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Le Cordon

  • Photo du rédacteur: Nadine Eid
    Nadine Eid
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

L’Artéphile

7 rue Bourg Neuf Avignon

Festival Off 2026 du 4 au 25 juillet à 17h30

Relâche les dimanches 5 12 et 19 juillet

Durée 1h15






    Une pièce entre les mains présente …


Tout ce qui n’est pas dit est répété.

Bruno Clavier



10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn


Claire est une jeune femme immergée dans un manque, une béance, celle du père ; pas le sien, elle n’en a pas eu. Sa Venue au monde elle l’a doit à l’aide d’une PMA et bien sûre à sa mère. Créatrice de mode de renom elle l’a élevée seule.

Au plateau, la comédienne, Stéphanie Magnus qui a écrit la pièce et l’a mise en scène, a judicieusement invité à ses côtés Laurent Fellot, artiste aux talents pluriels et bigarrés.

D’emblée il  nous intrigue. Devant son clavier, il pèle des carottes, au-dessus d’une passoire.

Au centre de la scène, Claire, nous confie ses pensées et surtout ses questionnements. Les questions l’habillent et la dessinent comme une jeune femme à la fragilité d’enfant. Elle a besoin de remparts, de croquer des carottes pour la rassurance et l’évitement.


À jardin, un paperboard,  une machine à coudre, des bobines de fils colorés alignées, qu’elle finira par  déplacer comme le lien ombilical qui la lie et la définit « fille de sa mère ».  Sa mort interroge le poids de cette absence qui devient, pour Claire, une présence trop lourde à assumer. Elle sait analyser. Elle comprend la nécessité absolue de son regard qui a fait de sa mère, Elle, le grand tout de sa vie, l’absente au coeur de son monde et la clef-perdue de son univers de questions. Elle a magnifié sa présence, a idéalisé cette belle femme parée de toutes les qualités, force et courage, intelligence et talent, amour exclusif et protection, elle en connait les limites : l’isolement dans un couple mère-fille, une fragilité renforcée par la peur de l’abandon, celle de la perte, un manque de confiance en elle qui demeure dans l’enfance par le lien d’amour et surtout une carence d’autonomie affective.

Elle possède en ses mains presque toutes les cartes, il manque un début, des débuts, ceux d’autres vies.

Symboliquement, elle raconte sa relation d’un soir avec le serrurier appelé pour ouvrir la porte de son appartement, sa maison symbolique, son corps. La liaison sexuelle renvoie aux fondements de cette maison. Très attirée par sa voix entendue au téléphone, l’injonction du père inconnu, elle nous livre ses fantasmes et le fiasco de cette relation fugace d’un soir, sans lendemain. Le fantasme et l’absence du désir.

Un empêchement, il y a un dysfonctionnement en elle qu’elle ressent, mais il lui manque quelques maillons pour le nommer.

Tout tourne autour de la clef, du verrouillage. Le coffret de sa mère est fermée. Elle doit encore une fois faire appel au serrurier. La Boîte de Pandore forcée, les terribles secrets celés apparaissent.

Cri, cri-blessure, l’innommable à dire, rompre le fil, le cordon-lien des générations, au delà des mots la pensée-cri, cri-souffrance. Crier c’est dire organiquement.

Durant toute la prospection de Claire, la si bien nommée du prénom de la transparence qui permet de voir, Laurent Fellot, assiste à la mise en mots de Claire. Ses compositions musicales sont des invitations plus ou moins appuyées, dirigées pour cette quête aux forceps.

La mère de Claire en détenait les secrets transmis par la sienne. Concaténation folle, les secrets de famille comme les dénis sont le terreau de pathologies transmises dans le silence des traumatismes.

Les répétitions inconscientes sont mortifères et aliènent qui les subit et les transmet.

La patate chaude du transgénérationnel est remarquablement détaillée par le récit de Claire.


L’accompagnement magnifique réalisé par les partitions musicales et vocales, exprime, mieux que tous les mots tus ou dits, la souffrance de la victime de ces traumas transmis et amplifiés par les répétitions de générations en générations.

La création musicale de Laurent Fellot contient tous les mystères, toutes les hontes bues, toutes les culpabilités présentes et à venir. Elle a le rôle du prisme qui  va dévier et décomposer la lumière et mettre à nu le secret.

Un bémol cependant, au niveau du rythme, la linéarité du récit pourrait être rompue -sans nous perdre cependant- par un alternat de scènes courtes et de récits. Des souvenirs mis en scène, des réminiscences  tels des flashbacks seraient, peut-être, bienvenus.

Stéphanie Manus propose une pièce bien écrite, sa mise en scène est très adaptée, son interprétation remarquable. Quant à son choix d’accompagnement, l’artiste Laurent Fellot, il est juste génial !



Nadine Eid


À voir et à revoir.

Deux artistes à suivre.

Stupéfiante partie musicale.


***

***

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*****



Le Cordon

de Stéphanie Manus

Mise en scène  Stéphanie Manus

Interprétation  Stéphanie Manus et Laurent Fellot

Musique Laurent Fellot

Collaboratrice artistique Juliette Jouniaux

Collaboration artistique Grégory Benchenafi

Diffusion Maëlle Charpin

Administration Emilie Delpy

Collectif Mistifs

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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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