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  • Photo du rédacteurNadine Eid

DULCE ESPINA

Dans le cadre du 23 ème festival Andalou

19 Mars 2024 20h au Théâtre Golovine Avignon

Crédit Photo: N. Eid




Un flamenco aux influences multiples, une musique  aux accents pluriels, une osmose danse/chant.

Un langage singulier, le flamenco dans son univers.

Un spectacle d’une intensité inouïe.





Le public pénètre dans la salle  dans un quasi in médias res .

A gauche le guitariste Tino van der Sman et le percussionniste David Chupete. Au centre, sur le sol, une corolle de tissu rouge comme un oeillet flamboyant ou une robe de flamenco abandonnée appelle notre regard. A droite du plateau, un rectangle  qui semble du sable mouillé ou de la terre noire comme les vêtements des deux musiciens.


Le public s’installe et déjà il se questionne. Dans le bruit des pas, des paroles échangées, il est capté par ce corps presque statufié mais singulièrement mouvant en longue robe rouge qui tourne inlassablement sur le périmètre de la scène. Cette femme sculpturale est dessinée par une longue et simple robe du même  rouge que la robe fleur centrale. Son pas est régulier, il scande sans coup férir une intériorité non dissimulée. Son regard ne frôle rien, il n’est pas absent, il est au delà de… Son visage imperturbable invite au respect et signifie un ailleurs où nous ne sommes pas encore mais que nous allons probablement découvrir.

L’attente est une invitation au désir et les dix courtes minutes de retard  n’ont fait que l’amplifier. Le corps rouge tourne et son pas marque une infime pause devant le percussionniste, telle l’aiguille de l’horloge qui passe l’heure indiquée sur le cadran du temps et qui hésite à le faire.

A n’en pas douter, son intention déterminée est signifiante et le public presqu’installé ne peut pas l’ignorer tout attentif qu’il est à remarquer la salle comble et à identifier quelques spectateurs amis ou proches ou reconnaître  au fond de  la salle Luis de la Carrasca- qui présentera à l’Auditorium du Thor samedi 23 mars son nouveau spectacle.

Au creux  de cette attente, dans ce périmètre arpenté avec une régularité drastique, un son ou plutôt une seule note rejouée qui règle, donne tel un diapason le rythme à son pas qui s’arrête soudain.


Tout commence alors par l’enveloppement de la musique qui n’aura de cesse que d’épouser étroitement le moindre des mouvements.

De la corolle rouge vif, point un pied, une main, qui va et vient, s’offre et se retire, invite et repousse. D’emblée  le ton est livré, il va falloir se laisser emporter par une grâce percutante et une sensualité à couper le souffle.

Il s’agit d’accepter de rencontrer un univers que nous ne savons pas .

La musique nous aide qui souligne les plus minuscules mouvements des doigts, les frémissements d’épaule, un ondoiement de hanche à peine esquissé. Sa danse est au-delà du charme hypnotique qu’elle exerce sur un public fasciné. Cristina Hall, en toute conscience et en parfaite et scrupuleuse maîtrise, peint, avec son corps, des mouvements qui habiteront longtemps nos mémoires. Ses taconeos soulignés par les frappes des percussions rencontrent les sons, les devancent, les guident. Sa danse modulent les intentions par des variations bouleversantes d’intensité et la voix de Sara Holgado fait corps avec elle. Bien sûr il y a les paroles et elles sont comme des exhortations à.., des affirmations de sentiments puissants, et au- delà de l’amour, du manque  elles évoquent la souffrance. Mais, plus que tout, il y a ce chant. La voix de Sara Holgado expanse, elle met à nu cette intériorité .

C’est comme si elle nous offrait dans son chant le signifié des pas, des mouvements et que sans retenue aucune, il lui faut révéler et peut-être faire naître.

L’une et l’autre avec eux, la danseuse dans l’écrin du chant et les propos de la musique, la chanteuse en corrélation  totale avec le corps en mouvement au service de…, le guitariste guidé et scrupuleusement attentif, le percussionniste méticuleusement en harmonie également guidé, les quatre donc, nous ont littéralement ravis et nous ont fait toucher certes l’âme du flamenco mais encore, le charme puissant  de la culture gitane.

La chorégraphie en alternant les moments d’intensité quasi insoutenable, joue avec nos nerfs et le public haletant est rivé à des sensations telles que le visuel ne peut plus se distinguer de la musique en elle-même devenue matière en mouvement. Les talons frappent, commandent, s’imposent comme des évidences incontournables aux sons mats et concrets.

Tout part de là semble-t-il mais aussi et surtout d’ailleurs, là où le public est emmené, vers ce morceau de terre où l’une et l’autre alternativement, trouve refuge en s’y couchant. La terre originelle, berceau des cultures et terreau des civilisations les accueille.

L’une des deux robes rouges comme les deux lobes séparés d’un même coeur, se dépouille dans ce lieu et Cristina Hall en justaucorps noir endosse une simple robe blanche. A genou élevant au ciel des mains emplies de terre noire, elle est à la fois une Antigone et une orante accompagnée dans sa souffrance par la voix et le chant tellurique de Sara Holgado.


Dulce Espina, n’est pas sans risque ; ce spectacle  oxymoronique dans son titre se clôt sur une réunion en complémentarité  gémellaire des deux corps lovés sur la terre-mère. C’est de l’ordre de l’organique, et le coeur frappé par les mains, aux battements imités par les musiciens est omniprésent. Il bat aussi sous les talons de Cristina Hall et là c’est sublime, tout comme ce corps qui parfois se disloque, se désarticule pour mieux ensuite se retrouver en un autre fonctionnement, une autre intention mais toujours en rythme ou arythmie cardiaque.   

Avant cela elle est  aussi celle qui domine, qui mène et en costume noir à la coupe tauromachique, elle offre un moment de pur graphisme où le yin et le yang du chapeau, la veste asymétrique à la fois courte et longue, le pantalon affirmant les cambrures réunissent les contraires, concilient les absolus.


Alors oui, bien évidemment l’Epine peut être douce et la souffrance exquise. Lorsque l’âme se perçoit dans les frémissements du corps, de la voix et des sons, on touche au Sacré.


Nadine Eid


de et par Sarah Holgado et Cristina Hall

avec Christina Hall (danse), Sara Holgado (chant),Tino van der Sman  (guitare), David Chupette (percussions).


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Nous sommes Fanny Inesta et Jean-Michel Gautier, chroniqueurs indépendants et surtout passionnés de théâtre, d’expositions, et de culture en général. A ce jour, nous créons notre propre site, avec nos coups de coeur et parfois nos coups de griffes… que nous partageons avec vous.

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