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Animalia

  • Photo du rédacteur: Nadine Eid
    Nadine Eid
  • il y a 6 heures
  • 7 min de lecture

Exposition Mac’a 2026

Du mardi 7 avril au dimanche 26 avril 2026 sauf les lundis

De 14h à 18h

Vernissage jeudi 9 avril de18h à 21 h

Eglise des Célestins

Place des corps saints Avignon



Le cerveau parle à lui-même

                   Edelman


Bien avant les bestiaires médiévaux connus, le Physiologos autrement nommé « Bestiaire des bestiaires » est daté entre le II ème et IV ème siècle. Sans entrer dans le détail des collections, il est possible de déceler dans ces récits, une approche anthropomorphique des animaux avec une propension moralisatrice à visée d’édifier des schémas comportementaux humains. La Fontaine n’a rien inventé en ce sens.

De tout temps l’animal a fasciné l’homme qui n’a pourtant eu de cesse de le domestiquer ou de l’apprivoiser, de l’approcher ou de le tuer pour se nourrir ou pour assouvir un  plaisir que d’aucuns qualifient de sadique. Les neuroscientifiques et les éthologues depuis Konrad Lorenz ont oeuvré à établir un plaidoyer pour la conscience animale. La conscience primaire et la conscience secondaire observées chez de nombreux animaux ont fait exploser la vision anthropocentrique opposant l’homme au reste du monde animal.

De nouvelles interrogations moins limitées ont donc pu poindre et le XXème siècle a vu naître une conception autre du monde animal et du monde végétal ; notre appréhension comme notre sensibilité s’en trouvent marquées. Reconnaître à l’animal une conscience ou des consciences, les définir et les étudier c’est déjà commencer par respecter nos origines et notre singularité d’êtres vivants.

Initialement prévue du 10 décembre 2024 au 5 mai 2025 à Paris, la superbe et bouleversante exposition « S’éclairer sans fin »* d’Edi Dubien a connu un tel succès qu’elle a dû être prolongée jusqu’au 17 août. Le lien entre l’animal et l’humain y était décliné dans sa fonction résiliente, réparatrice de traumas infligés à l’enfance par la maltraitance. La Mac’a, dans l’église des Célestins offre avec Animalia, une exposition d’oeuvres de cinq artistes qui explorent eux aussi, avec leurs singularités parfois liées en partie à leurs origines, les liens, les dialogues entre l’animal et l’homme.

L’expressivité des oeuvres exposées dans l’écrin d’un tel lieu, confiée à la commissaire Daisy Froger-Droz, renvoie au professionnalisme de cette association de bénévoles qui ont à coeur de  promouvoir la préhension de l’art contemporain par le plus grand nombre. Entre les visites guidées ou commentées, le concert d’improvisation annulé (augurons sans trop y croire qu’il puisse, grâce aux nouveaux élus, être reprogrammé le 24 avril), la qualité des oeuvres, Animalia  signe une exposition qui n’a rien à envier aux précédentes.


Julien Allegre est sculpteur. Il rivalise en harmonie par ses oeuvres monumentales avec le lieu édifiant de l’église des Célestins. Il y a comme une osmose impromptue entre les teintes de ses sculptures et les murs du lieu. Les ombres savamment portées sur les parois bavardent un langage que nos yeux reconnaissent, celui du camouflage ou de l’impénétration des matières voire des genres. Les becs, les pattes et les poitrails fascinent. Les formes s’imposent en évidence, la sculpture est animale, l’animal est sculpture. L’esprit de la forme coexiste avec la matière. L’acier et le bronze se coulent en leurs teintes dans la matérialité des murs qui entrent en un stupéfiant écho. Cette magie d’une rencontre inespérée laisse pantois. C’est purement jouissif pour l’oeil et le ressenti frissonne. Le travail très élaboré de l’artiste, cède à l’émotion qu’il procure.

C’est un choc de puissance, de vie  exprimée, de formes élaborées et d’angles de vues suggérées.


Tellurique !


Didier Hamey propose des gravures d’un monde pluri-culturel. Pour l’artiste, ce mode d’expression ne permet aucun repentir possible. Il y a comme une volonté d’échapper au trivial de la représentation. Inspirée pour une partie de ses oeuvres exposées par un carnaval basque, la force évocatrice des êtres relie l’humain au fantastique. Déguisés sous des peaux animales endossées , ses Bonhommes portent en leurs corps des déclinaisons rédupliquées comme des assertions à l’existence. Les créatures étranges sont riches d’évocations inspirées des dieux de la montagnes et des esprits chamaniques. Ses gravures expriment la force animale, sa fragilité, l’instinct. Les éléments qui tissent les origines communes entre les êtres vivants affleurent. La sobriété des noirs et des gris côtoie la vitalité du rouge. Le végétal parlent à l’animal, le monde s’organise en liens de vie. Ses Amulettes semblent protéger le vivant et interpellent le regard. Les questionnements  se multiplient cependant, étrangement, ce n’est pas l’inquiétude qu’ils vont cueillir mais la joie. Il y a  dans ces gravures plus que de la joie, une jubilation. L’expressivité paraît requérir la volonté de transmettre à l’homme la sincérité des créatures. Les êtres sous cloches telles de précieuses reliques évoquent les fusions et les combinaisons de règnes sans priorités ou prérogatives. Dans la proximité de l’état sauvage, un univers brut, dépourvu d’artifices, se passe de termes et de classifications. Le fantastique est une passerelle vers le sacré. Les Dieux sont des regards ouverts sur des portes à débusquer. Didier Hamey invite à tutoyer la vie sauvage, l’initial en nous.


