Dysfonctionn(elles)
- Nadine Eid

- 12 juil.
- 3 min de lecture
Théâtre des Corps Saints
Festival Off du 3 au 25 juillet
Relâche les jeudis 9 16 et 23 juillet
Durée 1h15
Une pièce entre les mains présente …

10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn

Au plateau, un décor ambiance feutrée malles et valises entrebâillées, ce pourrait être le grenier de la maison onirique de Bachelard. Il n’en est rien ce lieu est une annexe de la cuisine un espace de rangements ou de dérangements d’un faux équilibre familial.
Au plateau, un lieu fait de placards à vaisselle des jours de fête, de malles à objets désuets… trois femmes et une grand-mère et mère à se partager à elle trois, avec un masque de marionnette édifiant.
La mise en scène de Stephen Szekely est des plus efficaces. Dans ce lieu chargé de souvenirs, la mère Véronique Augereau prête sa voix emblématique bien connue, à trois rôles. Elle est la mère d’Oxana, la tante de Joséphine et la fille de la grand-mère des deux jeunes filles Oxana et Joséphine. Avec le masque de la grand mère, accessoire partagé entre toutes, elle incarne aussi sa mère. Oxana et Joséphine jongle avec elle sur ce rôle incarné. Le pouvoir des mots du rôle de l’ancêtre supplée amplement au subterfuge. La vieille dame est l’âme tyrannique, la vestale des non-dits, la gardienne despotique du silence, le cerbère des secrets de famille.
La psychorigidité des uns contraste avec l’élan vital des autres. Quoi qu’il en soit, les réunions familiales dans la maison de famille ne sont pas des parties de plaisir. Tous s’y conforme par crainte de déplaire, par allégeance à un mode de vie petit-bourgeois, par obédience aux convenances fallacieuses émoussées par les lapsus, les actes manqués, les phrases toutes faites et la pudibonderie de classe.
Derrière un drap transparent, un couloir pour les déplacements des comédiens vers d’autres pièces que nous imaginons, salle à manger, buanderie…Sur ce drap des videos projetées, celles de la prospection et de la découverte de photos anciennes aux réminiscences qui interpellent. D’autres récentes laissent voir la table dressée et les convives, comme des assertions de la réalité de ce que les personnages au plateau nous confient. Les trois comédiennes font émerger progressivement un secret partagé parfois à leur insu, porté par la transmission, une patate chaude qui crame toutes les mains qui se la refilent dans le silence de leur honte, la peur du regard des autres, parfois le déni.
Le flashback et le flashforward donnent à voir le transgénérationnel.
Dans l’imbroglio, délivrer la vérité n’est pas sans éclaboussures et les faux équilibres volent en éclats avec des dommages collatéraux. L’amour comme l’amitié, la confiance et la joie sont mis à rudes épreuves. Néanmoins, seul le choix de taire est mortifère. La parole sera la porte ouverte à la résilience.
L’allusion à Pierre Bourdieu pourrait nous rappeler que la famille est aussi le lieu de la déconstruction/ reconstruction car elle se dessine dans la représentation du monde social dans lequel elle s’ancre. Mais quid de ses représentations ? Avec l’aide de l’épistémè de Michel Foucault, on devrait y parvenir.
Là n’est pas le propos. Pour l’heure et malgré la canicule avignonnaise, réservez !
Nadine Eid
Rythme soutenu
Texte intelligent
Comédiennes de talent… même la vieille peau
Création son et création lumière au cordeau
En Marge … joie d’entendre la voix de Véronique Augereau prêtée à 4 personnages.
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Dysfonctionn(elles)
de Elisabeth Gentet-Ravasco &Fanny-Gaëlle Gentet
Mise en scène Stephen Szekely
Interprétation Véronique Augereau
Interprétation Meaghan Dendraël
Interprétation Clara Symchowicz
Collaboration artistique E. Landais
Création son M. Pothlichet
Création Lumière S. Vergnaud
Vidéo F.G. Gentet
Presse Hélène Sitbon
Cie Picrokole









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