Le temps des ogres
- Marguerite Romeuf

- 25 juil.
- 2 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
du 4 au 25 juillet
Théâtre Les 3 Raisins, 15 rue Thiers à 15 h (relâche les jeudis)

Une tragi-comédie grotesque sur la folie du pouvoir
En pénétrant dans la salle, on est frappé par la beauté de la scénographie !
Pourtant composée d'objets simples, où le bois brut domine, avec sa couleur dans les beiges clairs.
Deux longs établis en bois s'étalent en travers du plateau de Jardin à Cour. A chacun des bouts, un caisson, en bois lui aussi.
Et posées dessus, une kyrielle de figurines en bois, faites d'un petit tronc où se trouve plantée une boule symbolisant la tête. C'est le peuple.
Sans distinctions, sans visage. Ou plutôt doté de têtes anonymes.
Cette représentation renvoie aux peintures que l'on trouve en République Dominicaine, elles aussi sans traits du visage, qui évoquent l'esclavagisme.
Ce peuple informe, anonyme, telle est donc la vision qu'ont les gens au sommet du pouvoir.
C'est cette populace que les dirigeants exploitent et maltraitent, tout en lui assénant de beaux discours doucereux et faussement bienveillants. Faut-il y voir une ressemblance avec le monde politique ? Ou bien doit-on préciser que toute similitude avec des faits réels est purement fortuite ?
Les beaux discours, c'est le Mystificateur qui les prononce.
La maltraitance et l'exploitation, c'est le rôle du Commandeur.
Daniel Violette, qui a écrit le texte, conçu l'espace et mis en scène, brosse un portrait acide de la dictature, tout en symboles. Le monstre des contes de notre enfance, on le retrouve dans la réalité. Et c'est le dictateur ! (comment dirait-on au féminin?)
Sa mise en scène est rythmée par des chansons à cappella et des passages où il joue, sans les marionnettes, avec sa partenaire, Lila Chamblay.
Car il a réservé aux gens de pouvoir de vraies marionnettes ! Conçues comme des sortes de sacs, que les artistes retiennent par une poignée quasi invisible, avec un visage représenté par un masque blanchâtre. Une main glissée dans l'unique manche, Daniel Violette et Lila Chamblay impulsent un langage corporel à ces pantins. Les intentions des marionnettes sont traduites par le jeu des artistes dont on voit le visage. Cette conception aboutit à une jolie performance !
Les jeux du pouvoir sont visités...la rivalité...l'absence de moralité...l'absence d'empathie bien entendu...la fin qui justifie les moyens. Dans ce conte contemporain habité par les ogres d'aujourd'hui, tout est permis, même le pire ! Mais comme les marionnettes animent ce récit, on s'en amuse. Elles permettent une distanciation, sans pour autant lisser le propos, et sans évacuer l'ombre du danger : la dictature.
LE TEMPS DES OGRES, c'est à la fois de la poésie, du conte, et de la satire. De quoi séduire les plus jeunes comme les plus âgés !
Texte, mise en scène, scénographie et marionnettes : Daniel Violette
Avec : Lila Chamblay et Daniel Violette
Mélodies des chansons à cappella : Dominique Cardon
Marguerite Romeuf









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