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Festin

  • Photo du rédacteur: Nadine Eid
    Nadine Eid
  • 11 juil.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 juil.

Festin

La factory Collège Vernet

34 rue joseph Vernet Avignon

festival Off 2026 du 10 au 25 juillet à 11h35

Relâche les  jeudis 16 et 23 juillet

Durée 1h15



Une pièce entre les mains présente …



10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn



Incestuel sera ce qui, dans la vie psychique individuelle et familiale, porte en soi l’empreinte de l’inceste non fantasmé même s’il n’est pas physiquement accompli.


Paul-Claude, Récamier Le génie des origines.



Festin est une adaptation du film Festen de Thomas Vinterberg qui a obtenu le prix du Jury au festival de Cannes de 1998.

La compagnie L’Esquive propose pour cette adaptation, un choix osé, celui de jouer sans texte ni distribution établie. La pièce va s’écrire et se jouer différemment à chacune des représentations.

Les comédiens ont travaillé au préalable sur les thématiques et les problématiques adjacentes au viol et à l’inceste. Le déni, le victim blaming et la culpabilisation sont des ressorts classiques des familles incestuelles. Il y à donc eu un gros travail d’appropriation de cette thématique.


Librement adaptée du film, la pièce s’en démarque car elle déplace la figure centrale de l’abuseur. Ce n’est plus, comme dans Festen, le personnage du père, violeur de ses trois enfants mais celle du frère devenu avocat. La mère n’est pas complaisante, elle n’est pas présente, son suicide a scellé sa culpabilité de n’avoir pas su protéger, blâmer et prohiber. Aveuglement, désintérêt, peur de rompre un faux équilibre familial qui n’existe plus ou pas ?

La belle soeur du frère et la belle fille du père est l’élément extérieur qui va placer un miroir devant l’inacceptable qui a pourtant été toléré, ignoré. Le père et le frère cadet incarnent la lâcheté.

L’interprétation des comédiens tisse d’abord les personnalités des protagonistes. Peu à peu, insidieusement, des questions fusent et l’exaspération grandit car les questions demeurent sans réponses ou les propos sont dévoyés.

La tension devient palpable et se dessine peu à peu l’esquisse de ce qu’est l’inceste et l’incestuel.

Le déni et son cortège de conséquences poignent avec singularité chez chacun des personnages concernés. La victime est de plus en plus isolée et, briser l’omerta du silence est pour elle une épreuve qui réactive les traumas. On est au delà de la double peine. Les prises de paroles ex abrupto renforcent l’enjeu de la formulation. Le parler-vrai est bafoué odieusement et la perversion en fait un mentir-vrai , une vision d’écriture ou de lecture de sa vie perçue comme un dévoilement du réel par la fabulation. Aragon et son roman Le mentir-vrai est tout proche. Le romanesque et l’affabulation comme seul prisme du réel s’imposerait-il ?


La construction de la pièce s’échafaude devant nous tel un édifice assis sur de puissantes fondations. Elle est l’ édification en accéléré d’une scène qui parodie la Cène avec un triste Christ placé à la droite du Père et un avocat Judas qui, en bout de table, ne parvient pas à plaider sa propre cause avec vraisemblance. La parole de la soeur et de la fille, muselée et corsetée par le déni est la vaguelette qui fera tsunami. Les comédiens incarnent des rôles qu’ils élaborent avec une belle dextérité nourrie par un puissant travail de recherche. Le public est suspendu prêt à tout entendre, prévenu que chaque moment qui s’écoule va fatalement modifier le fragile et fallacieux équilibre d’une famille qui n’en a que le nom.


Un cataclysme dystopique.


À voir et à revoir donc !


Nadine Eid


Idée originale pour un sujet hélas qui ne l’est pas.*

Une expérience innovante pour le public.

Une compagnie à suivre !

*cf. Edouard Durand 160 000 enfants chez Tracts Gallimard.


***

***

****

*****

Festin

Aymeric Desjardin - Mise en scène

Frédéric Dupeyron - Interprétation

Arsène Godet - Interprétation

Mathieu Marmié - Interprétation

Louna Toussaint - Interprétation

Emma Van de Maele - Interprétation

Clotilde Bernard - Diffusion

Charlotte Ménière - Communication



Festin

La Factory collège Vernet

34 rue joseph Vernet Avignon

Off 2026 du 4 au 25juillet à 11h35 relâche les jeudis 16 et 23

Durée 1h15







Ecritouilles d ‘Avignon à l’usage des pressés

    et des fatigués




Le dispositif dans lequel s’élabore le spectacle est des plus singuliers. Pas de texte rédigé, pas de distribution figée. Les comédiens improvise leur pièce. Celui qui commence donne le la ou plutôt un la et la distribution s’effectue en immédiateté. Tout se bâtit dans la magie de l’instant. D’une réplique à l’autre, les personnages se construisent, les intentions se précisent. Les thèmes abordés leurs sont connus. Un gros travail de documentation sur l’inceste, la violence, le déni, le victim blaming, la perversité… a été fait en amont. L’improvisation laisse libre cours à l’imagination pour établir des liens qui feront sens et chapître au creux des séquences. Entre eux se dessinent l’aide ou le rejet, l’entêtement obtus ou l’écoute  attentive, l’identification liée à la réduplication des schémas de comportements ou encore une désertion abyssale avec le rejet plus ou moins collectif de la victime, autrement dit la mise à l’index.


La parole qui livre la vérité détruit toujours l’ordre établi par le silence des complicités non reconnues. Elle ne fait pas que détruire, elle bouleverse  les personnages collatéraux, la famille, les amis, les proches. Elle révèle des interdits bafoués, des tabous violés et des lois transgressées. Ce faisant, elle dénonce des actes criminels, répréhensibles et condamnables par la justice.


Pour de nombreuses raisons complexes, non reconnues, l’inceste ravage toujours un grand nombre d'enfants. L’initiative de montrer d’autres victimes et d’autres bourreaux, de mettre en place des personnages très subtilement marqués peut éveiller un public et l’amener à rompre lui aussi des silences, à mieux voir, à observer au besoin. La multiplicité des pièces à jouer in medias res fait référence aux foisonnements et aux spécificités des cas connus, dénoncés.


La double peine est traitée au plateau. Parler est un acte jugé lui-même transgressif et violent. Quand le silence enfouit le crime sous une chape de plomb, le réveiller, pour la plupart est perçu, non comme du courage, mais comme un messager de honte et de déséquilibre. La perversion fait de la victime, le  responsable. Cette perversion est partout, elle gangrène la reconstruction des victimes et font d’elles des parias au sein des lieux incestuels.



Nadine Eid


Des pièces multiples à rejouer en tournée et au prochain Festival Off

Une création d’improvisation remarquablement interprétée par des comédiens à suivre.

Un beau travail en synergie,.

Intelligent, subtil et percutant.


*

**

***

****

*****


Mise en scène Aymeric Desjardin

Interprétation Frédéric Dupeyron

Interprétation Arsène Godet

Interprétation Mathieu Marmié

Interprétation Louna Toussaint

Interprétation Emma Van de Maele

Diffusion Clotilde Bernard

Communication Charlotte Ménière

Cie L’Esquive

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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