Rencontre Natacha Régnier Ledieu

23 rue Saint-Michel Avignon 84000
23 septembre 2026

S’approcher d’elles…
Natacha Régnier Ledieu par Nadine Eid
Natacha Régnier-Ledieu vous êtes dessinatrice, peintre, à l’écoute du culturel et vous vivez à Avignon.
Vous présenter en quelques mots est réducteur et ceux qui vous connaissent savent à quel point, la femme que vous êtes déborde des cadres établis et des qualifications sclérosantes. Vous-même m’avez rappelé - et j’en suis ravie tout autant qu’émue - notre première rencontre à l’atelier de l’artiste plasticien Yusuf Can Erçin. Hors le vif intérêt suscité par les oeuvres singulières de cet artiste passionnant, je me souviens de notre rencontre au sortir de cette visite. Votre sourire éclatant soulignait un regard limpide et malicieux et leur alliance offrait un composé de joie vive et d’intérêt passionné. Aujourd’hui je sais que ce sourire et ce regard cristallin sont connectés à votre authenticité. Votre joie d’être, à l’instar de votre sourire et de votre regard, a la couleur de vos oeuvres.
Le solaire y domine avec la véracité, l’allégresse, le simple et l’enfance mutine. Le flamboiement de la chevelure et la carnation rappellent aussi le personnage du film Fifi Brindacier mais sa phrase culte « Je ne l’ai jamais fait avant alors je pense que je peux le faire » ne convient pas à l’artiste que vous êtes puisque précisément vous avez toujours dessiné, notamment la femme. Vous le faites remarquablement, par de simples traits, des couleurs avec ce côté obsessionnel qui confère à cette foison de portraits aux horizons multiples une capacité d’envoûtement dont il est vain de vouloir s’extirper. En effet, vos dessins sont en perpétuelle évolution, mutation conviendrait mieux car vous signez un style très marqué mais totalement libre. Une seule contrainte peut-être le trait mais c’est là même, la constante du dessin. Pour l’heure, laissons là ce que vous faites et tentons, si vous le voulez bien, d’approcher la femme-artiste que vous êtes.
Nadine Eid : Natacha, quel est le ou quels sont les défauts qui vous insupportent ?
Natacha Régnier Ledieu : La pingrerie, c’est insupportable! L’hypocrisie …
Les personnes intéressées, les profiteurs. L’intérêt déguisé, l’injustice et la mauvaise foi m’exaspèrent.
Je ne supporte plus les personnes atteintes de loghorrée. Dans une relation, il me faut l’échange, sinon, je ne peux plus, je pars.
Je ne supporte pas non plus qu’on essaie de m’ôter mon libre-arbitre, en quelque sorte, je ne supporte pas les gens qui tentent de me dominer, de prendre le pouvoir sur moi, leur ingérence. En priorité, je veux conserver ma liberté dans mes choix. Je ne veux pas qu’on ait la mainmise sur moi, ça me fait fuir.
N E: Quelle est la ou quelles sont les qualités que vous prisez ?
NRL : Je dirais, la joie de vivre, j’ai beaucoup de copines malades qui ne me parlent jamais de leur maladie, ne se plaignent pas du tout et paraissent l’oublier.
La gentillesse, la bienveillance, les gens qui partagent, qui sont généreux…Les qualités que j’aime sont les contraires des défauts qui m’insupportent et que j’ai cités. J’aime la sincérité et je la trouve chez les gens que je rencontre avec plaisir.
J’aime les gens qui ont le coeur pur et qui sont transparents.
NE : Quel est votre roman préféré ?
NRL : Jacques le Fataliste et son maître de Diderot. Lorsque j’étais adolescente, j’avais adoré.
NE : Vous vous souvenez pourquoi ?
NRL : Oui, parce que l’histoire commence, puis il en raconte une autre et encore une autre. Ce sont des histoires dans des histoires, il faudrait que je le relise.
NE : C’est tout à fait ça et, de surcroît, la modernité de l’écriture avec les apostrophes au lecteur, le parti-pris de le désamorcer, de provoquer des lectures plurielles malgré lui en le perdant dans des concaténations de récits qui s’emboitent. Jacques le Fataliste c’est un strike dans la littérature du XVIII ème siècle !
