Les Filles aux mains jaunes
- Marguerite Romeuf
- il y a 59 minutes
- 3 min de lecture
Théâtre du Verbe Fou Avignon
le 21 avril 2026 à 19h
Puis,ce spectacle sera présenté au Théâtre du Verbe Fou
durant le Festival d'Avignon 2026 à 10h45.

« Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir » (Samuel Beckett).
« Les filles aux mains jaunes », c'est fini. Et nous, le public, restons là. Le temps est suspendu.La puissance des mots, des personnages, nous ont traversés. Ce sont nos applaudissements qui nous font bondir à nouveau dans le réel.
Pour une première mise en scène en tant que professionnel, le jeune Alexander Liebe a mis la barre haute et prouve par cette création la profondeur de son talent !
Du talent, les quatre comédiennes en ont elles aussi, portant cette pièce de Michel Bellier au sommet de sa sensibilité et de sa puissance.
Malgré des droits acquis, les sujets abordés demeurent actuels : l'égalité entre les femmes et les hommes dans le travail, les revendications des travailleurs en général, l'impact de la guerre dans la vie des gens, la prise de conscience politique en tant que citoyens et citoyennes.
L'émancipation des femmes s'amorce avec la guerre de 1914-1918 où, sortant de leurs foyers, elles prennent la place des hommes dans les usines. L'effort de guerre, c'est à elles qu'il est demandé.
L'absurdité de la guerre, ô combien cela fait écho à notre présent !
Les conditions de travail, avec les premières revendications ouvrières, ces quatre femmes en sont porteuses.
Il y a Louise, la journaliste, féministe, qui finit par entraîner Rose, la mère de famille, dans sa quête des droits des femmes, et des travailleurs en général. Cet archétype de la femme émancipée, cultivée, politisée, est magnifiquement interprété par Nolwen Cosmao dans un jeu tout en finesse et sensibilité. Ce personnage a peut-être été inspiré par Marcelle Capy, âgée de 23 ans en 1914, journaliste qui fut envoyée dans les usines d'armements pour enquêter sur les conditions de travail des femmes...Seul l'auteur, Michel Bellier, pourrait nous le confirmer.
Quant à Rose, la mère de famille, propulsée de son foyer à l'usine, dénuée de toute conscience politique, la comédienne Alicia Rousseau campe à merveille son personnage. Son jeu traduit jusque dans l'utilisation de sa voix l'évolution de cette femme. D'abord projetée avec retenue, induisant la timidité et le manque d'assurance dans ce milieu du travail où Rose se trouve désorientée, la voix de la comédienne prend de la puissance au fil de la pièce, soulignant de façon subtile et subliminale la montée de la conscience politique et de la confiance en soi du personnage.
Parmi ces quatre archétypes féminins, Julie est celle qui croque la vie. « Moi, j'ai pas envie de voter, j'ai envie d'aimer », proclame-t-elle. La comédienne Lucile Roux-Baucher nous livre ce personnage avec justesse, illustrant parfaitement la soif de vivre de Julie.
Quant à Jeanne, l'ancienne, celle qui a connu la guerre de 1870, le rôle a été confié à la comédienne Love Bowman. « Le mal, tu le regardes pas, il existe pas ! » proclame-t-elle. Son personnage transpire la misogynie intégrée ! Mais l'auteur a su la faire évoluer vers une prise de conscience de la condition des femmes. Cette actrice, tantôt drôle, tantôt bouleversante, poignante même, porte avec brio son rôle.
Et qu'en est-il du plateau et du décor ?...Il est nu !
Hormis deux caissons et un petit tabouret, le plateau est vide.
Ce choix du metteur en scène Alexander Liebe nous propulse dans le « Théâtre Brut », expression proposée par Peter Brook, qui insiste sur ce qui fonde l'acte théâtral : la présence d'un acteur et d'un public. Ce « Théâtre immédiat » estime que l'espace vide est source de création, car il devient un espace à remplir physiquement et symboliquement. Et c'est ce qu'a réalisé avec beaucoup de subtilité Alexander Liebe dans cette création !
La bande-son habille la pièce de bruits sourds comme des coups de marteau sur de la ferraille.
Dans cet espace vide, les quatre comédiennes portent toute la puissance du texte de Michel Bellier, doté d'une véritable sensibilité féminine.
« Tant que nous serons le prolétaire du prolétaire.... » (parlant de la condition des femmes), cette réplique renvoie aux propos édifiants de la romancière et journaliste féministe Marie Cardinal (1929-2001) qui affirmait que le premier Patron pour les femmes était d'abord l'homme en pantalon, celui qui lui était familier, père, frère, mari, avant que d'être le Patron, son employeur.
Ce spectacle qui dure 1h30, ravive les mémoires, bouscule les préjugés, nourrit nos pensées.
Il sera présenté au Théâtre du Verbe Fou durant le Festival d'Avignon 2026 à 10h45.
Il est à voir absolument !
Marguerite Romeuf
Texte : Michel Bellier
Mise en scène : Alexander Liebe
Avec : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau, Lucile Roux-Baucher
Costumes : Rose Merle et Alicia Rousseau
Compagnie de théâtre : En SuspensAuteur : Michel Bellier
Contact : +33 652 70 69 08
E- Mail : compagnieensuspens@gmail.com








