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Rencontre avec Vivien Pianet

  • Photo du rédacteur: Fanny Inesta
    Fanny Inesta
  • il y a 2 heures
  • 9 min de lecture

Humoriste, comédien et metteur en scène

Avignon 19 juillet 2026


Hugo 1802

Théâtre l’Autre Carnot

7 rue Carnot Avignon

Festival Off 2026 du 4 au 25 juillet 2026 à 21h05

Durée 1h10








Nadine Eid 

Vivien Pianet, je vous ai rencontré au festival d’Avignon 2024 dans Hors Série, à L’Autre Carnot. À l’époque, j’ai été séduite et émue par votre sensibilité, votre demande d’amour adressée à votre public, votre douceur et, bien évidemment, par votre talent.

L’année suivante, en 2025, vous reveniez avec un spectacle tout aussi écrit, si ce n’est plus, que vous reprenez cette année, Hugo 1802.


La figure hugolienne ne placerait-elle pas la barre un peu plus haut ?


Vivien Pianet

Je ne m’en rends pas vraiment compte mais oui, les gens me le disent. Quand on fait de l’humour, pour eux, ce n’est pas quelque chose de sérieux. Lorsqu’on joue un spectacle d’humour, dans la tête des spectateurs, ce n’est pas forcément écrit rigoureusement. En fait, ce n’est pas ça du tout. Depuis que j’ai écrit Hugo 1802, les gens me disent « tu sais écrire » parce que c’est hyper documenté, parce que, c’est un autre style de spectacle. Je pense que, effectivement, ce spectacle a placé la barre plus haut parce qu’il y a aussi une attente derrière. Il y a une rigueur à avoir qu’on n’a pas forcément, qu’on a sur les mots, qui est obligatoire lorsqu’on écrit un spectacle sur quelqu’un qui a marqué un siècle.


Nadine Eid

Pensez-vous que l’humoriste répondrait de la sorte ?


V P

Oui parce Hugo 1802 est un spectacle d’humour. Une amie présentait mon spectacle à quelqu’un en disant que j’avais réussi à vulgariser - j’aime bien ce mot, vulgariser -  à rendre accessible Hugo au plus grand nombre. Oui, l'humoriste répondrait comme l’homme que je suis car c’était un peu le but du départ, d’élever. J’avais envie d’un spectacle un peu comme ça depuis longtemps.

J’aime beaucoup ce type de spectacle où l’on apprend énormément et où l’on rit beaucoup.


N E

Le but initial était donc bien d’élever, de modifier quelque chose dans l’approche même du public, c’est bien ça ?


V P

Je le pense, oui forcément même si je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. En tant qu’humoriste, quand j’ai écrit le spectacle, souvent je me disais et  - c’est rare que je me dise ça - car je ne crois jamais en ce que je fais, je me disais « ah là, ça va vraiment être bien ». Je pense que là, en moi, il y a eu une évolution. Cette confiance dans l’inspiration de quelqu’un.


N E 

Vous  avez eu la sensation de sortir un peu du genre humoristique pour vous diriger vers une écriture plus sérieuse à transmettre par le biais de l’humour et en confiance, c’est bien ça ?


V P

Oui tout à fait.


N E 

Je vais vous poser des questions qui pourront peut-être permettre, à votre public, de mieux vous connaître ou de vous rencontrer autrement. Bien évidemment vous avez tout loisir de répondre ou pas. Certaines peuvent être ignorées, si elles vous semblent inappropriées ou dénuées d’intérêt.


Vivien, quel est ou quels sont les défauts qui, chez l’Autre, vous insupportent ?


V P

C’est drôle, dans la pièce je joue le déluré de service et Laurent Biichlé le mec sérieux et dans la vraie vie c’est totalement l’inverse. Lui, il vit dans un monde parallèle et moi je vis dans un monde réaliste. C’est très compliqué de jouer avec Laurent, il ne mémorise pas les visages. Il a une mémoire pour les textes mais parfois quand on lui parle il ne nous écoute pas. Il est très lunaire. En fait il est exactement comme ce que moi, j’ai écrit pour moi dans la pièce alors que je ne suis pas du tout comme ça. Dans la pièce, je suis le rigolo de service et lui est hyper sérieux. C’est inversé dans la vie.

Avec le temps, je prends conscience que, et ça m’énerve un peu, que je suis constamment stressé. C’est ça pour moi le plus gros défaut.


N E

Mais ce n’est pas un défaut le stress, c’est un état…


V P

Oui, mais quand  je suis stressé, je peux souvent être en colère.


N E

D’accord, un état de stress peut engendrer des comportements qu’on souhaiterait ne pas avoir mais, on a tous, je pense des limites ou plutôt des choses qui nous insupportent.

Chez l’Autre, quel que soit son genre, son âge, son lien avec nous, n’y a-t-il pas un défaut qui plus précisément vous insupporte ?