NRL : Je cherche parmi mes lectures plus récentes… En fait j’ai beaucoup de mal à trouver parce que j’ai beaucoup de livres chez moi mais j’ai du mal à finir un livre. Je commence et puis je laisse… bien sûr, j’en ai terminé mais je les oublie tout aussitôt.
NE : À quoi attribuez-vous ça ?
NRL : Ça ne m’intéresse pas suffisamment. Ça ne me prend pas aux tripes. Il faudrait que je sois absorbée par le roman…
NE : Vous aimez un genre particulier ?
NRL : J’aime les histoires de vie, d’amitié, d’amour. Ah si, j’ai beaucoup aimé le roman de Mélissa Da Costa Tout le bleu du ciel . Ce roman est magnifique. C’est poignant et ça m’a bouleversée. J’ai aussi vu le film.
NE : Vous dites ne pas avoir de prédilection pour un genre de roman en particulier, mais cette envie ou ce besoin d’être happée par le roman, d’être et je vous cite « prise aux tripes », me conduit à vous poser la question du roman policier avec l’intrigue, le suspense.
NRL : Les policiers, je n’aime pas. Je me souviens d’une série de romans fantastiques qui m’avait beaucoup plue, L’Assassin royal de Robin Hobb. C’était passionnant, il y avait des transmissions de pensées…
Tout ce qui fait peur, je ne lis pas comme je ne regarde pas non plus de film d’horreur. Je lis beaucoup de livres de développement personnel mais pas forcément de A à Z. Je prends ce qui m’intéresse.
Ce que j’aime beaucoup faire, vu que j’ai constaté que je n’arrivais plus vraiment à lire l’intégralité d’un livre - c’est probablement dû aux réseaux sociaux- c’est prendre un livre au hasard, l’ouvrir et lire quelques pages.
NE : En somme, vous butinez. Vous piochez dans un livre.
NRL : Oui, j’aime beaucoup faire ça. Hier je suis passée à la cabine téléphonique rouge et j’ai pris trois livres, un de Madame de Staël, un de Voltaire, l’Emile de Diderot et je les ai mis à portée de mains pour pouvoir les ouvrir souvent.
NE : Natacha, est-ce-que vous aimez la poésie ? Avez-vous un poète de prédilection ?
NRL : Je n’ose pas le dire mais ça me fatigue. Je n’accroche pas du tout avec la poésie et pourtant, quelque part au fond de moi, j’ai envie d’aimer ça ; mais non, je n’y arrive pas. Je me souviens avoir choqué une jeune femme au festival, il y a trois ou quatre ans, en lui disant que la poésie ça ne m’allait pas. J’aimerais, donc je continue à l’approcher … J’ai écrit moi aussi des poésies. Parfois quelqu’un m’inspire et j’écris. Ludivine Mounier Vincent m’avait inspirée et j’avais écrit quelques poèmes pour moi dans le style de Ludivine. Je trouvais ça très drôle. À la limite, je préférerais les écrire que les lire.
Un poète que j’apprécie vraiment, je n’en connais pas beaucoup mais j’aimais et j’aime bien Prévert, découvert dans mon enfance, à l’école. Je trouvais ça fluide, léger. Parfois, la poésie demande trop de compréhension. Elle est trop abstraite pour moi.
NE : Vous me parlez de Jacques Prévert. Un ami comédien me dît, il y a quelque temps, avoir choisi quelques poètes pour un hommage à rendre à un comédien de renom lui aussi, féru de poésie. Il me lut des poèmes de Prévert des fables de La Fontaine et au bout d’une heure, je lui ai demandé s’il avait conscience que, Prévert et La Fontaine, n’avaient pas vraiment écrit de la poésie pure mais que leurs écrits, leurs textes demeurent dans la concrétude des choses, des mots nommés, dénotés. La poésie connote, établit des ponts, des liens avec l’ailleurs. Elle te fait faire des sauts d’ange ! Elle explose les sens des mots, les flingue à la Kalachnikov. C’est de la littérature en intraveineuse !
Baudelaire, Rimbaud, Appolinaire, Mallarmé… sont en ce sens des OVNIS.
NRL : Oui c’est vrai, je ne connais pas ce genre dans le détail mais j’aime Baudelaire, certains de ses poèmes qui sont très connus.
Mais je lis aussi des poèmes de femmes peu connues. Je pioche au hasard et découvre. Mais c’est vrai que j’ai du mal à accrocher avec la poésie.
