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Malraux maintenant

Photo du rédacteur: Fanny Inesta
Fanny Inesta
il y a 6 heures
5 min de lecture

Casa Bronzini Avignon

Le 5 octobre 2026 à 20h


Crédit photos: Guillaume Samama


Hier soir, 5 octobre, à la Maison Bronzini d’Avignon, l'association Un soir, un auteur a fait sa rentrée. Pour ouvrir cette nouvelle saison, Nathalia Brignoli reçoit l’écrivain Pascal Louvrier, venu présenter son livre, Malraux maintenant. Le public nombreux et attentif semble avoir envie de retrouver un écrivain dont le nom reste célèbre, mais dont les livres sont sans doute aujourd’hui beaucoup moins lus qu’ils ne le furent autrefois.

Le livre de Pascal Louvrier est d’abord une biographie, mais pas une biographie froide ou strictement chronologique. C’est un récit très personnel, nourri par une admiration ancienne, qui cherche à retrouver l’homme derrière la légende. André Malraux y apparaît dans toutes ses dimensions : l’écrivain, bien sûr, mais aussi l’aventurier, le combattant, le résistant, le ministre, l’amateur d’art et surtout cet homme toujours en mouvement qui semble avoir vécu plusieurs vies.

Pour entrer dans l’univers de Malraux, Pascal Louvrier nous conduit à Verrières, dans la propriété de la famille Lévèque de Vilmorin. Les femmes qui ont traversé la vie de l’écrivain y apparaissent tour à tour. Une manière inattendue de commencer, car Malraux fut entouré de femmes, mais celles-ci occupent finalement une place assez réduite dans son œuvre. Pascal Louvrier revient sur son enfance, sur une mère et une grand-mère peu démonstratives, sur cette absence d’affection qui ne lui donnera jamais véritablement le goût d’une vie familiale paisible.

Chez André Malraux, il faut toujours partir ailleurs, agir, combattre, penser. Il semble ne jamais pouvoir s’arrêter.

Pascal Louvrier non plus, ce soir. Il parle vite, avec enthousiasme, saute d’une époque à l’autre, raconte, cite, rapproche. On sent immédiatement qu’il ne s’est pas intéressé à André Malraux par hasard. Il le connaît depuis longtemps et surtout, il l’aime. Son livre est autant une défense qu'une redécouverte.

Et quel personnage à défendre ! les vies de Malraux pourraient presque suffire à remplir plusieurs existences. Il y a l’Espagne et l’escadrille España, puis la Résistance, la Brigade Alsace-Lorraine(Colonel Berger), et cet engagement aux côtés du général de Gaulle. Toujours cette même volonté de liberté, ce besoin de ne pas rester enfermé.

Mais André Malraux n’est pas seulement l’homme de l’action. Il y a le romancier de La Condition humaine et des Conquérants, puis Lazare, les Antimémoires ou encore Les Chênes qu’on abat. La mort, chez lui, n’est jamais très loin. Elle est entrée tôt dans sa vie avec la disparition de son père, de son grand-père et de son petit frère, mort à seulement trois mois. Elle deviendra l’une des grandes préoccupations de son œuvre : comment l’homme peut-il donner un sens à sa vie alors qu’il sait qu’elle finira ? Il écrira :" Aller vers la mort et refuser celle qui est en nous "(La voie royale)


Mais Pascal Louvrier ne cherche pas pour autant à faire d'André Malraux un saint . Il évoque aussi les épisodes plus contestés de sa jeunesse, notamment l’affaire des statuettes khmères. Cette histoire pèsera lourd dans sa réputation et dans les circonstances qui entourent le prix Goncourt.Pascal Louvrier choisit là encore de regarder l’épisode autrement. Il refuse de réduire André Malraux à un homme uniquement intéressé par l’argent et estime que ces œuvres avaient été mises à l’abri pour éviter qu’elles ne disparaissent. Il ira jusqu’à employer, avec une pointe de provocation, le terme de « mercantile ». Pascal Louvrier ne cherche pas à gommer les ambiguïtés de son personnage. Il préfère les regarder en face et rappeler que Malraux fut aussi un homme de son temps, avec ses contradictions, ses excès et ses zones d’ombre.

