, mais je préfère être acteur », nous livre-t-il au détour de son récit. Il souligne combien la pratique du théâtre amateur mêle le social et le théâtre, et salue au passage le rôle d'Alain Sisco, chargé du Festival Amateur, qui a occupé pendant de longues années ce poste créé au sein même de l'équipe du Lenche.
Cet homme de théâtre sait d'où il vient et ne l'a jamais oublié: « Je n'ai jamais appris le théâtre dans une école. J'ai appris avec des compagnies chichois. »
Sa longue expérience lui fait dire qu' « il faut toujours travailler habilement avec les Pouvoirs Publics, qu'on soit amateur ou professionnel. » Il le sait, lui qui longtemps, a bénéficié du soutien de Jean-Noël Guérini, homme politique engagé pour la Culture à Marseille.
Maurice Vinçon nous conte avec brio et humour quelques unes de ses aventures théâtrales...une tournée au Mexique, les échanges avec la Suisse, Bruxelles, la Pologne, l'Algérie. La salle, qui a été suspendue au récit de ses anecdotes, salue cette conférence par des applaudissements chaleureux.
S'ensuivent agapes préparées par Alain Sisco, et bon vin offert par Christophe Favier, le maître des lieux, dans une ambiance d'échanges et de convivialité.
Marseille fut capitale de la Culture en 2013 ! Fassent les divinités qui veillent sur la cité, et la Bonne Mère, que perdure la création théâtrale dans cette ville !
Marguerite Romeuf









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