NE : C'est bien de le formuler de tenter de comprendre les mécanismes et les rouages de nos fonctionnements. Ce que vous me dites là parle de vous et c’est précieux. Peut-être êtes-vous très ancrée dans le réel, la concrétude ?
NRL : Et pourtant, j’ai toujours la tête dans la lune ! Comme c’est le cas, il me faut du concret pour me rattacher. Je suis bien ancrée dans la terre mais j’ai la tête dans les étoiles. Un poème, s’il est trop abstrait, je n’ai pas envie de l’interpréter, ça me fatigue, en fait.
Mais finalement je connais peu la poésie et il y peut-être des poèmes qui me permettraient une lecture immédiate que je pourrais retenir. À mon grand désespoir, j’aimerais pouvoir dire j’adore la poésie …C’est ridicule ; tout le monde aime la poésie…
NE : Avez-vous un acteur préféré ?
NRL : Robin Williams pour son regard si doux, l’intelligence de ses rôles, tout ce qu’il a pu jouer…
NE : Et une actrice ?
NRL : Emanuelle Devos, Catherine Frot, Josiane Balasko. Il y a finalement beaucoup plus de comédiennes que de comédiens que j’apprécie. J’aime bien également Sandrine Kiberlain.
Souvent je vais au cinéma pour les comédiennes, pour découvrir leurs rôles. J’adore Sylvie Testud. J’ai pris des fous rires en lisant un de ses livres Le ciel t’aidera notamment dans les scènes mémorables où, pour calmer son anxiété, elle massacre un ficus avec un objet tranchant, s’entraine au sabre sur ses plantes vertes jusqu’à se sentir un peu rassurée.
NE : Avez-vous un comédien préféré ?
NRL : J’ai découvert cette année, au festival un comédien. Bon, tout le monde le connaissait déjà, sauf moi, mais ce n’est pas grave. Hum, comment s’appelle-t-il ? Le sujet de la pièce de théâtre c’est l’histoire du Turc qui a tiré sur le Pape. ll a joué dans La machine de Turing. C’est Benoit Solès.
NE : Un autre comédien ?
NRL : Oui, il a joué dans Gustave Eiffel en fer et contre tous, Alexandre Delimoges. Je le trouve excellent. Je l’ai vu également dans sa nouvelle pièce Pharaon, Akhenaton le maudit, j’ai adoré aussi.
NE : Une comédienne ?
NRL : Ah oui, Dorothée Hardy, elle a joué dans Le journal d’une femme de chambre et puis Nathalie Mann qui a joué dans Danton Robespierre, les racines de la liberté. Nathalie Mann, elle est géniale, je l’aime beaucoup. La première fois que je l’ai rencontrée, elle jouait le rôle d’une femme transgenre dans la pièce Choisir de vivre. Elle portait une immense robe blanche… C’est une histoire vraie de Mathilde Daudet, reporter de guerre devenu femme. Cette comédienne peut tout jouer.
NE : L’intérêt de l’interprétation pour un comédien réside dans sa capacité à endosser des rôles qui le poussent à rencontrer des personnages au plus près de ce qu’il peut être. Il n’y a rien de pire pour un comédien que d’être enfermé dans des rôles adaptés à ce qu’il sait faire, ou a fait comme Gabin, De Funès et bien d'autres…
NRL : Romy Schneider a eu beaucoup de mal pour s’imposer dans d’autres rôles que celui de Sissi.
NE : Virginie Efira choisit ses rôles au plus près de ce qu’elle a envie d’être et de faire devant une caméra. À chaque nouveau rôle, elle donne l’impression de se livrer à une gageure. Elle ne recherche visiblement pas le confort et l’assurance. Même si dans Soudain, le rôle est certes intéressant mais le personnage est surtout porté par l’autre actrice Tao Okamoto. J’adore Hamaguchi et ses plans lents, mais la conjugaison de la lenteur et du lieu clos de l’EHPAD, c’est un peu plombant presque fastidieux.
NRL : Je n’ai pas aimé son rôle qui m’a agacé, son personnage m’a fatiguée et énervée. L’humanitude devrait aller de soi, elle ne doit pas être apprise. Elle n’est pas crédible, elle a le rôle du super héros qui ne dort jamais. À un moment donné, j’ai cessé de voir son personnage qui m’a tapé sur les nerfs et j’ai reporté toute mon attention sur l’autre actrice, sur son esthétique. Elle est très belle, sublime et magnifique !
