Sucrer les fraises
- Fanny Inesta

- 20 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 juin
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
La Factory
Les Antonins
5 Rue Figuière Avignon
du 4 au 25 Juillet à 14h20 (relâche les jeudis)
Vu en avant-première le 19 juin à 20h
Crédit photos: Cédric Vasnier
Dans ce très joli lieu de la Chapelle des Antonins, la programmation de Laurent Rochut est toujours de grande qualité.
Après nous avoir profondément touchés avec Pourquoi les gens qui sèment et Heureux les orphelins Sébastion Bizeau poursuit son chemin toujours attentif aux fragilités humaines.
Dans cette nouvelle création, l’histoire suit Charlie, un enfant qui cherche à aider sa grand-mère adorée à retrouver le chemin de ses souvenirs. Mais ce qui pourrait n’être qu’un récit sur la maladie devient une ode à l’imagination, à la transmission et à l’amour entre les générations. Ici, les enfants ne subissent pas le monde des adultes mais ils l’inventent, le réparent, le réenchantent, des chemins de traverse où l’enfance et la vieillesse se rejoignent comme deux rivages d’un même fleuve.
Le titre résume à lui seul toute la délicatesse du spectacle. Les adultes disent de la grand-mère qu'elle "sucre les fraises", expression aussi familière que cruelle lorsqu'il s'agit de parler de la mémoire qui s'efface. Charlie, lui, refuse cette évidence.. Dans son regard d'enfant, la formule retrouve sa saveur littérale et sa part de merveilleux. Là où les adultes voient un déclin, l'enfance invente encore des histoires.
Le trio d’acteurs est magnifique. Mathieu Le Goaster impressionne par sa capacité à passer d’un personnage à l’autre avec fluidité . Tantôt écolier, tantôt père de famille, il dessine avec finesse les multiples facettes du récit. Margaux Wicart a un jeu, vif et spontané qui apporte une lumière constante au récit. A tour de rôle maman inquiète pour son fils puis écolière volontiers frondeuse, avec cette assurance joyeuse des petites filles d’aujourd’hui qui n’attendent plus qu’on leur dise comment être. Jérémie Lutz campe son personnage d’enfant avec un réalisme saisissant. Dans son regard, dans sa façon d’habiter l’espace, tout sonne vrai. Il retrouve avec une précision les élans, les inquiétudes et les émerveillements de l’enfance. Son Charlie observe le monde avec cette gravité légère que seuls les enfants possèdent.
La mise en scène inventive de Justine Vultaggio mérite d'être soulignée. Avec une précision d'orfèvre, elle soigne les moindres détails et compose un univers où rien n'est anodin. Chaque accessoire, chaque mouvement, chaque image contribue à faire naître cette poésie délicate qui irrigue le spectacle.
Et puis il y a la grand-mère. Ou plutôt cette magnifique marionnette qui lui prête vie. Avec son visage délicatement sculpté et ce maquillage bleu posé sur les yeux comme une trace de rêve ou de souvenir ancien, elle est bien davantage qu’un simple objet de théâtre. Un beau miracle du spectacle, faire oublier la technique pour ne laisser subsister que l’émotion
Sucrer les fraises est un spectacle délicat, inventif, parfois loufoque, mais où l’émotion gagne le public.Cette pièce parlera sans doute à beaucoup, tant la question de la mémoire et de la vieillesse traverse nos vies.
Un spectacle à hauteur d'enfant mais jamais enfantin, qui parle à toutes les générations. On en ressort ému, le sourire aux lèvres, avec l'envie de prendre des nouvelles de ceux qu'on aime.
Ils vont jouer tout le mois de juillet, une pépite, un spectacle à voir en famille!
Fanny Inesta
Texte Sébastien Bizeau
Mise en scène Justine Vultaggio
Avec Matthieu Le Goaster, Jérémie Lutz, Margaux Wicart
Scénographie et Lumières Raphaël Bertomeu
Marionnette Francesca Testi
Costumes Marion François
Illustrations Natacha Bigan
Ci-dessous, Le regard de Dominique MESLE
Sucrer les fraises, ne pas en mettre trop pour mourir plus tard, mais oui de sucre !
Cette réflexion de Charlie, ce charmant bambin, n'est que la première d'une longue série. Il est vrai qu'à cet âge, les enfants nous surprennent souvent par leurs raisonnements qui empruntent des chemins détournés, aussi inattendus qu'adorables.
On aime bien Mamie, même si, sur son fauteuil roulant, elle est souvent absente. Charlie ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Elle n'a plus ces gros cailloux d'adulte qui empêchent la montgolfière de l'imaginaire de s'élever. Il va pourtant chercher une solution pour que sa grand-mère ne change pas de maison.
Le papa semble ignorer sa mère devenue grabataire, mais peut-être cherche-t-il simplement à se protéger.
La mise en scène joue intensément sur les émotions et touche en plein cœur. Sans jamais sombrer dans le pathos, elle fait souvent monter les larmes aux yeux.
L'écriture est remarquable : un véritable mille-feuille de lecture où chaque génération peut trouver son niveau de compréhension.
Cette création témoigne d'une excellente connaissance de l'univers des enfants, de leurs jeux, de leur imagination et de leur sensibilité. Tout sonne juste.
C'est une manière aussi simple que géniale d'expliquer la vieillesse et la perte des facultés mentales aux plus jeunes. Rien n'est caché ; de toute façon, les enfants finissent toujours par découvrir les choses… comme le paquet de bonbons caché en haut de l'armoire.
Le travail de mise en scène est remarquable, avec des décors en perpétuel mouvement, à l'image de gamins un brin hyperactifs.
Les comédiens sont criants de vérité dans leurs différents rôles, notamment lorsqu'ils incarnent les copains de Charlie. Une mention particulière au jeune Charlie, dont l'interprétation est tout simplement exceptionnelle.
Un spectacle pour tous les âges, avec des scènes qui parlent directement aux enfants grâce aux couleurs, aux craies et aux petites voitures. Venez avec vos pré-ados… ou venez seul : c'est admirablement réussi.
Dominique Mesle
Texte : Sébastien BizeauMise en scène : Justine VultaggioAvec : Matthieu Le Goaster, Jérémie Lutz et Margaux WicartScénographie et lumières : Raphaël BertomeuMarionnette : Francesca Testi
Théâtre de la Factory 4 – Chapelle des Antonins à 14 h 20Relâche les 9, 16 et 23 juillet.



















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