Médée d'Arès
- Nadine Eid

- il y a 7 heures
- 3 min de lecture
Médée d’Arès
de Jérome de Leusse
Théâtre des 3 raisins
15 rue Thiers Avignon
du 4 au 25 juillet 2026 à 11h relâche les mardis 9 16 et 23
durée 1 h


Une pièce entre les mains présente …
Les prisons sont des tombeaux dans lesquels nous n’osons pas descendre de crainte de reconnaître que le mal-infligé provient, la plupart du temps pour ne pas dire toujours, d’un mal-reçu.
N. Eid
10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn … ou plus parfois mais peu importe !
Fille d’Æetès roi de Colchide, petite fille d’Hélios Dieu du soleil et nièce de Circé la magicienne, Médée a fui Corinthe. Répudiée et bannie par son volage époux - qui lui préfère pour agrandir son royaume la princesse Créuse, fille de Créon, roi de Corinthe - elle s’est vengée en sacrifiant ses deux enfants et en tuant sa rivale. Abhorrée par Corinthe, son forfait la contraint à retourner dans la cité d’Athéna pour requérir asile et protection. Elle est amenée à comparaître devant l’aréopage pour répondre de ses crimes.
Médée comme Antigone fascine et suscite des écritures et des interprétations très incarnées. Figures mythiques, elles dépassent le simple entendement et nous ramène à l’organique de l’écriture tragique.
Isabelle Krauss s’empare du personnage dans sa dimension d’absolu dépassement. Dès les premiers mots prononcés, Médée, avec elle, est cette femme vivante de morts, irréductible à son crime, profondément questionnée et questionnante. Totalement et puissamment, elle campe un personnage résolument moderne, révolté par la place réduite laissée aux femmes. L’impérialisme de son époux, la relègue à ses origines abandonnées desquelles elle ne peut donc espérer aucune clémence. Elle ne peut qu’être condamnée et mise au ban des siens qui ne le sont plus. Noeud gordien ? Pire, un dilemme au coeur de la tragédie. Médée c’est l’impasse absolue. La terre refusée.
L’identité mise en cause et récusée.
L’intérêt du texte de Jérome De Leusse, adapté par la comédienne, renvoie au mythe et à son origine.
La passion amoureuse a poussé Médée, à trahir son père et à tuer son frère Absyrtos. Atrocité de l’acte, il s’agit d’un double crime puisque, pour lui aussi comme pour Polynice, la sépulture est refusée : elle a jeté à la mer ses morceaux et obligé leur père à les récupérer. Ensuite, elle a suivi Jason, acculée par ses crimes commis pour lui afin qu’il s’empare de la Toison d’Or. Elle s’est, ainsi, par force, réduite à l’exil.
Médée questionne l’illégitimité des origines, l’injustice qui l’a condamnée à des savoirs, des pratiques, des comportements inculqués, appris, non choisis. L’hérédité, l’éducation, les rôles impartis sont les responsables. Aidés par le Fatum, ils lui ont légué sa vie et sa trajectoire.
Sa plaidoirie est celle de la plupart des condamnés d’office par une enfance sabotée. Oui, Médée est coupable d’avoir été trahie dès l’enfance par cet apprentissage qui a fait d’elle une magicienne -sorcière, habile à utiliser les élixirs, les philtres et avant tout, les poisons.
La mise en scène d’Isabelle Krauss est magistrale ; elle est dirigée par l’expressivité d’un espace qui se restreint et conduit ainsi le personnage à extirper de lui la mise en mots des actes commis comme celle de ceux subis. Hum, on est dans les fondements…
Le décor fait d’une toile tissée dans les tons intenses d’or, d’ocres et de cinname, présente des fentes desquelles Médée passe par morceaux, par bribes de corps. Comme déchiquetées, elle apparait par ces fentes en fragments de corps brisé, rompu par la faute et son poids. Une tête d’abord, des mains qui quémandent, supplient ; son corps sort difficilement aux forceps des replis d’une vulve qui la retient. Elle n’a pas le choix, dès l’origine, elle est nommée : Médée, la savante et la rusée.
La scénographie de Pomme Biache indique et précise une lecture très moderne. La création lumière de Günther Leschnik et la création son de Pierre-Marie Trilloux travaillent à créer un univers propre à la tragédie antique. Par moment, Orestie ( une comédie organique ?) de Romeo Castellucci s’invite, en réminiscences, par la force évocatrice de l’origine de la tragédie.
Soyez prévenu, Médée d’Arès par cette puissance évocatrice et par les pulsations cardiaques qu’elle génère requiert un temps de récupération avant d’affronter la fournaise de ce festival.
Avec Isabelle Krauss, le mythe se fait corps et voix en absolu.
Tellurique incarnation.
Une comédienne qui a tout compris de la tragédie des Tragiques et de leur lignée..
Une texte puissant.
À voir en priorité.
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Nadine Eid
Médée d’Arès
de Jérôme De Leusse
Adaptation Isabelle Krauss
Mise en scène et interprétation Isabelle Krauss
Scénographie Pomme Biache
Création lumière Günther Leschnik
Création son Pierre-Marie Trilloux
Cie du Théâtre des 3 raisins









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