L'affaire Petiot
- Fanny Inesta

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre Actuel
80 Rue Guillaume Puy
du 3 au 25 Juillet à 15h40 ou 17h40

On aurait pu s'attendre à voir Marcel Petiot occuper tout l'espace. Il n'en est rien. Philippe Touzet l’auteur, préfère suivre ceux qui tentent de lui donner un visage. Le choix est judicieux. En plaçant le commissaire Massu au premier plan, la pièce épouse le rythme de l'enquête et fait de chaque découverte une étape supplémentaire vers l'horreur. Le célèbre médecin criminel demeure longtemps une ombre, une silhouette qui traverse le récit lui voler son centre de gravité.
L'écriture restitue avec une remarquable limpidité une affaire pourtant foisonnante. Les ramifications de l'enquête, les faux-semblants de l'Occupation, les disparitions successives : tout s'agence sans jamais perdre le public. Les échanges entre le commissaire Massu et le jeune inspecteur Borona donnent au spectacle sa couleur. Derrière leurs joutes parfois grinçantes se dessine une relation faite de confiance, de transmission et d'admiration discrète. On pense aux grands dialogues des polars français d'après-guerre, où les mots comptent autant que les silences.
La mise en scène de Charlotte Matzneff installe cette atmosphère avec une vraie maîtrise. La scénographie, inspirée de l'esthétique des films noirs, fait glisser les scènes les unes vers les autres sans rupture. Les jeux de lumière sculptent un Paris crépusculaire où le danger semble tapi dans chaque recoin, tandis que la musique en direct agit comme une respiration anxiogène. Quelques accords de guitare électrique suffisent à faire monter la tension et à envelopper l'enquête d'une froide étrangeté.
La distribution forme un ensemble homogène, chacun trouvant immédiatement la juste couleur de son personnage. Romain Lagarde impressionne par l'évidence avec laquelle il habite le commissaire Massu. Son phrasé, sa gestuelle, cette manière de le faire exister sans jamais forcer le trait rappellent les grandes figures du cinéma policier français. Face à lui, Balthazar Gouzou compose un Borona aussi vif qu'attachant, jeune inspecteur intuitif dont l'enthousiasme se heurte peu à peu à la brutalité de l'affaire. Leur duo fonctionne à merveille et porte le spectacle de bout en bout.
Impossible également de ne pas saluer Bruno Gare. Irrésistible en brigadier Teyssier, il apporte des respirations comiques parfaitement dosées grâce à son personnage aussi zélé que maladroit, dont les bévues déclenchent des éclats de rire bienvenus sans rompre la tension dramatique. C'est aussi lui qui, guitare en main, façonne en direct la bande-son du spectacle. Son jeu, aux sonorités rugueuses et saturées, installe une menace diffuse qui accompagne l'enquête comme une ombre persistante.
Karine Lyachenko, Jérôme Cachon et Pierre Benoist complètent avec talent cette troupe soudée, passant d'un personnage à l'autre avec une belle précision et contribuant à donner toute sa densité à ce Paris de l'Occupation.
Sans jamais céder aux facilités du fait divers ni transformer Petiot en monstre de foire, L'Affaire Petiot réussit à faire du théâtre un véritable terrain d'enquête. Une plongée dans l'une des pages les plus sombres de l'Occupation, portée par une mise en scène précise et une distribution de premier ordre.
Une pièce à découvrir absolument, un grand moment de théâtre noir!
Pensez à vite réserver!
Fanny Inesta
Charlotte Matzneff - Mise en scène
Pierre Benoist - Interprétation
Jérome Cachon - Interprétation
Bruno Gare - Interprétation
Balthazar Gouzou - Interprétation
Romain Lagarde - Interprétation
Karine Lyachenko - Interprétation
Caroline de Touchet - Collaboration artistique
Jeanne Manoulia - Collaboration artistique
Antoine Milian - Scénographie
Corinne Rossi - Costumes
Moïse Hill - Lumière
Mehdi Bourayou - Création son













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