Rencontre avec Gisèle Pelicot
- Nadine Eid

- 5 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 juin

Rencontre avec Gisèle Pelicot
La FabricA
11 rue Paul Achard
Festival d’Avignon
lundi 1 juin 2026 à 19h30
Entrée libre et gratuite sur réservation.
Tout pouvoir est un pouvoir de vie ou de mort.
Michel Foucault
Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde, ne pas les nommer, c’est nier notre humanité.
Camus
Gisèle Pelicot revient à Avignon pour la première fois depuis la fin du procès. L’île de Ré est son refuge actuel. Elle y reconstruit sa vie auprès de son compagnon. Elle semble calme et tranquille, comme apaisée. L’auteur et journaliste Judith Perrignon est à ses côtés pour, ensemble, présenter le livre Et la joie de vivre paru chez Flammarion. Le café-librairie Youpi ! et le Festival d’Avignon ont organisé la rencontre avec Gisèle Pelicot à La FabricA.
À l’extérieur, La chorale Le chant des déferlantes a accueilli son arrivée et l’émotion était palpable pour elle comme pour toutes et tous. Cette chorale féministe l’avait soutenue devant le tribunal durant l’épreuve du procès qui s’est tenu du 2 septembre au 19 décembre 2024.
La salle est pleine et bruyante. Lorsqu’elle arrive, les voix cèdent aux applaudissements et les bavardages se taisent. La médiatisation et la levée de bouclier des associations qui luttent pour les violences faites aux femmes ont fait de cette affaire hors norme par le nombre d’accusés, un événement politique. Avec elle, « la honte devait changer de camp ». Peu importe les détracteurs misogynes, les masculinistes ringards mais dangereux, les inepties entendues ça et là car, durant la période du procès, le monde entier avait les yeux rivés sur Avignon ou plus justement formulé sur Gisèle Pelicot. Si elle récuse l’image de l’icône, celle du symbole voire d’autres encore que d’aucuns lui proposent pour signifier au mieux l’image publique qui s’est dessinée d’elle, elle veut bien, avec raison et pertinence qu’on use, pour la qualifier, du substantif « d’Éveilleuse ».
Le huis clos levé à sa demande a inversé la distribution de la lumière. Le projecteur n’est pas focalisé sur Monsieur Pelicot et ses crimes mais sur la victime, elle sur le plan pénal, elle et ses enfants sur celui de la famille fracassée. Certes, elle évoque le procès comme une épreuve qu’elle n’aurait pu traverser sans le soutien et la sororité de toutes ces femmes qui, jour après jour l’ont accompagnée et lui ont ainsi insufflé le courage d’affronter les violeurs à la barre.
Elle évoque l’iniquité des avocats de la défense qui, manquant cruellement d’imagination ou de talent, font de la victime la mise en accusation. Du classique hélas !
Ce que « Monsieur Pelicot » a fait subir a son épouse, la mère de ses trois enfants est un crime qu’il a récidivé sur du long terme. Pour ce faire, il a utilisé la complicité de ses semblables, ses compères de perversité. Nommer semble parfois aussi difficile qu’évoquer mais ne pas qualifier fait le lit aux criminels. La justice le sait, elle qui commence par qualifier les chefs d’inculpation. Formuler et prouver. Dire non en condamnant.
Gisèle Pelicot n’oublie ni la police, ni la justice dans ses remerciements. Mieux elle affirme devoir être encore en vie grâce à la pugnacité du vigile du magasin qui a surpris Monsieur Pelicot comme elle le nomme. La diligence de la police qui s’est saisi de son ordinateur et de son portable a permis de qualifier les crimes filmés.
Qu’ils en soient tous remerciés car effectivement, certaines, dans la salle, savent à quel point , la protection de la police ou de la gendarmerie ont pu les aider à ne plus subir. Les savoir proches et promptes à intervenir, efficients est un soutien essentiel pour celles ou ceux qui ont pâtis. Ils l’ont été.
Dans le manque de repère lorsque tout s’écroule, les cadres sont incontournables et la difficulté réside dans la mesure. C’est précisément cette mesure qui stupéfie dans ce qui apparait en premier quand on rencontre Gisèle Pelicot. Lorsqu’elle évoque le tsunami qui ravage sa famille, elle a la pertinence de la mesure. Comment évoquer, dire dans le sens étymologique l’horreur de la révélation des crimes et celle de la dichotomie de la trajectoire parcourue par le père de ses enfants, l’homme qu’elle a aimé. Jusqu’où est-il allé? D’où est- il parti ?
Un monde abyssal de questionnements remplace sa vie, celle en qui elle croyait, qu’elle savait sienne.… S’y perdre ?
Gisèle Pelicot a beaucoup d’humilité pour parler d’elle et revendique une simplicité qu’elle incarne. Elle possède l’élégance de l’intelligence. Sa sobriété et sa reconstruction, d’évidence, sont éminemment cérébrales. Ses doutes comme ses peurs sont escortés par de bien plus puissantes forces, elles proviennent de refus ancestraux, de lignées sacrifiées par des violences aussi injustes qu’inutiles pour la victime comme pour l’agresseur. Le transgénérationnel est à interroger.
Elle sait, qu’en face, le bourreau a été victime et l’est encore sans pour autant l’excuser, mais elle comprend et souhaiterait plus tard le questionner. Le fera-t-elle ? Son chemin est lumineux et il ne nous appartient en aucune manière de leur indiquer les interrupteurs. Sa reconstruction n’est pas la nôtre et, au regard de ce qui a été et de celle qu’elle est après, c’est juste inespéré.
Gisèle Pelicot l’Éveilleuse dans sa pondération nous guide vers de vraies valeurs prioritaires : l’éducation des enfants, la libération de la parole, la dénonciation de la culture du viol et peut-être aussi parce qu’elle l’a évoquée, la prise de conscience que la peur est un critère de dysfonctionnement et que les victimes doivent envisager leurs failles pour ne plus jamais l’être.
Les questions du public requises, par précaution, dans la bienveillance, ont fait la part belle a de beaux partages d’émotion intense et de sas de décompression bienvenus.
Si Gisèle Pelicot parcourt aujourd’hui les continents qui la réclament, c’est que les femmes peuvent, avec leur aptitude à dire vraiment, transformer les violences en espoirs, les guerres en pactes de paix.
Nadine Eid
Un immense et sobre remerciement.
« mémographie » personnelle : Le superbe film d’Icíar Bollaín inspiré de l’histoire de Maixabel Lasa , la veuve de Juan María Jáuregui assassiné en 2000.
Film sublime sur une double reconstruction.
À méditer.
Dans le vocable « violence sexuelle », l’adjectif ne doit pas prêter à confusion ». Le sexuel est d’ordre instrumental toujours et exclusivement. Il caractérise la violence perpétrée par le sexe. La confusion est du registre de la sexualité.
Le juge Edouard Durand 160000 ENFANTS violences sexuelles et déni social









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