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Poison

  • Photo du rédacteur: Nadine Eid
    Nadine Eid
  • 23 juil.
  • 4 min de lecture


La Luna

1 rue Séverine Avignon

Off 2026 du 4 au 25 juillet à 14h25

Durée 1h




Une pièce entre les mains présente …

On n’oublie rien, de rien on s’habitue, c’est tout.

         Jacques Brel



10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn




Poison de Lot Vekemans a connu un succès international. Adaptée en film, elle parcourt les continents.

Sur le plateau, au centre, un décor sommaire, un grand miroir sans tain laisse apercevoir l’arrivée des deux personnages au plateau.

Il s’agit de retrouvailles, le couple semble bien se connaître. On apprend que cinq années se sont immiscées entre eux comme une frontière. Ce qui se remarque d’abord c’est la gêne et surtout, le  trop plein d’émotion et d’affection qui s’apparente à de l’amour. Ils se retrouvent dans ce lieu improbable sans autre réelle marque d’intérêt que celle d’être près du cimetière. Ils ont été convoqués singulièrement par un personnage inconnu qu’ils attendent. Pour des raisons plutôt étranges de pollution liée à un poison, les corps des défunts doivent être exhumés.

Leur fils Jacob, git dans ce cimetière depuis cinq ans, fauché par un chauffard qui a cueilli sa vie et s’est enfui. C’est aussi depuis ce temps que le père a bouclé sa valise et a quitté la mère ; comme un oubli violent, une fuite nécessaire, il est parti pour tenter de vivre, ne plus seulement survivre. Tel a été le choix désespéré du père de Jacob.

Entre eux, de la fébrilité, de la joie pudique, celle de se revoir, des questions en suspens, des paroles, un fil rompu difficilement. Au vu des élans réfrénés, il est patent qu’elle n’a pas tourné la page et que le passé est trop présent en elle. Lui semble avoir cheminé depuis son départ. Le miroir a un rôle scénique et symbolique. Objet d’interrogations intimes, il met en demeure les personnages et les place en face de leur reflet qu’ils découvrent l’un et l’autre réciproquement.   

En attendant celui qui les as convoqués et qui n’arrivera pas, ils parlent d’eux et évoquent des souvenirs. Peu à peu, les personnages se dessinent, prennent corps dans l’ombre d’un deuil impossible pour la mère. Lui tente de formuler comment depuis, il essaie de vivre sans Jacob et  s’astreint à réparer sa vie cabossée. Elle lui fait partager la douleur inentamée, la souffrance incessante, l’obsession de l’absence, la colère. Tous deux rient, crient, se déchirent un peu, se rapprochent. Il y a de forts moments de douceur durant lesquels, l’homme et la femme ne sont plus  ce couple séparé mais parents. À d’autres moments, le couple se dessine quand il évoque à quel point il avait aimé sa fantaisie, ses loufoqueries et sa lumière. C’est cette femme là qui lui a tant manquée après l’accident de Jacob, son insouciance, sa gaieté, sa drôlerie. La femme solaire s’est éteinte et la douleur terrasse la mère au quotidien et au présent. Fuir ce naufrage était un sauvetage.


Progressivement, comme un fil, un lien ininterrompu se tisse entre eux. De connivences retrouvées, en souvenirs partagés, il va très subtilement l’aider en l’amenant à réaliser que sa colère est pernicieuse. Bloquée dans un processus d’automutilation, elle est ligotée au pilori du manque.

Elle doit elle-même ôter ses liens et se diriger vers l’acceptation. Ses va-et-vient au miroir sont autant de questions  émergentes qu’elle s’adresse et qui en quelque sorte, contiennent leur réponse.

Ses moments de surexcitation comme ceux où elle semble pétrifiée et terrassée par l’atonie sont

de très belles interprétations à saluer. Sophie Legrand et Philippe Maymat proposent toute une gamme de jeu sur le fil du rasoir. L’écueil du pathos n’est pas même à craindre car le sujet est ailleurs que dans le deuil non fait.

Il est dans le lieu d’une reconstruction, d’une renaissance pour vivre au lieu de survivre. Hugues Boucher par sa mise en scène efficace accompagne et guide cette évolution. Il y a du peu, du simple et du ténu, et la scénographie de Dominique Fataccioli concourt elle aussi à signifier par petites touches. Délicatement, elle suggère plus quelle ne donne à voir. L’évocation de la transformation est comme murmurée. Son émergence est soulignée avec discrétion par la lumière de Stéphane Baquet.

Quand elle repartira de ce lieu, l’essentiel aura été dit entre eux. Elle pourra emprunter un autre chemin et le petit temps d’arrêt dans la transparence de la glace sans tain, montre sa décision, son choix et sa direction.

Elle part alors qu’il lui demande de rester. Il est parti, il y a cinq ans et elle ne l’a pas retenu. Un nouveau départ, une résolution, vivre c’est aussi savoir accepter et se résigner vaincu mais encore en vie.


Le traitement du sujet est du sur mesure et l’écriture est au service de l’efficacité, dans la sobriété.

La résilience n’est pas hasardeuse, il se confie et la guide. L’exemple illustre à quel point s’égarer dans la douleur est une offense infligée à soi-même et aux autres. Choisir de vivre après est un choix courageux. La vie est un cadeau qu’on ne peur refuser quand d’autres aimeraient tant le posséder pour en jouir.



Nadine Eid


Une interprétation au service d’une écriture.

Sobriété et élégance.

Un rôle féminin qui donne envie de jouer.

Un rôle masculin qui donne aussi envie de jouer.

À voir bien sûr.



***

***

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*****


Poison

de Lot Vekemans

Interprétation Sophie Legrand et Philippe Maymat

Mise en scène Hugues Boucher

Scénographie Dominique Fataccioli

Lumières Stéphane Baquet

















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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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