aA Vau L'Eau
- Marguerite Romeuf

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
2026 FESTIVAL OFF AVIGNON
Théâtre le 11
11 boulevard Raspail du 4 au 23 juillet à 15h45

Au gré du hasard, à l'abandon, à la dérive, voilà les définitions trouvées pour cette expression « à vau l'eau ». Quoi de plus juste pour évoquer ce que vivent les personnes déracinées de chez elles, quittant à regret leur coin de terre, leur pays et ses coutumes, abandonnant ce qui fait leur vie, que cette expression « à vau l'eau » ?
Ces êtres humains s'en remettent au hasard, sont bien contraints de se laisser aller à une dérive sur laquelle ils ne contrôlent plus grand chose.
Par son témoignage, l'autrice syrienne Wejdan Nassif, tout en racontant sa propre histoire, livre les récits de ses voisins qui sont des réfugiés palestiniens, des soudanais, des ivoiriens...
Elle est incarnée par l'actrice dans ce seul en scène.
Les voix off, avec leur accent étranger, avec des tournures syntaxiques parfois incorrectes, apportent le poids du vécu à ce théâtre d'objets. Car c'est un genre théâtral particulier qui se fait le vecteur de leurs histoires.
Au fur et à mesure de l'avancée de la pièce, la comédienne qui se trouve sur le plateau, y dépose des objets servant de support aux récits. Des figurines, des arbres, des maisons. Elle dessine les rues, les espaces.
Ce théâtre pourrait bien faire penser à l'un des exercices proposés dans la méthode Gestalt en psychothérapie contemporaine.
Par le biais de ces supports visuels, même s'ils sont d'assez petite taille pour un plateau, on crée une forme de distanciation qui écarte toute tentation de dérive dans le pathos, autant pour la comédienne que pour le public. Les deux étant tenus à distance émotionnelle, les récits de ces réfugiés se font entendre avec une plus puissante résonance.
Tout y est dit. L'argent. Les passeurs. Le voyage. La fatigue. L'incertitude. La peur. Le désarroi. La résilience. La vie qui se reconstruit. Le lien social qui se recrée, ailleurs, autrement, avec d'autres humains. La double identité qui s'installe.
L'immigration est devenue une préoccupation essentielle, avec l'environnement, de nos sociétés. Les deux sont liés. Les variations climatiques, on le sait, vont provoquer des mouvements de populations. Les guerres sont déjà des causes d'exodes. La pauvreté l'a toujours été.
Cette pièce A VAU L'EAU nous renvoie en miroir des êtres humains, comme nous, fait de chair et de sang, d'émotions et d'amour. Une humanité nous relie les uns aux autres. C'est cela que cette pièce a le mérite de mettre en lumière.
Le public est venu chercher cette humanité, car la salle est comble, et l'ovation qui éclate aux saluts en est la preuve. La pièce a fait mouche. Tout le monde a compris, s'est senti à la place de chacun des migrants, a pris conscience de la difficulté à vivre une telle bascule dans une vie, un tel déracinement.
La comédienne, dans un jeu juste, précis, avec un subtil mélange de détachement et d'émotion, apporte la dimension nécessaire à ce sujet.
Cette pièce a été conçue de sorte à pouvoir se jouer aussi bien dans des théâtres que dans des espaces scolaires. Car sa portée pédagogique est précieuse !
On peut encore voir A VAU L'EAU jusqu'au 23 inclus au Théâtre Le 11 au 11 boulevard Raspail à 15h45
Texte : Wejdan Nassif , traduit par : Nathalie Bontemps
Mise en scène : Bertrand Sinapi
Avec : Amandine Truffy ou Christine Koetzel en alternance
Les voix off : Ablema, Anwar, Elisabeth, Irfan, Jamal, Rafiq, Sahid, Wacila, Wejdan, les enfants de l'école des 4 bornes à Metz
Dramaturgie : Amandine Truffy et Emmanuel Breton
Musique et son : Lionel Marchetti
Création Lumière : Brice Durand et Jean-François Metten
Scénographie et accessoires ; Goury
Assistanat mise en scène : Clarisse Haton
Régie : Matthieu Pellerin, Loïc Le Goff ou Alexandre Ogg
Production : Inès Kaffel avec Mathilde Ferry et Joséphine Toutain
Marguerite Romeuf









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