NE : J’ai beaucoup aimé l’interprétation et le personnage de Mari Morisaki joué par Tao Okamoto. Sa manière de rencontrer l’autre est époustouflante. En fait, c’est l’histoire d’une rencontre ; une rencontre presque magique qui scelle une amitié amoureuse extraordinaire.
NRL : Je n’ai pas trouvé que c’était une amitié amoureuse car il ne se passe rien entre elle.
NE : Hum, l’amitié à ce stade là, je pense que c’est de l’amour. De toute façon, l’amitié c’est de l’amour.
NRL : Oui mais elles sont toutes les deux libres, je pense que si elles étaient tombées amoureuses, il y aurait eu des contacts physiques.
NE : Lorsque la première nuit de leur rencontre, elles ne parviennent pas à se quitter, c’est en quelque sorte un coup de foudre ; c’est de l’amour, c’est irrépressible. Elles semblent littéralement aimantées l’une par l’autre et réciproquement.
NRL : Oui mais l’amitié c’est de l’amour sans le sexe.
NE: Oui mais là il me semble que ça va plus loin. Lorsqu’elle lui demande de revenir, ça va beaucoup plus loin. Elle requiert sa présence comme une nécessité incontournable, vitale.
NRL : Oui mais dans ce cas pourquoi, le réalisateur laisse-t-il planer le doute ?
NE : Peut-être justement qu’il y a l’interdit de la mort prochaine avec ce que ça peut avoir de déchirant pour celle qui va perdre la vie. Vivre cette béatitude de l’amour avec le plaisir physique, pourrait l’amener au regret de la vie à perdre.
NRL : Et bien non, je le verrai différemment. Lorsque tu as la chance de rencontrer l’amour et que tu vas mourir tu en profites pleinement. Mais oui votre version est aussi possible…Je n’ai vu aucun regard amoureux échangés cependant.
NE : Au regard de ce qu’est l’humanitude, j’ai vu ce que n’est pas l’humanitude. L’humanitude n’est pas de l’amour. Là il y a de l’amour et j’ai pensé que leurs rôles étaient écrits de manière à faire contre point à l’humanitude. Leur couple fait émerger l’humanitude.
NRL : Oui je dirai qu’il y a de l’amour entre elles mais pas charnel.
NE : Natacha, quel est votre film préféré ?
NRL : C’est Les visiteurs. Le premier, je l’ai regardé cinq fois.
NE : Mais ce n’est pas beaucoup quand on adore !
NRL : Pour moi c’est beaucoup, je déteste faire deux fois la même chose.
NE : Lorsque j’aime vraiment un film, je le vois deux ou trois fois à Utopia puis j’achète le dvd et le regarde trois ou quatre fois. Sidonie au Japon, j’ai dû le voir 10 fois.
NRL : Sidonie au Japon, c’est un film qui vient de sortir ?
NE : Non il a du sortir il y a trois ans, avec Isabelle Huppert et Tsuyoshi Ihara.
Agnès Aboulin, la directrice du théâtre de la Porte Saint-Michel, passe rapidement et c’est un échange empli de spontanéité, de sympathie, d’immédiateté dans l’accueil chaleureux. Il est tentant de relater les courts échanges avec cette très accorte personne mais Natacha et moi avons déjà amplement buissonner du côté du cinéma et de l’interprétation.
Les femmes sont véritablement des êtres de communication et c’est à chaque fois un bonheur que d’en avoir des illustrations. Sans qu’il soit besoin de les évoquer, les rencontres féminines sont empreintes d’évidences.
NE : Donc, Les Visiteurs.
NRL : Oh j’ai honte, je l’ai vu trois fois au cinéma , ça ne m’arrive jamais.
NE : Mais pourquoi honte ? La Soupe aux choux je l’ai vu je ne sais combien de fois, Les Bronzés font du ski, également, idem pour Le Père Noël est une ordure. Si j’ai un coup de blues au creux de l’hiver, la seule scène du pull-serpillière me garantit une overdose d’hilarité. Je l’ai même visionnée sans le son tant les expressions de Thierry Lhermitte et celles d’Anémone sont désopilantes !
NRL : Mon fils est comme vous, il connait les films par coeur, il est impressionnant !
