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Humanistes

  • Photo du rédacteur: Marie-Christine Vaxelaire
    Marie-Christine Vaxelaire
  • 17 juil.
  • 3 min de lecture

Festival Avignon OFF 2026

L’Optimist Théâtre 50 rue Guillaume Puy Avignon

A 19H40 (relâche les jeudi)


Humanistes la parole en héritage

Humanistes interroge le sens même de notre histoire commune. La pièce est une traversée de deux siècles de combats intellectuels et politiques, une méditation sur la lente conquête des droits et sur la force des mots lorsqu'ils se concrétisent en actes.

Tout commence par une parole qui fait vaciller l'ordre établi. En 1789, à la tribune des États généraux, Mirabeau se dresse au nom du tiers état face à l'autorité de Louis XVI. Son discours est celui d'un homme qui refuse le despotisme et affirme, dans le sillage des philosophes des Lumières, qu'aucun pouvoir ne saurait confisquer la souveraineté du peuple. Cette première scène donne le ton et montre l’ambition du propros: Humanistes ne raconte pas seulement des événements, elle met en scène le moment où les idées prennent corps, où elles quittent les livres pour entrer dans l'Histoire.

Les grands discours ne sont pas ici de simples archives oubliées ; ils deviennent une matière vivante, portée par des personnages qui incarnent chacun une étape de l'émancipation républicaine. La dramaturgie fait dialoguer les siècles et révèle une étonnante continuité entre des combats qui se suivent à travers les siècles, portés par une meme conviction.

Olympe de Gouges en 1791, alors que la Révolution proclame l'égalité, elle ose rappeler que celle-ci exclut la parole des femmes. Sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne surgit dans la pièce comme une évidence encore inachevée. Seule femme de cette galerie de figures historiques, elle est la pionnière dont la voix traverse le temps. Son combat annonce celui de Simone Veil près de deux siècles plus tard, dessinant une filiation discrète mais profondément cohérente.

Humanistes rappelle combien les principes universalistes se heurtent sans cesse aux intérêts économiques et aux rapports de domination. Lorsque surgit la question de l'abolition de l'esclavage, les proclamations d'égalité se brisent contre les réalités du commerce colonial. Les idéaux des Lumières ne suffisent pas ; ils doivent affronter les résistances d'une société qui peine à reconnaître l'universalité des droits de la République.

Avec Victor Hugo, la réflexion s’empare de la justice sociale. Son indignation contre la misère et le travail des enfants rappelle que la République ne peut se satisfaire d'une égalité abstraite dont se contente la société de l’époque. Le Second Empire le condamne à l’exil. Les idées humanistes connaissent leurs défaites, leurs silences imposés.

Cette chaîne de transmission se poursuit avec Gambetta, Jean Jaurès, Aristide Briand et Jean Zay. Tous défendent une même conviction : une démocratie ne peut prospérer sans une école émancipatrice, sans une République affranchie des tutelles religieuses et capable de former des citoyens libres. La loi de 1905, portée par Aristide Briand, représente un équilibre construit entre liberté de conscience et neutralité de l'État.

L'ultime mouvement du spectacle donne toute sa profondeur à cette généalogie des droits. Simone Veil obtient en 1974 la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, prolongeant le combat ouvert par Olympe de Gouges. Puis Robert Badinter fait abolir la peine de mort, ultime étape d'un long cheminement vers une justice fondée sur la dignité humaine. Chaque avancée répond à la précédente, comme si l'histoire avançait par une lente maturation du corps social.

Humanistes rappelle au contraire que chaque génération a dû reprendre le combat là où la précédente l'avait laissé. Les discours prennent alors une dimension presque contemporaine. Derrière Mirabeau, Hugo, Jaurès, Simone Veil ou Badinter, c'est notre propre rapport à la démocratie qui se trouve interrogé.

Pierre Jouvencel porte ces discours avec conviction et talent, Les mots sont justes. C’est une belle traversée des siècles de notre propre histoire


Textes et interprétation : Pierre Jouvencel


Marie-Christine Vaxelaire

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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