Le Horla
- Fanny Inesta

- il y a 3 heures
- 2 min de lecture
Théâtre du Chêne Noir
8 Bis rue Sainte-Catherine Avignon
Le 24 Janvier 2026 à 21h

Malgré la pluie, le public a répondu présent pour Le Horla, présenté au Théâtre du Chêne Noir ce 24 janvier. Julien Gélas prend résolument le parti de la transposition. Il déplace la menace invisible imaginée par Guy de Maupassant vers une angoisse très contemporaine : celle d’une intelligence artificielle omniprésente, insaisissable, et peut-être déjà à l’œuvre. Ici, cette I.A se nomme Anxia. Elle est conçue pour tout contrôler : le stress dans la vie professionnelle, les peurs, les angoisses de l’homme qui se croit encore maître de sa pensée. Mais à force de vouloir apaiser, elle infiltre, surveille, dérègle. Le doute s’installe. Pourquoi ce verre d’eau, laissé plein le soir, se retrouve-t-il vide le lendemain matin ? Chaque nuit devient un cauchemar. En cherchant à se libérer de cette intelligence artificielle , il sombre peu à peu dans une forme de folie. Nuit après nuit, jour après jour, Anxia l’épuise, lui vole son énergie, sa vie même.
La mise en scène de Laura Charpentier privilégie la clarté du propos à l’effet fantastique. Le trouble ne vient plus d’une présence surnaturelle, mais d’un glissement imperceptible, celui d’un individu progressivement dépossédé de lui-même.
« Tu n’es qu’un outil », lui oppose-t-il , mais un outil qui finit par régir toute son existence. Car Anxia parle, répond, intervient en voix off. L’ordinateur est là, l’écran aussi : tout est visible, tout est installé, et pourtant l’emprise demeure. Et si le Horla était aujourd’hui une I.A ? Une entité numérique qui, sous couvert de bienveillance, finirait par nous mettre hors de nous-mêmes, hors de notre corps, hors de notre présent vivant ?
Guillaume Loublier, seul en scène, porte cette adaptation avec une intensité bien maîtrisée. Son jeu rend palpable l’enfermement intérieur, prisonnier de ses pensées et de ses certitudes vacillantes. La parole devient un champ de bataille, oscillant entre lucidité et abandon, entre résistance et fascination. La lumière de Allan Duminil accompagne cette dérive , laissant au spectateur l’espace nécessaire pour projeter ses propres inquiétudes face à un univers numérique envahissant.
Reste que cette relecture assumée pourra désarçonner. Les défenseurs du Horla originel, attachés à la dimension fantastique et à la prose de Guy de Maupassant, auront peut-être du mal à apprécier cette version résolument contemporaine. D’autres y verront une proposition stimulante, qui interroge notre rapport au contrôle, à la technologie et à la perte de présence au monde. Comme souvent au théâtre, mieux vaut se faire sa propre idée, quitte à sortir partagé, mais rarement indifférent.
Fanny Inesta
Compagnie Simone Jacques
Auteur: Guy de Maupassant
Mise en scène: Laura Charpentier
Adaptation: Julien Gelas et Guillaume Loublier
Interprète: Guillaume Loublier
Lumières et technique: Allan Duminil









Belle critique, j'adore vous lire. Je n'ai pas vu cette pièce mais cette lecture me donne envie. Cela va t il se rejouer?
une pièce qui déroute mais qui interroge... Une chose est certaine: c'est formidablement interprété!