Je cherche quand même pour en trouver un autre.
NE : Un film qui vous aurez particulièrement marquée, énormément plu ; comme vous êtes quelqu’un de sensible vous avez dû voir des films qui vous ont bouleversée.
NRL : J’ai vu un film américain il y a très longtemps qui s’appelle Tendres passions et qui traite d’un sujet difficile. Une mère condamnée par la maladie réaffirme son amour à sa fille adolescente difficile pour qu’elle conserve en elle, après sa mort, la présence de cet amour qu’elle lui porte. Ce film qui date m’a bouleversée.
Plus récent, je cherche, je vais beaucoup au cinéma. J’adore les dessins animés. Les Walt Disney, Peter Pan… Ce n’est pas du tout intello tout ça, pas du tout …
NE : Ce n’est pas intello mais why not ? Vous n’avez pas besoin d’être… Il y a chez vous, quelque chose qui ressort… Lorsque vous m’avez dit « j’ai honte », la poésie je ne peux pas, c’est un peu comme ce que vous m’avez dit sur les films.
Pourtant être vraie, savoir oser dire ce qu’on aime ou ce qu’on aime pas est primordial, essentiel ! Vous le faites sans celer qui vous êtes et c’est parfait !
NRL : C’est vrai que je ne cache pas les choses, je ne dissimule pas qui je suis…
J’essaie de trouver un film récent qui ait pu me transporter à tel point qu’en sortant de la salle, je sois tentée de dire à tout le monde qu’il faut aller le voir. Mais souvent, si ce n’est pas le cas, j’oublie tout sitôt sortie de la salle de cinéma. C’est bizarre mais je ne me rappelle jamais des fins de films.
NE : J’oublie parfois les réalisateurs, les noms des acteurs aussi mais lorsque les films me plaisent vraiment, je ne les oublie pas, ils m’habitent pendant plusieurs jours. Ils nourrissent mes nuits qui sont alors toutes efficientes ou créatives. Au matin j’ai trouvé dans le sommeil peut-être une solution, un plan d’écriture, quelques phrases prégnantes…les films sont des écritures visuelles.
NRL : Ah oui, quelqu’un venu voir mon expo m’a conseillé Les Enfants du paradis. Je suis en train de le regarder, j’en ai vu une heure sur trois.
Finalement à bien regarder, j’ai des goûts de gamine. J’essaie donc de m’élever, de me cultiver en fait, mais il faut que je sois intéressée. Je prends plaisir à m’enrichir en voyant ce film. Peut-être , qu’au final, il ne m’aura pas plu mais j’aurai appris…
NE : Vous pouvez dire que pour les films vous avez des goûts éclectiques en quelque sorte…
NRL : Ah oui, tout à fait, par contre je ne regarde jamais des films d’horreur, j’en perdrai le sommeil.
NE : Comme vous je n’en vois jamais. Je n’aime pas ce genre. De même le fantastique m’ennuie ou alors le soft, celui d’Edgar Allan Poe, celui de Maupassant et encore…Je déteste les westerns…C’est bien de connaître ses limites, ses appétences et ses dégoûts. J’aime les films policiers, quand ils sont bons, enfin à mon sens.
NRL : On m’avait conseillé un livre et j’avais aussi vu le film mais comme je ne connais pas bien ce genre, je ne vais pas lire au hasard, un policier, j’attends qu’on me le conseille. Je fais partie du club de lecture des féministes, je lis des livres féministes.
NE : Je vais vous donner un titre car c’est un policier que j’ai conseillé à des amis dont un, écrivain qui a été bluffé par la qualité d’écriture et la subtilité et l’intelligence de l’intrigue.
Je n’ai plus le nom de l’auteur mais vous le trouverez. Il s’agit de Défendre Jacob*
NRL : Merci et le film dont vous m’avez parlé ?
NE : Lequel ?
NRL : Au Japon…
NE : Sidonie au Japon.
C’est très esthétique, très lent, un peu comme du Hamagushi. C’est très visuel, vous qui êtes sensible ça vous parlera, c’est très épuré, soft. Une histoire d’amour, de rédemption… Vous verrez.
il y a des gestes suspendus, des intentions à peine ébauchées…
NRL : J’avais vu un film que j’avais beaucoup aimé, je m’en rappelle alors que j’oublie tout c’est Urga. La musique du film m’avait tellement plus que j’avais acheté le CD. Ce film m’a beaucoup touchée.
