La chute de la Maison Usher
- Nadine Eid

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Théâtre du Tremplin
8 Ter rue Cornue Avignon
Festival Off 2026 du 4 au 25 juillet 2025 à 19h
Relâche les lundis 6, 15 et 20
Durée 1h10


Une pièce entre les mains présente …
10 doigts pour saisir l’essentiel en moins de 10mn
Fasciné par le cinéma et la littérature d’horreur et de fantastique, Baptiste Deschamps crée L’Orée noire. Cette compagnie s’attache à explorer, dans les oeuvres obscures, les mécanismes et les rouages psychologiques de la peur. Les univers de la folie, de l’horreur, du macabre et de la perversion sont questionnés comme autant de territoires qui repoussent les frontières de nos quotidiens bien réglés. Lorsque la peur nous fait frissonner, les fragiles équilibres de nos existences ne nous protègent plus et notre monde vole en éclat. Des émotions incontrôlables nous submergent. C’est dans ce terreau là que l’Orée noire puise son inspiration.
Au théâtre, l’horreur, le fantastique et le polar sont rarement mis en scène. Les ressorts de ces genres requièrent des moyens plus importants. S’y risquer, c’est oser s’aventurer et explorer.
William Huxley, bloqué par une tempête, se réfugie dans la demeure la plus proche, la tragique et célèbre Maison Usher. Il n’a pas retenu les recommandations des villageois qui lui ont déconseillé ces lieux. Un couple gémellaire Roderick et Madeline Usher l’accueille singulièrement. Tous deux présentent manifestement des troubles du comportement et de l’humeur, voire pire selon leurs propres dires. L’ambiance est à la déglingue et leur état mental est en adéquation avec l’état de délabrement de leur demeure vouée à s’effondrer à chacune des tempêtes (lire, leurs crises respectives). Nous apprendrons plus tard que le souhait de Roderick était que, la puissance d’une rafale, l’anéantisse et fasse d’elle leur tombeau, scellant ainsi une union incestueuse post mortem.
Dans un décor sombre, dense et lourd aux meubles encaustiqués de poussière surannée, deux âmes errantes dans des corps malades, deux jumeaux vivent reclus, l’un détenant l’une et l’une détenant l’autre dans des rets d’amours incestueuses. Le but de Roderick est clairement formulé, il ne faut pas de lignée à cette famille condamnable marquée par de très lourdes pathologies. Rien de tragique si ce n’est cette descendance criminelle aux meurtres juste nommés. Les pires, notre imagination galope et, à écouter Jordane Hesse dans le rôle de Roderick, elle peut aller au-delà du pire…
La création son est omniprésente, porte qui grince, échos inquiétants, claquement des huisseries au vent, tout concourt à camper une atmosphère dans laquelle l’angoisse ira crescendo. Les tissus des costumes dans la lumière feutrée, prennent un poids étrange comme si l’humidité oppressante de la tempête épaississait le velours de la robe de Madeline ou la toile de la redingote de Roderick.
Les forces occultes n’ont pas lésiné sur les moyens. L’arbre chu devant le véhicule de William Huxley le piège sans qu’il soit besoin d’un appât. Les recommandations de prudence ont été vaines ; ça sent le traquenard désiré dans lequel son inconscience le précipite. Les mâchoires du piège se referment sur une imprudence un peu bizarre qui questionne. Louis Astier dans le personnage de William défend un rôle plus nuancé, moins impacté par la folie des Usher et partant, il ne peut pénétrer dans celle-ci sauf à vouloir l’esquiver, en niant celle de Madeline. Sa lecture du personnage faussement victime en fera une, deux puis…
Le rôle du sauveur et du libérateur qui envisage le rapt ne lui est accordé qu’en rôle symbolique, il est bien trop falot et bavard pour se sauver lui-même et Madeline fait les frais de son imprudence qui ne le quitte jamais.
C’est le personnage déclencheur et l’élément perturbateur mais en aucun cas l’adjuvant.
Il y a un rythme soutenu, une indéniable montée en puissance du suspens, une adaptation de Poe intéressante à saluer ; néanmoins, le long monologue en alexandrins de Dorothée Malfoy-Noël brise la fluidité des tableaux et nous perd un peu juste avant la fin. Dommage car l’interprétation initiale de tous précisait des rôles bien distribués en lien avec une lecture authentique du noeud gémellaire frère-soeur clairement identifié comme incestueux par le baiser sans équivoque.
Aucuns n’ont démérité, mais Jordane Hesse nous a débusqué un Roderick formidablement fracassé et a su l’interpréter avec une puissance schizophrènique juste époustouflante !
Nadine Eid
Une mention spéciale pour les sons et le choix musical.
Un travail minutieux à saluer vraiment et un régisseur sur la sellette.
Une maison-personnage aux inquiétudes dessinées. Elle chutera ! Ouf !
Edgar Allan Poe, en penserait …
C’est, oui bien sûr, même si la fin pourrait être revue… BRAVO !
La chute de la Maison Usher
Libre adaptation de la nouvelle du même nom d’Edgar Allan Poe de Baptiste Deschamps
Mise en scène Baptiste Deschamps
Interprétation Louis Astier, Jordane Hess et Dorothée Malfoy-Noël
Création sonore Laurine Mével
Scénographie et création lumière Alexandre Levasseur
Régisseur Alexandre Levasseur
Cie l’Orée Noire
Production Diao diffusion
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Auteur
Mise en scène
Interprétation
Création son
Création lumière
Décor
Contact presse









Un super bon moment,un peu angoissant passé avec des acteurs très pros,une mise en scène de haut niveau et une ambiance son parfaite BRAVO..cette troupe,encore trop méconnue,a un très bel avenir devant elle !!