Les Justes
- Marguerite Romeuf

- il y a 7 jours
- 3 min de lecture
Théâtre du Balcon
38 rue Guillaume Puy Avignon
Le 30 avril 2026
Séance scolaire: 14h30
Séance: 20h30

Au Théâtre du Balcon, le 30 avril, et ce n'est pas une coïncidence car veille du 1er Mai, fête des travailleuses et des travailleurs, la pièce d'Albert Camus « LES JUSTES » a pris un coup de jeune !
La Compagnie « La parole Rouge », compagnie théâtrale internationale, apparaît comme un collectif soudé. Elle s'est donné pour mission de proposer « un théâtre populaire accessible à tous à travers la réflexion politique et sociale des thématiques qui caractérisent le monde dans lequel nous vivons. »
Populaire, ce fut une réussite !
Non seulement la salle du Balcon affichait complet, mais une tempête d'applaudissements salua le travail des artistes et du metteur en scène Loïc Beauché.
Pour sûr, l'équipe du Balcon avec son directeur Serge Barbuscia, a fait bonne pioche en invitant ce spectacle.
Dès l'entrée du public, on découvre, trônant au centre du plateau en avant-scène une chaîne enroulée et un objet non identifiable et surprenant, d'où semblent dépasser de part et d'autre deux dossiers de chaises en bois. Il s'avère que la chaîne, déployée dès le début de la représentation, sert à délimiter l'espace de jeu.Et l'on s'aperçoit que l'objet non identifiable jusque-là, n'est autre que deux portes, disposées désormais par les acteurs l'une à Jardin, l'autre à Cour. Les deux chaises remplissent leur fonction d'assise, et une table basse ainsi qu'un meuble étroit et un peu haut surgissent de l'espace compris entre les deux portes. Au fil de la pièce, le meuble étroit changera de fonction.
Voilà un plateau épuré mais terriblement efficace.
Sur la table un dispositif suggère la confection de bombes.
Camus place son intrigue en plein cœur d'une bande de révolutionnaires actifs dans la Russie du Tsar.
Les doutes, les emballements, les disputes, mais aussi la fraternité, l'amour, les convictions humanistes habitent les personnages, paradoxalement transformés en assassins, puisqu'ils préparent un attentat mortel contre le Grand Duc.
La justesse psychologique déployée par Camus dans ses personnages reste d'actualité. Il pourrait s'agir de n'importe quel groupuscule terroriste du passé, comme La Bande à Baader ou Les Brigades Rouges des années 70, comme de certains groupuscules actuels.
La thématique reste intemporelle, et c'est la mise en scène dynamique, inventive, intelligente, subtile de Loïc Beauché qui donne à cette pièce ce fameux coup de jeune perceptible dès le début de la représentation.
L'acte 4 est traité dans un jeu théâtral appartenant au Grotesque, où tous les détenants du pouvoir portent des masques dignes de la Commedia dell'arte alors que le détenu, le révolutionnaire fait prisonnier, demeure à visage découvert.
Une satire efficace qui dénonce à merveille les mécanismes pervers du pouvoir.
L'accompagnement en live par une guitare électrique dissonante ponctue le déroulé de l'intrigue de sonorités subtiles qui soulignent le propos. Et l'audace de la mise en scène va jusqu'au chant de l'Internationale par la bande, comme une respiration surgie des convictions profondes qui les animent. Pour peu, le public aurait entonné ce chant révolutionnaire avec les acteurs !
Le jeu de la comédienne et de ses partenaires est à couper le souffle. Les émotions se bousculent, et nous percutent en plein cœur. Louis Jouvet aurait dit d'elles qu' elles ont passé la rampe.
Ce jeune comédien et metteur en scène, Loïc Beauché, signe par cette création un chef d'oeuvre !
Comment ne pas évoquer pour conclure les propos d'Albert Camus lors de son discours de Stockholm à la remise de son Prix Nobel de littérature :
« L'Art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. L'artiste se forge dans cet aller-retour de lui aux autres.
L'Art est le moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes. »
Camus dit aussi de sa génération : « héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées ; où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire, mais ne savent plus convaincre ; où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression ; cette génération a dû en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ces seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. »
Combien ces propos tenus par Camus en 1957 résonnent à notre présent ! Et combien son écriture inspire encore de jeunes et talentueuses compagnies comme La Parole Rouge!
Marguerite Romeuf
Texte de : Albert Camus
Mise en scène : Loïc Beauché
Avec : Salvatore Franco, Marie Hurault, Valentin Pulicani, Tibor Bricalli, Renaud Gillier, Leonardo de Feo etBaptiste Hernandez









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