La plaidoirie des forêts
- Fanny Inesta

- 19 juil.
- 2 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre Buffon
rue Buffon
du 4 au 25 juillet à 14h45 (relâche les 8 et 22)

Tout a les apparences d'un procès ordinaire. Une salle d'audience, trois avocats, des dossiers, des plaidoiries. Quelques minutes suffisent pourtant pour que le théâtre fasse oublier le théâtre. Dans La Plaidoirie des forêts, l'objet du litige n'est pas seulement un chantier contesté, mais un chêne vieux , de quatre siècles et paraît-t-il malade dont l'abattage conditionne la construction d'un vaste programme immobilier en Bretagne.
Deux visions du monde s'affrontent. D'un côté, la promesse d'un développement économique, de nouveaux emplois et d'un territoire dynamisé. De l'autre, la défense obstinée d'un arbre dont la disparition emporterait bien davantage qu'un élément du paysage. Au fil des expertises, des plaidoiries et des contre-interrogatoires, le débat dépasse largement le sort de ce chêne. Jusqu'où peut-on faire plier le vivant au nom du progrès ?
Les promoteurs ne sont pas des prédateurs cyniques, pas plus que les défenseurs de l'arbre ne sont des idéalistes hors-sol. Chacun avance des arguments recevables, chacun revendique une certaine idée de l'intérêt général. À plusieurs reprises, le public captivé, se surprend à changer de camp, avant d'être de nouveau ébranlé par la plaidoirie suivante.
Puis, par petites touches, le merveilleux s'invite dans les débats. Un conte breton, où apparaissent un gland, un renard blanc , une famille et la lente croissance d'un arbre, vient ouvrir une brèche dans la rigueur du droit, des respirations poétiques qui rappellentqu'il existe une mémoire du vivant que les textes de loi peinent parfois à saisir.
Se dessinent aussi sous les yeux du public les illustrations d'Amaury Brumauld, qui et s'animent, qui dialoguent avec les plaidoiries qui offrent au spectacle, un contrechamp, un souffle.
Portée par Françoise Cadol, Rémi Bichet et Bernard Lanneau, la pièce nous subjugue par la précision de son interprétation et par la mise en scène subtile et intelligente qui orchestre chaque élément avec clarté. Les trois comédiens passent avec une remarquable fluidité de la joute oratoire à l'intime, du raisonnement juridique à l'émotion contenue, tout sonne juste.
Ce procès paraît si vrai que l'on finit par oublier qu'il est joué. Le public n'assiste plus à une représentation, il siège parmi les jurés. Les arguments se répondent, les certitudes vacillent, chaque prise de parole peut faire basculer le jugement. On écoute les avocats en pesant soi-même les preuves, les responsabilités, les renoncements.
Lorsque tombe le verdict, on croit l'affaire entendue. C'est oublier que nous sommes au spectacle. Le dernier mouvement réserve un coup de théâtre aussi inattendu que délicat, qui ouvre un nouvel horizon. Une pirouette que les tribunaux du réel ne peuvent sans doute pas se permettre, et à laquelle, pourtant, on aimerait croire.
Il vous reste quelques jours pour découvrir cette pépite!À voir avant de rendre son propre verdict sur le vivant.
Fanny Inesta
De Françoise Cadol et Rémi Bichet
Mise en scène Rémi Bichet et Françoise Cadol
Interprétation Rémi Bichet, Françoise Cadol, Bernard Lanneau
Musique Rémi Bichet
Dessin Amaury Brumauld
Décoration Pauline Gallot
Création lumière Denis Schlepp
Costumes Alice Touvet













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