V P

Oui, les gens qui ont une haute estime d’eux-mêmes.


N E

La prétention ? La vanité ?


V P

C’est ça, dans notre métier, on la rencontre souvent et ça m’est pénible. Récemment, je n’ai pas pu apprécier un spectacle pourtant très bon de l’avis de tous car le comédien est prétentieux.

Je côtoie beaucoup de monde, j’ai de nombreux élèves et j’accepte d'eux énormément. Je fais avec leurs caractères. Je pense être très tolérant, parfois peut-être un peu trop.

J’ai du mal avec les gens qui ne disent pas leurs pensées. Je préfère quand ça clashe, je n’aime pas garder de choses en moi et j’attends des autres la même sincérité. Oui je ne supporte pas la prétention et le manque de franchise.


N E

L’humoriste aussi a du mal avec ces deux défauts  ?


V P

Oh non, pas du tout ! Au contraire, il va s’en servir.


N E

C’est interessant !


V P

Quand on fait  ce métier d’humoriste, d’auteur, de comédien, on observe beaucoup les autres. Je me suis forcément inspiré de quelqu’un quand j’ai écrit ce rôle, sans m’en rendre compte.

Quand j’ai écrit Hugo 1802,  j’avais envie d’écrire Le dîner de cons « façon historique ». Oui forcément, c’est ça. On s’inspire obligatoirement de choses qu’on a vécues ou vues, de spectacles. J’ai un nouveau spectacle sur les références en tant qu’humoriste auteur. Un spectacle sur les années 80 à 2025 c’est très nostalgique. Je vais certainement venir à Avignon avec, l’année prochaine. J’ai eu de très nombreuses idées en l’écrivant mais aussi la sensation que mes idées étaient connues, vues et revues. J’ai donc décidé de me vider de toutes ces inspirations et de trouver des choses nouvelles. Je croyais en avoir trouvé mais parfois, non, on n’est pas unique…


N E

Quelles sont les qualités que tu aimes trouver chez l’Autre ?


V P

La franchise. Les gens francs. J’aime le courage de parler, de dire les choses et puis, j’aime profondément les gens gentils mais dans le bon sens du terme. Je joue au Carnot parce que je retrouve cette qualité.


N E

Qui le dirige ?


V P

Stéphane Dupont qui est d’ailleurs quelqu’un de direct dans ses propos.


N E

Pour l’humoriste…  ce sont les mêmes qualités ?


V P

Les imitateurs disent que pour imiter quelqu’un il faut l’apprécier un minimum, qu’ils trouvent quelque chose en lui, même quelque chose d’infime. C’est vrai  on peut tacler quand on aime au moins un peu. Dans mon nouveau spectacle, j’imite des gens en voix Off et je pense qu’il faut profondément aimer quelque chose dans celui qu’on imite. Il faut trouver chez lui le petit détail qui nous inspire et qu’on va tirer. Donc l’humoriste va tout regarder, les qualités, les défauts et tirer les choses au maximum.


N E

C’est une expression interessante « tirer les choses », on dirait que c’est comme si vous alliez chercher un petit lapin dans le chapeau de l’illusionniste ou extraire la substantifique moelle.


V P

Je crois que c’est mon métier de comédien qui m’a amené à ça. J’ai toujours essayé d’aller au plus profond du personnage. Je suis allé voir Dans la peau de Cyrano au Théâtre des Corps Saints. Incroyable ! C’était la 1264 ème ! Le comédien, Nicolas Devort joue tous les rôles, c’est tellement inspirant ! C’est une personne à la billetterie qui a aimé mon spectacle qui me l’a conseillé. C’est l’histoire d’un gamin qui bégaie…. ils en ont fait un  film, il bégaie. Il se rend dans un cours de théâtre et il va jouer le rôle de Cyrano, et là, il a vraiment étiré les choses… Et je crois que l’humoriste c’est ça, il étire les choses, il observe. J’adore être en terrasse et observer les gens passer et les écouter.


N E

Quel est votre roman préféré ou ce qu’on appelle parfois votre livre de chevet ?


V P

Je crois que c’est, malgré tout, Les Misérables.


N E

Toujours Hugo !


V P

Je réfléchis car au collège on a avait lu La nuit du Renard de Mary Higgins Clark. J’avais beaucoup aimé et j’avais lu bon nombre de ses romans. J’avais trouvé ses romans policiers plus modernes. Quand j’ai écrit Hugo, un monsieur a mis sur Billet réduc une critique, exactement ce que je voulais entendre : « On aimerait que ce spectacle soit dans toutes les écoles. » Ce qui me plait dans la littérature c’est que d’un seul coup, on comprend les choses autrement. Il y a un monsieur qui m’a dit hier, « vous m’avez donné envie de relire Hugo » Les misérables ; je l’avais relu car j’avais joué pendant 10 ans une adaptation. Oui je pense que c’est Les misérables, je pourrais le relire mais je relis rarement un roman. Je lis beaucoup de pièces.