NE: Quel est votre chanteur préféré ?
NRL : Bob Marley sans hésitation ! Baz Baz, il a une voix très grave…J’aime aussi beaucoup Aznavour. Ben Mazué.
NE : Une chanteuse ?
NRL : On va dire Piaf. Je voudrais pouvoir en citer des plus récentes…
NE : Avez-vous une ou des chansons cultes ?
NRL : Oui bien sûr, I feel good de James Brown. J’aime bien aussi Don’t worry be happy de Bobby McFerrin. J’en aime beaucoup de Bob Marley.
NE : Une chantée par une femme ?
NRL : Je n’aime pas trop les aigus, une femme à la voix un peu grave …
L’Aigle noir de Barbara. J’ai appris son sens tardivement…
NE : Évidemment… Pour moi elle a servi de déclic un soir… les associations éclairent le sibyllin… Des non-dits émergent des secrets, l’indicible de ce qui a pu se faire, se commettre dans les familles.
NRL Il y a quelque temps j’écoutais Jeanne Cherhal. Si, enfant j’écoutais Marie Laforêt parce que ma mère l’écoutait et pleurait ; mon père l’avait quittée et elle chantait Viens, viens…
NE : Ah oui ! Lorsque j’étais adolescente Marie Laforêt représentait pour moi l’icône de la beauté absolue. L’insondable de son regard me faisait croire que la beauté était une énigme à vénérer.
Dans Plein soleil elle joue le rôle de Marge, une jeune femme au coeur d’un trio aux côtés d’Alain Delon et de Maurice Ronet. C’est du reste ce film qui a propulsé la carrière de Delon. Marie Laforêt y est tout simplement sublime.
NRL : Je le note.
NE : Natacha, quel type de musique écoutez-vous ?
NRL : Du reggae, du reggae bien sûr!
J’écoute aussi un peu de classique. J’aime bien écouter Radio Classique. Mais pas très longtemps par contre. J’écoute quelque morceaux, à dose homéopathique ; j’aime bien et je passe à autre chose.
Ensuite le pop-rock. Par contre, je déteste le jazz manouche contemporain. Je me souviens avoir eu beaucoup de mal à supporter, dans un restaurant, un concert de jazz manouche.Ça avait été horrible ! C’était pour moi inaudible. Sinon j’ai des goûts éclectiques mais, oui, j’ai une préférence pour le reggae.
NE : Quel est votre groupe préféré ?
NRL : Pink Floyd et les Rolling Stones. Finalement les grands classiques, les grands groupes !
Téléphone aussi.
Hum, ce sont des vieilleries… Je n’écoute pas de musique ou très peu. Chez moi, il n’y a pas un bruit… je ne connais même pas le nom des groupes d’aujourd’hui.
NE : Ceux d’avant peut-être que vous écoutiez plus jeune…
NRL : Quand j’étais toute petite, en Guyane, j’écoutais Les Rubettes. Ma mère travaillait dans un magasin qui vendait aussi des disques et il y avait un jeune homme qui s’occupait des disques. Il mettait de la musique toute la journée. Quand je sortais de l’école j’allais écouter. C’était l’époque de Marie-Paule Belle avec La Parisienne. J’étais petite mais j’adorais.
Mon père m’avait acheté un disque des Doors, j’aimais bien.
NE : Quelle est votre couleur préférée ?
NRL : En ce moment c’est la couleur orange. Le turquoise aussi…
NE : Est-ce que vous avez une muse ou des muses, un ou des mentors ?
NRL : Difficile de répondre à brûle-pourpoint, sans avoir eu les questions au préalable.
NE : Je comprends mais la spontanéité y gagne aussi.
Quelqu’un qui vous inspire, que vous admirez ?
NRL : Alors pour moi ce sont souvent des copines qui sont tellement talentueuses que je les admire, mais elles ne sont pas connues. ce sont des personnes qui transforment tout en or, qui font tout, qui réussissent tout, des filles qui ont un QI de ouf ! Oui, j’aime bien admirer mes copines.
