Fables en vrac
- Marguerite Romeuf

- 28 avr.
- 3 min de lecture
L astrobale à Sorgues
Samedi 25 avril 2026 à 20h30
Dimanche 26 avril à 17h

Fables en vrac ou Quand La Fontaine nous traque
En ce dimanche 26 avril, c'est à l'Astrolabe à Sorgues que se jouaient ces Fables en vrac, avec Olindo Cavadini et Yves Sauton, spectacle pensé et mis en scène par Yves Sauton.
Cette proposition dramatique, relevant de la farce, avec bouffonneries et situations absurdes, avait pour objet de convoquer Monsieur de La Fontaine, propulsé depuis son XVIIème siècle jusqu'à notre actualité. Quelle audace ! Et quelle joyeuse idée !
Dans l'objectif de créer un spectacle autour des œuvres de La Fontaine, le comédien Yves Sauton convoque sur le plateau Jean de La Fontaine en personne. Nous voilà dans l'Absurde.
Et c'est à ce moment que surgit des rideaux du fond, Olindo Cavadini coiffé d'une magnifique et majestueuse perruque digne de Louis XIV, vêtu d'une chemise aux manches volantées et d'un pantalon court resserré aux genoux. Tout de blanc vêtu, tel un spectre.
Le décalage visuel entre les deux personnages provoque d'ores et déjà les rires dans le public.
Un public venu nombreux, souvent en famille, accompagné de jeunes enfants, qui se manifestent très réceptifs et réactifs au comique de situations.
Monsieur de La Fontaine est censé venir en aide au comédien-metteur en scène, en l'occurrence Yves Sauton, pour élaborer son spectacle.
De là, les deux personnages choisissent tour à tour des fables et les interprètent.
La première est Les animaux malades de la peste, avec son célèbre adage : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Faut-il se poser la question de la validité de cette maxime de nos jours ?
Les situations s'enchaînent, cocasses, décalées du fait des époques à distance. Les jeux de mots fusent. Et les fables sont adaptées tantôt en slam, tantôt en reggae, tantôt en verlan, tantôt sur la mélodie de « L'aigle noir » de Barbara, tantôt imitant la voix de Louis Armstrong.
Les rires éclatent dans la salle au rythme des bouffonneries !
On assiste là à un habile jeu du théâtre dans le théâtre, combiné à la satire dans la satire, les fables de La Fontaine étant elles-mêmes satiriques.
Quant à l'intention de monter une pièce de théâtre pendant une pièce de théâtre, comme ce fut le choix d'Yves Sauton, nous voilà effectivement plongés dans la métathéâtralité, genre qui s'auto-examine et s'auto-questionne.
Ce spectacle est construit dans un enchevêtrement de fables, comme des tourniquets, notion évoquée par Jean-Paul Sartre dans sa colossale préface de 600 pages sur la pièce de Jean Genet « Les Bonnes ». Dans chaque situation s'insinue une autre situation, comme une poupée russe dont sortiraient d'autres poupées. Et c'est ce qui constitue la teneur et la profondeur de ce spectacle intelligent aux allures de farce.
Sartre dit un jour à Françoise Sagan : « Les gens intelligents ne peuvent pas être méchants, car le mal requiert de la bêtise et une pensée limitée. »
Gageons que Monsieur de La Fontaine eut l'intelligence de se moquer gentiment de ses contemporains.
Quant à nos deux artistes, Olindo Cavadini et Yves Sauton, ils ont dans ce spectacle le talent de mettre au goût du jour ces fables et de les faire revivre dans le rire et la bonne humeur !
Marguerite Romeuf
Cie L'ECHO DU SOLEIL
de et avec Yves Sauton et Olindo Cavadini









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