N E

Le roman de l’humoriste ?


V P

Un bouquin d’expressions franc-comtoises. On a, en Franche-Comté, un accent bien spécifique, c’est très rural. Je suis de Pontarlier, du Haut-Doubs. J’ai aussi de la famille en Haute-Saône. Ma mère est d’origine saônoise et martiniquaise.


N E

Vous allez souvent en Martinique ?


V P

On y est parti un mois et j’y retourne dans un mois.


N E

Aimez-vous la poésie ? Un poète en particulier ?


V P 

Jacques Prévert et Aimé Césaire, même si Hugo quand même… mais parfois …


N E

Je suis moi même partagée le concernant … 


V P

Le discours sur la misère est incroyable et c’est tellement d’actualité cependant…


N E

Oui, c’est un monument…


V P

Je n’ai pas relu Les  contemplations…


N E

Moi n’ont plus. Je lis et relis Rimbaud, Verlaine, Mallarmé et Baudelaire.


V P

L’albatros c’est magnifique !


N E

Alors pourquoi Hugo ?


V P

Le directeur du théâtre La comédie de Besançon voulait écrire un spectacle sur Victor Hugo mais ne se sentait pas inspiré. Je l’ai écrit en quatre mois.


N E

Avez-vous une actrice, un acteur préféré ?


V P

Je suis très fan  de Virginie Efira car elle fait des choix de films scrupuleux. Elle parvient toujours à amener de l’humanité dans ses rôles. Elle est très inspirante. Même quand le film n’est pas très bon, elle réussit toujours à amener quelque chose dans son personnage. Elle est incroyable !

J’aime également Adèle Papadopoulos. J’aime aussi la réalisatrice Jeanne Herry, son film Pupille est magnifique.

j’aime aussi beaucoup Pierre Niney, pensionnaire de la Comédie française. Lui aussi fait des choix de films interessants.


L’humoriste, lui, est fan d’ Alex Lutz. Il a une belle qualité d’écriture, il est subtil. J’aime aussi beaucoup Jérôme Commandeur.


N E

De même avez-vous une comédienne, un comédien préféré ?


V P

Clémentine Célarié qui est au Festival avec Mon cowboys, Chantal Ladesou, Zoé Zidi, extraordinaire dans Camille Claudel, Charlotte Matzneff.

Pour les comédiens, Mathieu Amalric et Robbie Williams dans Le cercle des poètes disparus, dans Hook ou la revanche du Capitaine Crochet…


N E

Quel est votre chanteuse, chanteur préféré  ?


V P

Dalida forcément, toujours ! Ben Mazué et Freddie Mercury.


N E

Avez-vous une ou des chansons cultes ?


V P

Mourir sur scène de Dalida

L’Hymne à l’amour en play-back dans mon nouveau spectacle  T’as la référence ?


N E

Quel genre de musique écoutez-vous ?


V P

Pas de référence particulière. J’écoute Mickael Jackson, Queen, les albums de Ben Mazué.


N E

Avez-vous un groupe de prédilection ?


V P

Queen.


N E

Quelle est votre couleur préféré ?


V P

Le jaune, j’aime beaucoup le jaune !



N E

Il me semble que vous avez une ou des muses, un pygmalion peut-être ? Si oui, quelles sont les raisons d’un tel choix ?


V P

Céline Frances, c’est mon inspiratrice. Alex Lutz, le comédien, le metteur en scène et l’acteur.


N E

Avez-vous un projet en cours d’élaboration ?


V P

Non, cette année a été bien remplie. Oui il y aura quand même un spectacle pour enfants à Noël. On me propose également de faire des voix Off pour des dessins animés, je vais étudier cette proposition. Je donne aussi des cours de théâtre à la Comédie de Besançon…


N E

Vous êtes plutôt comédie ou tragédie ?


V P

Hésitations. Comédie quand même ! Même si j’ai envie d’écrire un spectacle personnel qui ne soit pas drôle. J’ai envie d’aller vers quelque chose d’autre qui ne suscite pas les rires mais les applaudissements.


N E

Vivien Pianet, avez-vous quelque chose à rajouter pour les lecteurs ou pour votre public ?


V P

Oui, que vous m’avez reçu dans un bel endroit ! …Rires…

Rire de tout est important, savoir s’émouvoir des choses de la vie également !

Quand on va voir un spectacle, il faut vraiment se déconnecter pour vivre l’instant.


N E

Vivien Pianet, je vous remercie pour cet entretien. Nous vous souhaitons, après ce festival, un bel été, et une bonne reprise à la rentrée.



Nadine Eid









 
 
 

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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