Pino
- Marie-Christine Vaxelaire

- 25 juil.
- 2 min de lecture
2026 Festival Avignon
La Fabrik’ Théâtre,70 impasse Favot Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 (relâche tous les mercredis)

PINO : Pinocchio, ou l'apprentissage du monde à plusieurs voix
Il faut parfois peu de choses pour redonner sa force à un grand classique : une idée de mise en scène qui déplace le regard, une troupe qui joue comme un seul corps. Le conte de Pinocchio y retrouve sa puissance d'émerveillement sans céder à la nostalgie, comme si cette histoire vieille de plus d'un siècle avait encore beaucoup à nous dire sur nos égarements, nos désirs et notre besoin d’ identité.
Le récit suit les aventures du petit pantin de bois. Le nez s'allonge à chaque mensonge, les chemins bifurquent, les rencontres entraînent Pinocchio dans une succession d'épreuves où le merveilleux côtoie le danger. Les pirates surgissent comme des figures d'un imaginaire enfantin qui n'a rien perdu de son pouvoir d'effroi, tandis que la Fée Bleue apparaît avec grâce.
Mais la véritable réussite du spectacle est ailleurs.
Elle tient à ce chœur de comédiens qui ne quitte presque jamais le plateau. Ils regardent, racontent, incarnent, déplacent les décors, deviennent foule, conscience ou mémoire. Ils ne sont pas seulement au service de l'action : ils en sont le souffle. Tour à tour témoins, complices ou contradicteurs, ils font circuler l'énergie du récit et ouvrent un dialogue permanent entre les personnages et ceux qui les observent.
Ce choix de mise en scène transforme le conte en une aventure collective. Pinocchio n'apprend plus seulement à devenir un « vrai petit garçon » ; il grandit sous le regard des autres, porté, questionné, parfois retenu par une communauté qui fait exister chaque étape de son parcours. Le spectateur se reconnaît dans ce collectif qui regarde autant qu'il agit. Le théâtre se montre en train de se fabriquer, sans jamais rompre l'enchantement.
Au cœur de cette effervescence, Geppetto impose sa quête obstinée, guidée par un amour sans condition, il donne au spectacle son ancrage le plus émouvant. Ce père qui cherche inlassablement son enfant rappelle que derrière les péripéties du conte se cache une histoire de fidélité et de confiance. Les retrouvailles n'ont pas besoin d'effets : elles touchent parce qu'elles sont le terme d'une longue traversée.
La troupe, d'une remarquable agilité, passe d'un registre à l'autre avec une fluidité. Le spectacle avance porté par une joie de jouer qui se communique immédiatement à la salle. En faisant du collectif le véritable moteur de la représentation, PINO ne revisite pas seulement Pinocchio. Il rappelle que le théâtre est avant tout un art du partage, un lieu où une histoire prend corps parce qu'elle est racontée ensemble.
À l'heure des saluts, le public ne s'y trompe pas : les applaudissements éclatent, longs, chaleureux, comme la reconnaissance d'avoir assisté à un spectacle qui conjugue intelligence de la mise en scène, générosité du jeu et plaisir du récit.
Texte et mise en scène : Alban Pellet.
Interprètes :Amaël Godin, Antoine Cailloux, Romane DJedJiga, Mathilde Leborgne, Dounia Kouyaté, Simon Laffort, Bless Lukumbo, Hanna Manzhura, Alban Pellet, Matteo Pereira.
Marie-Christine Vaxelaire









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