La soirée est également ponctuée d’anecdotes qui rendent le portrait vivant. Pascal Louvrier raconte ainsi l’histoire du jeune Jean-Louis Debré, qui aurait obtenu une note de 3 à une explication de texte malgré l’aide d'André Malraux. Celui-ci aurait alors écrit dans la marge à l’intention du professeur :"qu’il ne savait peut-être pas faire un commentaire de texte, mais qu’il savait parler des personnages qu’il avait créés". Une réponse tout à fait malrucienne! de l’orgueil, de l’humour et une certaine incapacité à accepter les règles du jeu lorsqu’elles ne lui conviennent pas.

Ce qui frappe surtout chez André Malraux, c’est la vitesse de sa pensée. Il semble toujours avoir quelques longueurs d’avance.Pascal Louvrier évoque plusieurs de ses réflexions sur l’Europe, les conflits religieux et l’évolution du monde arabe, des analyses qui peuvent aujourd’hui trouver un écho troublant. Il faut évidemment se méfier des rapprochements trop faciles entre les époques, mais certaines de ses intuitions donnent envie de rouvrir ses livres et de vérifier par soi-même ce qu’il avait réellement écrit.

Car c’est bien là l’un des objectifs de cette soirée : nous donner envie de relire André Malraux et c'est réussi!

Pascal Louvrier, qui fut aussi professeur de français, constate que ses élèves connaissent de moins en moins cet écrivain. Cela l’interpelle. Comment transmettre André Malraux aujourd’hui ? Comment faire entendre une œuvre qui semble parfois appartenir à un autre siècle ? Malraux maintenant est aussi né de cette interrogation.

Et derrière cette volonté de transmission se trouve une histoire personnelle.Pascal Louvrier raconte sa découverte d'André Malraux lorsqu’il était enfant, grâce à son grand-père, résistant gaulliste. Ce souvenir donne au livre une autre dimension . On comprend que l’auteur n’écrit pas seulement sur un écrivain, il revient aussi vers une figure qui l’accompagne depuis l’enfance.

Puis la littérature quitte les pages du livre pour monter sur scène.

Clémentine Marmey la comédienne, interprète plusieurs extraits, notamment des Conquérants, des Antimémoires et de La Condition humaine. Sa voix et son jeu donnent une autre respiration à cette soirée. Elle ne récite pas, elle fait entendre les textes. Son interprétation, sincère et profonde, est chaleureusement applaudie par le public.

Et soudain, Malraux redevient écrivain. Ses phrases retrouvent leur force, leur souffle, parfois leur violence. On comprend pourquoi Pascal Louvrier refuse de le voir enfermé dans les bibliothèques ou les manuels scolaires.

L’homme fut excessif, brillant, parfois contestable, souvent fascinant. Il a connu les honneurs, les polémiques, les combats et les contradictions. Il a aussi su donner une voix à la Résistance, rendre hommage aux déportés, défendre l’art et réfléchir sans relâche à ce qui peut encore sauver l’homme de l’avilissement.

C’est sans doute ce qui explique le titre du livre.

Malraux maintenant ne signifie pas que tout ce que Malraux a pensé serait encore valable aujourd’hui. Cela signifie plutôt que certaines de ses questions ne nous ont pas quittés : la liberté, la fraternité, la violence, la mort, l’engagement, le rapport à l’art et la dignité humaine.

La soirée s’achève autour d'un verre, un buffet, quelques groupes se forment et les conversations se prolongent. On continue à parler de Malraux, de Pascal Louvrier de la soirée, des textes entendus, mais aussi de tout autre chose. Les échanges se poursuivent naturellement, dans cette atmosphère conviviale qui permet de prolonger autrement une rencontre littéraire.

Une belle façon de terminer cette rentrée de la Maison Bronzini. Après avoir fait revivre Malraux le temps d’une soirée, chacun repart avec l’envie de rouvrir un de ses livres. Et avec la conviction qu’un écrivain peut appartenir à l’histoire sans cesser de nous parler au présent.


Fanny Inesta







2 commentaires

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Pascal Louvrier
il y a 14 minutes
Noté 5 étoiles sur 5.

Cet article est la cerise sur le gâteau. Tout y est dit, et de quelle façon!

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Fanny inedta
il y a 13 minutes
En réponse à

Je suis touchée , merci beaucoup . Ce fut une très belle soirée

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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