NE : C’est intéressant ce que vous dites là. Vous aimez admirer…
NRL : Oui mes copines, mes amies. Nous sommes tellement différentes que j’admire nos opposés en fait. Blandine Deverlanges, c’est une femme qui me scotche. Elle est cultivée, intelligente, je l’admire énormément ! En fait, j’admire les femmes intelligentes. Vous aussi, beaucoup ! Non, non, je n’osais pas le dire mais c’est la vérité donc je le dis quand même, je ne vais pas m’en priver.
NE : Merci !
NRL : Georges Sand est inspirante. J’écoute des podcasts. Yvonne Aimée de Malestroit, cette religieuse est fabuleuse !
NE : Georges Sand quelle écriture !
NRL : Je me suis plus intéressée à sa vie qu’à ses oeuvres. Colette également est inspirante !
NE : Colette et Georges Sand sont toutes deux féministes. Toutes deux ont voulu rompre les frontières non pas seulement des droits mais aussi des devoirs des genres. Elles ont rompu les limites des genres absolument.
NRL : En fait les femmes inspirantes sont des femmes énergiques qui font tout en même temps.
Les mères de famille sont inspirantes quand elles bossent, s’occupent de la maison, des enfants, de tout et qu’elles ne se plaignent pas en plus. Elles sont respirantes !
NE : Absolument ! Quel beau néologisme ! Vous avez de superbes convictions!
NRL : En fait tout m’inspire finalement. je suis un peu éponge, je m’inspire de tout.
NE : Le contraire d’inspirer ce serait peut-être tout ce qui nous repousse, tout ce qu’on refuse parce qu’on ne le supporte pas. Vous avez évoqué l’énergie, effectivement on ne peut, me semble-t-il qu’admirer les personnes volontaires, énergiques, qui foncent et bossent sans limites et dont les projets peuvent paraître fous. J’adhère totalement à cette manière d’être !
NRL : Alors dans ce type de comportement, j’admire mon fils ! Il est sur tous les fronts, il multiplie les projets et les accomplit. Il est bluffant ! Je l’admire vraiment, d’oser et de réaliser !
NE : Avez-vous un projet ou des projets en cours d’élaboration ? Ma question a déjà eu des réponses mais préparez-vous une autre exposition après Solo first qui se tient ici même, au Théâtre de la Porte Saint-Michel, jusqu’au 15 octobre ?
NRL : Oui, je prépare une exposition qui se fera à Mental’O, rue des Lices qui s’intitulera
Mental’Haut. Les personnes concernées écriront s’ils le souhaitent à propos d’un ou plusieurs de mes dessins et je m’inspirerai de leurs productions. De leurs écrits, j’exclurai toute illustration au profit de l’inspiration pour ne pas bloquer ma créativité parce que tout se passe dans mon inconscient, je ne m’en rends pas compte…
Avec mon fils, j’ai également un projet de reproduction de mes dessins sur des foulards…
NE : Natacha, vous faites de la poésie. Vos dessins connotent plus qu’ils ne dénotent. Ce dessin par exemple, l’attitude de cette femme dit sa lassitude, sa complexité aussi révélée par le visage bicoloré. Le deuxième dessin c’est un autre message, une autre posture, c’est en somme « je vous regarde, regardez moi ! ». Celui là c’est plutôt : « Ah oui, quand même vous pensez ça, vous me voyez comme ça, vous vous trompez, je ne suis pas aussi simple ». Il y a ce qu’une posture peut vouloir signifier et ses prolongements que vous suggérez avec une facilité déconcertante.
NRL : Vous pourriez l’écrire, c’est bien ce que vous dites !
NE : Vos dessins parlent et sont comme vous, sincères et dans l’immédiateté.
J’aime beaucoup ce dessin blanc sur ce papier noir gaufré. Ce couple, sans cette bouche féminine on pourrait voir deux hommes. J’aime bien cette ambiguïté.
NRL : Oui on ne sait jamais trop dans mes dessins. J’en ai fait un aussi pour … vous connaissez Frédéric Munsch, mon pote journaliste de guerre, il était là pour le procès Pelicot et je l’ai hébergé. Frédéric me dit que je suis lui en fille.
NE : Intéressant. c’est un beau compliment ! Réciproquement pourrait-il être vous en homme ?
NRL : C’était son anniversaire le 20 et j’ai fait ce dessin ; comme il lui plait, il est pour lui.
