Juste la nuit
- Marguerite Romeuf

- 11 juil.
- 3 min de lecture
Adaptation de Juste la Nuit avant les forêts de Bernard-Marie Koltès
Salle Bayaf
10 rue de la Carreterie
du 4 au 25 juillet à 20h05 Salle Bayaf 10 rue de la Carreterie
(relâche les 15 et 22 )

Elle est ouf la meuf ! Elle est grave perchée !
Faut dire qu'à la rue tout devient prétexte à la folie, au délire, à la paranoïa, car le danger rôde.
Toute vie se trouve réduite à la simple survie !
Léa Dumont porte ce texte de Bernard-Marie Koltès à bout de bras, à bout de souffle, à bout de corps. Cette jeune comédienne, pétrie de talent, est ancrée dans une énergie contagieuse. C'est une terrienne pure (au sens du qualificatif théâtral) qui s'est approprié ce texte avec une dextérité et une intériorité époustouflantes. Par elle, tout est évidence.
Et pourtant, on devine en arrière-plan un vrai travail de comédienne sur la rythmique de ce texte.
Il y a les silences. Les petits. Les plus longs. Les passages du texte qu'elle balance comme à la mitrailleuse. Les autres, posés. Rien n'est laissé dans l'à-peu-près. Tout est pensé, exécuté comme vécu dans ses tripes...ses constats, ses révoltes, ses désarrois, ses peurs et ses amours.
Léa Dumont, sous la direction de son metteur en scène Sébastien Truchet, se livre corps et âme dans ce personnage truculent, nature, sans filtre.
Talentueux, Sébastien Truchet l'est lui aussi. Il a choisi un espace vide. Juste un pilonne porteur d'un signalement lumineux pour piétons. Rouge au début. Puis vert. Puis rouge à nouveau. La symbolique est évidente, l'action se passe dans la rue.
Surfant sur la théorie initiée par Peter Brook dès 1968, il a adopté le pari du plateau vide, suprême épure qui renvoie l'acte théâtral à son essence même.
« Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé. » (Peter Brook)
Léa Dumont nous embarque dans le délire de son personnage, une jeune femme à la rue, à la fois forte et démunie. Le yin et le yang l'habitent. Son énergie bascule tantôt dans le féminin, tantôt dans le masculin. C'est qu'il faut savoir se défendre, savoir survivre dans la rue ! Métaphore de l'existence, de la vie.
Lorsque la colère explose en elle, la comédienne se montre d'une violence saisissante. Ici, l'interprétation se mêle au vécu, se transmute en réalité palpable. Cette artiste sait ouvrir en elle les verrous émotionnels que la société nous apprend à soigneusement fermer, et elle en nourrit son jeu à la perfection.
Jusqu'au bout Léa Dumont nous embarque avec son personnage, transformant le public que nous sommes en passants, en badauds, en voyeurs muets et impuissants. Comme le pensait Jean Genet, le public n'est autre que voyeur.
La création Lumière, qui opte pour l'opaque, le sombre, joue sur des clairs-obscurs fascinants, qui souligne la puissance du texte et le jeu de l'actrice.
Cette adaptation de LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS de Bernard-Marie Koltès par Sébastien Truchet et Léa Dumont est une réussite !
Bernard-Marie Koltès, né le 9 avril 1948 et mort le 15 avril 1989, est un dramaturge français en rupture avec le théâtre de la génération précédente. Il écrit LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS qu'il monte au Festival Off en 1977.
C'est ce texte qui, en très grande partie, a servi de squelette à l'adaptation proposée par Léa Dumont et Sébastien Truchet dans ce seule en scène si brillamment interprété.
Bernard-Marie Koltès est considéré comme l'héritier du théâtre de l'après-guerre d'Antonin Artaud.
Léa Dumont a su s'approprier et nous livrer cette part brute du « théâtre de la cruauté » désigné ainsi par Antonin Artaud. Cruauté, non pas envers autrui, mais plutôt dans le sens « souffrance d'exister ». En cela son jeu est très juste. Directe, spontanée, parfois désabusée ou violente, toujours Léa Dumont nous accapare, ne nous lâche jamais, et nous restons suspendus, dépendants aux pérégrinations de son personnage.
Ce seule en scène est un coup de cœur à voir absolument du 4 au 25 juillet à 20h05
à la Salle Bayaf au 10 rue de la Carreterie (relâche les 15 et 22)
Texte : Bernard-Marie Koltès
Adaptation : Léa Dumont et Sébastien Truchet
Avec : Léa Dumont
Scénographie : Pierre-Yves Pérot
Costumes et accessoires : P.B. Lily
Son : Adonis Mexis, Iorann Eugène (Studio Anatole France)
Lumières : Sébastien Truchet
Voix off : Anaïs Crespin
Chant : Juliette Liard
Conception graphique : Emma Delgove
Presse : Léa Goufon
Marguerite Romeuf









Très bel article, poignant.
Superbe article moi qui ne lis pas beaucoup est réussi à le lire entier voir je dirais même me suis retrouvée pris au piège à devoir tout lire et tout s’avoir Sur cette pièce
Cet article m appartient. Il n est nullement écrit par la personne citée en entête!