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  • Photo du rédacteurNadine Eid

Elle avale les levers du soleil

Dernière mise à jour : 22 avr.

Au Figuier Pourpre

6 rue Figuière Avignon

Sortie de résidence le 19 avril 2024

Le 7 juillet 2024 à 10h dans le cadre des Matinales du Figuier Pourpre

Festival OFF




crédit photos: N. Eid

Elle avale les levers du soleil

de Christine Durif Bruckert


interprétation Isabelle Bonnadier

mise en scène et interprétation Stéphanie Lemonnier

au Figuier Pourpre 6 rue Figuière Avignon

sortie de résidence le 19 avril 2024

le 7 juillet à 10h Festival OFF



La presque trivialité du titre n’y peut rien, il place d’emblée la pièce dans l’espace de la poésie. Le lever de soleil, la promesse de l’aube, c’est la vie promise, prolongée malgré tout. Qu’il s’agisse d’un champ de batailles, d’un lit en réanimation, d’une lutte contre une addiction, le jour naissant est un espoir et en quelque sorte une victoire sur notre finitude.

Christine Durif Bruckert est anthropologue et auteur de poésie.

Elle avale les levers du soleil est l’écriture d’un monologue intérieur, celui d’une anorexique qui questionne, se questionne.


Au terme de nombreux travaux, de plusieurs années de recherches sur l’aliment, l’ingestion, les troubles alimentaires…. et l’écoute de témoignages d’anorexiques, la poésie va lui permettre de s’approcher de cet étrange mystère, de ce surprenant état, celui de  l’anorexie mentale. Singulière maladie qui est, dans ses phases les plus abouties, une auto-emprise parfois fatale du corps qui s’achemine vers son effacement.

Stéphanie Lemonnier a proposé une sobre et très efficace mise en scène. Au centre du plateau, Isabelle Bonnadier statufiée  enroulée, protégée du froid, dans une immense couverture grège nous regarde, mais nous voit-elle ? Côté  jardin une rangée de poupées Barbie en cheveux, assises nues jambes en l’air, côté cour d’autres poupées en fil de fer ; juste, un peu de tête et un peu de corps subsistent, rien que du très très peu, du très ténu. Entre les deux, l’anorexique. Elle a toujours froid avec ses os saillants qui tendent sa peau fine. Les chairs assurent le maintien des 37 degrés, lorsqu’elles disparaissent, les os ne prennent pas le relais, il convient alors de s’emmitoufler.

Côté cour, en retrait jouxtant les spectateurs, Stéphanie Lemonnier impose le combat à livrer, pour réussir à maigrir plus, à se gommer. Voix intérieure de l’anorexique, elle illustre par sa force à quel point, l’anorexique possède une volonté forcenée qui la fait, à juste titre, se sentir toute puissante. Elle distille ses injonctions avec de plus en plus d’urgence et de force décuplée. Elle lui intime de lutter en permanence contre la faim pour ainsi parvenir à gagner paradoxalement en perdant. Mais que doit perdre l’anorexique pour vaincre ? Et que doit-elle vaincre ? Elle doit perdre d’abord des kilogrammes puis des grammes, elle doit éliminer tout le gras dégoûtant de son corps, toutes ses rondeurs féminines appréciées par les hommes tolérées par les femmes Barbie. Elles subissent le diktat sociétal, un peu de seins, un peu de fesses pour remplir correctement le drastique maillot de bains dessiné pour convenir à des fillettes de 8 ans tout au plus. Entre les Barbies et les fils de fer, c’est une lutte de tous les instants et de tous les courages. Leur défi  concilie tous les paradoxes internes pour progresser vers l’objectif fil de fer.


Dans ce monologue/dialogue intérieur, il y a l’écriture de Christine Durif Bruckert, la poésie certes mais aussi les voix de tous les témoignages qu’elle a écoutées, incorporées, digérées pour mieux les comprendre. Par la magie de leurs mots et la faiblesse de leur voix, les anorexiques paraissent immenses dans leur fragilité et leur farouche volonté. Elles semblent tragiquement libres du choix suprême de disparaître et pitoyablement assujetties au dilemme  d’obéir à des pulsions injonctives venues d’ailleurs.


Nous suivrons attentivement le travail de cette compagnie sous l’égide d’une écriture en corrélation avec la poésie. Augurons que le festival OFF 2025 aura à l’affiche ce titre  - qui donne faim de poésie - Elle avale les levers du soleil. 


 Nadine Eid


Interprétation : Isabelle Bonnadier

Mise en scène : Stéphanie Lemonnier, Cie Lr

Co-production : Parole Vertical

Chargée de production : Elisa Desbrosses




















































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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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