NE : Frédéric Munsch, je note ce nom comme votre réponse de semi-acquiescement…
NRL : C’est un reporter photographe indépendant qui travaille pour Sipa Press
(S’ensuit toute une superbe digression sur des réalisations de macramé que Natacha a repérées et commandées… comme ça ressemble à des bijoux fantaisie délirants et superbes que mon époux m’a offerts, nous poursuivons sur les chemins de traverse, même si Frédéric Munsch et ce qui le motive prédominent dans un coin de ma mémoire. Nous passons à Yvette la maman d’un ami qui, à 90 ans, brode excellemment puis à un peintre Azarakhsh Farahani et à l’achat d’un de ses tableaux…et finalement nous nous refilons des adresses utiles.)
NE : Natacha, comédie ou tragédie ?
NRL : Comédie.
NE : Donc le rire.
NRL : On rit tellement peu. J’ai pris un fou-rire il y a peu, et mes collègues me regardaient avec envie ; en plus c’est communicatif.
Tragédie non, j’adore rire. Quand j’ai vu Après le chaos, j’étais bouleversée. Je ne peux plus voir ce genre de pièce.
NE : J’ai beaucoup aimé cette pièce ! Festin également. C’est de l’impro à partir du film Festen. Excellent ! Film culte et Prix spécial du jury à Cannes 1998 !
NRL : Festen. Je le note.
NE : Avez-vous quelque chose à rajouter, non pas pour vos lecteurs, votre public, mais pour ceux qui regardent vos oeuvres ?
NRL : Ne vous mettez pas de limites et cessez de vous empêcher de faire ce que vous avez envie de faire par peur du regard des autres. Vous voulez dessiner, dessinez. Vous avez envie de chanter, chantez. Faites-le, faites vous plaisir. L’idée c’est de garder son âme d’enfant et de rester dans l’optique de jouer, de prendre plaisir à faire ce qu’on fait, pour se détendre, pour partager avec ses amis. Il faut cesser de se mettre des barrières pour rien. Je conseille le livre de Julia Cameron Libérez votre créativité.
NE : Merci Natacha pour votre sincérité, votre liberté de paroles et cette belle féminité militante précieuse. La spontanéité de vos propos est à saluer également.
Je rappelle que du 1er septembre au 15 octobre 2026 Le théâtre de la Porte Saint-Michel accueille votre première exposition en solo nommée, et pour cause, Solo First et qu’elle propose un riche condensé de la foultitude de vos oeuvres.
NRL : Merci Nadine pour cet échange.
Romans :
Jacques le Fataliste et son maître Denis Diderot 1796
Libérez votre créativité Julia Cameron 1992
L’Assassin royal Robin Hobb série 1995-1997
Défendre Jacob* William Landau 2012
Tout le bleu du ciel Mélissa Da Costa 2019
Le ciel t’aidera Sylvie Testud 2007
Films :
Les Enfants du Paradis Marcel Carné 1945 Scénario Jacques Prévert/Patrimoine mondial UNESCO.
Sissi impératrice Ernst Marischka 1955 Romy Schneider nominée Bambi Best Actress.
Plein Soleil René Clément 1960 Prix Edgar Allan Poe du meilleur film étranger.
Fifi Brindacier* Olle Hellbom 1969. par Allan Poe du meilleur film étranger.
Fifi Brindacier* Olle Hellbom 1969.
Les Bronzés font du ski Patrice Leconte 1979 film culte.
La Soupe aux choux Jean Girault 1981 film culte.
Le Père Noël est une ordure Jean Poiré 1982 film culte.
Urga de Nikita Mikhalkov Lion d’Or à La Mostra de venise 1991.
Les Visiteurs Jean-Marie Poiré 1993 9 nominations César du meilleur second rôle Valérie Lemercier. Film culte.
Festen Thomas Vinterberg 1998 prix du Jury à Cannes-Spirit Awards 1999. Film culte.
Sidonie au Japon Elise Girard 2023 4 nominations.
Soudain Ryūsuke Hamaguchi 2026 Prix d’interprétation féminine ex aequo Virginie Efira et Tao Okamoto à Cannes.
*Fifi Brindacier 1945 Premier roman d’une série
L’auteur Astrid Lindgren est à l’origine du Prix commémoratif Astrid Lindgren fondé après sa mort par le gouvernement suédois. Ce prix surnommé Le prix Nobel de la littérature jeunesse est un des plus conséquents après le prix Nobel de littérature puisqu’il est doté de 550 000 euros.










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