Festin
- Nadine Eid

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Festin
La factory Collège Vernet
34 rue joseph Vernet Avignon
festival Off 2026 du 10 au 25 juillet à 11h35
Relâche les jeudis 16 et 23 juillet
Durée 1h15


Une pièce entre les mains présente …
10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn
Incestuel sera ce qui, dans la vie psychique individuelle et familiale, porte en soi l’empreinte de l’inceste non fantasmé même s’il n’est pas physiquement accompli.
Paul-Claude, Récamier Le génie des origines.
Festin est une adaptation du film Festen de Thomas Vinterberg qui a obtenu le prix du Jury au festival de Cannes de 1998.
La compagnie L’Esquive propose pour cette adaptation, un choix osé, celui de jouer sans texte ni distribution établie. La pièce va s’écrire et se jouer différemment à chacune des représentations.
Les comédiens ont travaillé au préalable sur les thématiques et les problématiques adjacentes au viol et à l’inceste. Le déni, le victim blaming et la culpabilisation sont des ressorts classiques des familles incestuelles. Il y à donc eu un gros travail d’appropriation de cette thématique.
Librement adaptée du film, la pièce s’en démarque car elle déplace la figure centrale de l’abuseur. Ce n’est plus, comme dans Festen, le personnage du père, violeur de ses trois enfants mais celle du frère devenu avocat. La mère n’est pas complaisante, elle n’est pas présente, son suicide a scellé sa culpabilité de n’avoir pas su protéger, blâmer et prohiber. Aveuglement, désintérêt, peur de rompre un faux équilibre familial qui n’existe plus ou pas ?
La belle soeur du frère et la belle fille du père est l’élément extérieur qui va placer un miroir devant l’inacceptable qui a pourtant été toléré, ignoré. Le père et le frère cadet incarnent la lâcheté.
L’interprétation des comédiens tisse d’abord les personnalités des protagonistes. Peu à peu, insidieusement, des questions fusent et l’exaspération grandit car les questions demeurent sans réponses ou les propos sont dévoyés.
La tension devient palpable et se dessine peu à peu l’esquisse de ce qu’est l’inceste et l’incestuel.
Le déni et son cortège de conséquences poignent avec singularité chez chacun des personnages concernés. La victime est de plus en plus isolée et, briser l’omerta du silence est pour elle une épreuve qui réactive les traumas. On est au delà de la double peine. Les prises de paroles ex abrupto renforcent l’enjeu de la formulation. Le parler-vrai est bafoué odieusement et la perversion en fait un mentir-vrai , une vision d’écriture ou de lecture de sa vie perçue comme un dévoilement du réel par la fabulation. Aragon et son roman Le mentir-vrai est tout proche. Le romanesque et l’affabulation comme seul prisme du réel s’imposerait-il ?
La construction de la pièce s’échafaude devant nous tel un édifice assis sur de puissantes fondations. Elle est l’ édification en accéléré d’une scène qui parodie la Cène avec un triste Christ placé à la droite du Père et un avocat Judas qui, en bout de table, ne parvient pas à plaider sa propre cause avec vraisemblance. La parole de la soeur et de la fille, muselée et corsetée par le déni est la vaguelette qui fera tsunami. Les comédiens incarnent des rôles qu’ils élaborent avec une belle dextérité nourrie par un puissant travail de recherche. Le public est suspendu prêt à tout entendre, prévenu que chaque moment qui s’écoule va fatalement modifier le fragile et fallacieux équilibre d’une famille qui n’en a que le nom.
Un cataclysme dystopique.
À voir et à revoir donc !
Nadine Eid
Idée originale pour un sujet hélas qui ne l’est pas.*
Une expérience innovante pour le public.
Une compagnie à suivre !
*cf. Edouard Durand 160 000 enfants chez Tracts Gallimard.
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Festin
Aymeric Desjardin - Mise en scène
Frédéric Dupeyron - Interprétation
Arsène Godet - Interprétation
Mathieu Marmié - Interprétation
Louna Toussaint - Interprétation
Emma Van de Maele - Interprétation
Clotilde Bernard - Diffusion
Charlotte Ménière - Communication









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