C’est une prouesse !


Rūta Jusionyté d’origine lituanienne  propose des sculptures et des peintures qui entrent en résonnance. L’enfance et la nostalgie de l’adulte s’invitent mutuellement à se poser dans un temps excepté, trop fugace. La position assise de la femme se calque sur celle également assise du cheval et du dragon. Le lièvre adopte une position parfaitement humaine. Lewis Carroll et le monde merveilleux d’Alice s’imposent et, il est troublant de noter que cette femme ainsi nommée par l’artiste a des traits et un corps d’enfant. Ce qui frappe c’est la juxtaposition des postures et ce qu’elle suggère comme une abrogation de facto des clivages des espèces. Le vivant s’impose. Les positions de la femme notamment les bras ou la main posés sur les genoux sont comme un manifeste d’égalité, une volonté de poser pour le regard qui photographie la subliminalité du plaidoyer. L’identique, le pareil ou le même est requis dans la facture des positions.

Dans ses tableaux les regards s’échangent et l’humanité est partagée avec les animaux. Le regard occupe une place prépondérante. De la connivence du regard amoureux aux échanges de regards entre les lièvres au premier plan qui doublent et soulignent ceux des deux femmes. Les gestes de mains qui frôlent, caressent, enlacent sont autant d’affirmations d’une origine commune et d’un souhait de partages bienveillants. La douceur des femmes, les attitudes des bêtes sont en osmose. La paix évoque une vision d’innocence, de mutuel respect, de liens d’affection qui éradiquent toute fallacieuse supériorité de l’homme.


Comme un vent frais, une brise pure à respirer !


Daniela Montecinos d’origine chilienne offre un éventail d’oeuvres d’une belle complexité. Elle nous laisse à réaliser ce qu’elle nous tait volontairement. Tout est à écrire, à penser, à imaginer. Ses tableaux sont des rêves, ils en ont la structure, la matière onirique et la consistance du flou. Les  silhouettes évoquent sans nommer. Les ombres fulgurent nos impressions mal définies comme des empreintes de souvenances à retrouver dans l’origine de nos mémoires. Les symboles sont les boîtes aux lettres des scénarios à réécrire sans fin. La nuit du chasseur I et II éclaire le regard mort du daguet et cloue l’homme au pilori de son inhumanité. Dans un autre tableau, la cruauté de l’homme est recontextualisée et le regard du daguet transpercé par une flèche, est à nouveau offerte avec ostentation devant un corps de femme nue. Le cauchemar dans sa prégnance institue la cruauté comme une constante historique à inscrire dans les dossiers de l’évolution de l’homme. Les tâches de sang rouge dans la partie droite sont la signature de l’ignominie du chasseur et les dossiers qui entourent la femme nue attestent de cette permanence indéfendable du sadisme de la chasse, voire du viol. Les mêmes dossiers réapparaissent dans le tableau de la valise bleue. La malle des souvenirs oubliés, comme échappés d’un inconscient jonché de bribes d’enfance. Les ballerines rouges et leur signifiance s’envolent inutilisées, rendues inutiles et l’homme au masque de taureau inquiète. L’attitude du loup est sans équivoque. L’homme est bien le prédateur. Le danger est à fuir ou à débusquer derrière les silhouettes qui toutes menacent.

Comme le rêve s’écrit par quelques phrases au réveil du dormeur, le tableau se dessine dans notre propre histoire et notre vécu. L’artiste mise sur notre capacité à écrire un scénario d’émotions ancrées avec beaucoup de force dans notre inconscient. Elle suggère, oblitère tous bavardages, construit notre regard. Elle cherche en nous la création.


Redoutablement intelligent !


Francisco Sepúlveda vient lui aussi du Chili. C’est une chance que trois des cinq artistes soient d’origine étrangère.

Ses tableaux comme ses sculptures évoquent un univers lié à des origines ancestrales, éloignées de notre monde vivant. L’eau originelle est partout présente. Ses bleus somptueux sont à couper le souffle et il est fort regrettable qu’une partie des oeuvres exposées pâtissent du manque d’éclairage dans la zone concernée. Des êtres vivants hybrides réunissent l’homme et l’animal sans que l’oeil distingue. Il y a tant de sérénité et de beauté dans les formes et les couleurs que le regard est happé par  la sensation de paix et la plénitude du beau. Les barques comme une arche, montrent les profils d’animaux et de personnages presqu’identiques, comme interchangeables. Les détails d’une extrême précision déterminent une réduplication de l’universalité. La bonté des uns n’a d’égale que celle des autres et la vision d’un monde en harmonie crée une sensation de paix immuable, intemporelle, édictée par les lois du vivant depuis la nuit des temps. Aucune scorie, pas l’ombre d’une menace. Les barques du temps glissent sur des eaux parfaitement calmes, des volutes de couleurs magiques invitent au voyage, les formes aux innombrables réminiscences de civilisations plurielles cherchent les archétypes qui inévitablement nous enfouissent au plus profond et au plus près de ce que nous sommes. Délicieux voyage personnel, de découvertes de terres vierges en rivages accueillants, l’art comme seule possible respiration nous propose de riches destinations.


Immémorial, pharaonique, sublime  !


Nadine Eid


À voir absolument et …s’imprégner.



* cf à l’article S’éclairer sans fin du 21 janvier 2025 N. Eid

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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